Perrot (IG) : STI : "On a stoppé le mouvement de chute" 

Nouvel éclairage sur le devenir de la filière STI. Après le colloque du Snes, dont le Café s'est fait l'écho le 9 décembre, Norbert Perrot, doyen du groupe STI de l'Inspection générale, explique pourquoi à ses yeux la réforme était nécessaire et revient sur la souffrance au travail des enseignants.



Pourquoi avoir lancé cette réforme ?


La France a besoin de jeunes scientifiques. Or le bac STI était en net déclin (-20%), pris entre deux évolutions. D'un coté le nouveau bac professionnel en 3 ans donne la possibilité aux jeunes de poursuivre des études en BTS particulièrement dans l'industriel. De l'autre la filière S stagne avec très peu d'élèves en SSI (sciences de l'ingénieur). Entre les deux la voie technologique STI reculait avec ses vieux programmes obsolètes.  Elle-même entraînait celui des BTS qui étaient l'exutoire naturel de la filière. Aussi, en 2010, le ministre a décidé de transformer la filière en faisant de la nouvelle série STI2D une voie d'excellence qui permette à des jeunes qui n'ont pas le profil S d'envisager des études scientifiques supérieures longues.


Et ça marche ?


Les effectifs cette année sont en hausse de 3%, on a donc stoppé le mouvement de chute. Mais cela a nécessité une vraie rénovation. STI2D permet à des élèves qui n'ont pas le profil d'une première S d'aller vers l'excellence grâce à une pédagogie basée sur des activités expérimentales, s'appuyant sur des systèmes pluritechniques. Ils travaillent sur les énergies, la matière ou la construction mais avec une approche pluridisciplinaire, associant simulation et expérimentation. Car on réalise en STI2D.


Selon le Snes cette mutation génère de grandes souffrances chez certains enseignants. Ils se retrouvent déqualifiés.


Je constate surtout des équipes qui se sont mises au travail, qui font ce qu'elles peuvent malgré un manque certain de vision sur l'avenir car on démarre la nouvelle filière. Et je leur en suis très reconnaissant.


Mais je suis très sensible aussi au cas de ces enseignants qui ont de véritables compétences mais qui ne se sont pas adaptés au nouveau bac STI2D. Il faut voir au cas par cas s'ils peuvent évoluer. Certains ont probablement leur place en enseignement professionnel. C'est une question qui dépend des directeurs des relations humaines des académies. Sans doute a-t-on trop longtemps laissé perdurer des programmes obsolètes.


Pour faciliter leur reclassement on a fait un gros effort de formation pour les enseignants qui veulent suivre l'évolution de la STI2D. On a multiplié les formations associant présentiel et à distance.  Actuellement près de 400 heures de formation sont en ligne.


Le ministre a installé des classes de STI dans des lycées prestigieux comme Louis-Le-Grand à Paris. Qu'en pensez-vous ?


Pourquoi ferait-on du français ou des maths partout et pas des sciences de l'ingénieur ? Nous baignons dans un univers technologique. Il n'y a pas de raison que ça ne pénètre pas dans tous les lycées.


Propos recueillis par François Jarraud


Liens :

Voie technologique : Pour le SNES, "ça va péter"...

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2011/12/091220[...]

Quelle réforme du bac technologique ?

http://www.cafepedagogique.net/lesdossiers/Pages/2011/[...]