Sombre pronostic de l'Inspection sur les conseils école - collège  

" Si des réponses ne sont pas rapidement données et des solutions trouvées..., le conseil école-collège s’inscrira dans la suite de toutes les mesures et incitations réitérées régulièrement...sans parvenir à franchir une étape décisive". Institué par la loi d'orientation, le Conseil école collège (CEC) est rien moins que la cheville ouvrière de "l'école du socle". Or le rapport coordonné par Anne Vibert et Frédérique Cazajous manifeste les inquiétudes de l'Inspection générale pour un dispositif qui ne dispose pas des moyens de fonctionner mais qui doit pourtant être partout actif dès la rentrée 2014...

 

 " Au-delà de la création du cycle (CM1-6ème) et afin de contribuer à l'acquisition par tous les élèves du socle commun de connaissances, de compétences et de culture, chaque collège et les écoles relevant de son secteur déterminent conjointement des modalités de coopération et d'échanges qui devront désormais être inscrites dans le projet des écoles concernées et le projet d'établissement du collège. À cet effet, un conseil école-collège est institué. Il sera chargé de proposer les actions de coopération et d'échanges". Cet extrait de la loi d'orientation montre l'importance de ce nouveau conseil pour la mise en place du socle commun. Le CEC doit permettre la progressivité des apprentissages et réduire la difficulté scolaire. Pour les partisans du socle, il est aussi le lieu où doit se construire le métier commun aux professeurs des écoles et du collège. Beaucoup d'attentes pèsent sur ce conseil. Mais il est vrai que le terrain a anticipé sur les textes dans l'enseignement prioritaire où la coopération entre primaire et secondaire s'est imposée d'elle-même.

 

Une installation "satisfaisante" qu'à première vue..

 

"Ce premier état des lieux de la mise en place des conseils école-collège (CEC) témoigne d’une installation globalement satisfaisante de la nouvelle instance du fait d’une implication généralement importante des DASEN", note d'ailleurs le rapport. En fait au printemps 2014, si 75% des CEC étaient constitués moins de la moitié s'étaient réunis. Dans certaines académies les taux sont plus faibles, notamment à Créteil. Les inspecteurs soulignent le fait que de "nombreux enseignants surtout du second degré" ignorent les textes aussi bien sur le CEC que sur les nouveaux cycles. " Un grand nombre d’enseignants n’avaient même pas regardé ces textes avant nos visites et les ont découverts en séance. Certains en avaient entendu parler, mais sans vraiment y avoir réfléchi', note le rapport. Partout les CEC font appel aux directeurs d'école et aux professeurs de CM2 coté primaire, aux professeurs principaux de 6ème et aux professeurs de 6ème coté collège. Mais ces compositions idéales se heurtent, on va le voir, au principe de réalité.

 

Les CEC pourront-ils fonctionner ?

 

En effet, professeurs du primaire et du secondaire ne sont pas égaux face au CEC. Les professeurs des écoles peuvent prélever sur les 108 heures de service hors présence des élèves pour participer au CEC. " Pour le second degré", précise le rapport, "ces réunions sont prévues de manière générale hors du temps de présence devant élèves sans indemnisation particulière sous forme d’HSE, comme pour les autres réunions". Les inspecteurs insinuent bien que ce temps est compensé par l'ISO, une indemnité annualisée versée aux professeurs du secondaire pour le suivi des élèves et l'orientation, ce n'est probablement pas l'avis des intéressés.

 

D'autres éléments entravent le fonctionnement des CEC. " Pour les uns comme pour les autres, aucune indemnisation n’est envisagée pour les groupes de travail qui émaneraient des CEC", affirme le rapport. "Les enseignants du premier degré considèrent qu’aujourd’hui leur temps de travail hors présence des élèves dépasse largement les 108 heures prévues et regrettent que, pour eux, aucune compensation en heure supplémentaire ne soit possible". L'indemnisation des déplacements n'est pas non plus prévue souligne le rapport. Elle s'élèverait à environ 40 000 € par département. Encore une fois, c'est le numérique qui est mobilisé pour tirer l'administration de l'embarras. Les rapporteurs comptent sur la numérisation du livret de compétences et sur les ENT pour remplacer les déplacements.

 

Les CEC face aux cultures opposées de l'école et du collège

 

Mais un obstacle plus important encore attend les CEC : les cultures différentes à l'école et au collège. " Dans les freins à la construction d’une continuité entre école et collège figure la difficulté de concilier les cultures propres à chacun de ces niveaux", explique le rapport. "Un des apports du CEC est clairement de favoriser la connaissance mutuelle... Les enseignants du premier degré apprécient particulièrement la parité mise en place par les CEC qui impose un équilibre entre les deux cultures et qui souligne – symboliquement – la valeur de leur expertise propre. Un certain nombre d’enseignants du collège, s’ils ne manifestent pas d’opposition au CEC... n’expriment pas d’attentes à l’égard de cette nouvelle instance, ce qui laisse augurer un investissement minimal, ou restreignent ses apports aux actions permettant la connaissance mutuelle et la prise en charge des élèves en difficulté". L'échange de service envisagé par les textes instaurant les CEC se heurte à un obstacle juridique de taille : le statut des certifiés ne prévoit pas qu'ils interviennent au primaire. Celui des professeurs des écoles ne prévoit leur service dans le secondaire qu'en segpa.

 

Si " le nouveau cycle CM1-CM2-6ème contraint premier et second degrés au rapprochement pédagogique", " le conseil école-collège va devoir fonctionner pendant au moins deux ans encore sans pouvoir prendre appui sur de nouveaux programmes". Comment dans ces conditions changer les cultures et servir de point d'appui au socle ? Ce sera sans doute difficile là travailler ensemble n'est pas ressenti comme une nécessité par les enseignants.

 

François Jarraud

 

Le rapport


Par fjarraud , le lundi 18 août 2014.

Commentaires

  • david100, le 19/08/2014 à 07:04
    aucun intérêt de ces conseils si ce n'est préparer à une fusion école-collège. Sujet superficiel qui occupe.

    "Le ministre Peillon a capitulé en rase campagne contre les syndicats conservateurs" : ah bon! il y a encore des syndicats ? Argument des années 1950.

    "Perspectives : les prochaines évaluations Pisa feront les mêmes constats, à savoir que le système français favorise les enfants d'enseignants  " : Pitoyable
    • eplantier, le 19/08/2014 à 13:30
      "le système français favorise les enfants d'enseignants  " : Pitoyable"

      En effet.
      • david100, le 20/08/2014 à 07:05
        "le système français favorise les enfants d'enseignants  " : Pitoyable"

        En effet."

        et ça continue. Pitoyable.
        • eplantier, le 20/08/2014 à 17:23
          Vous l'avez "dit".
  • Roque, le 18/08/2014 à 22:14
    Comme d'habitude pour certains cadres de l'éducation nationales (je n'ose écrire élite), il apparaît tout à fait normal d'alourdir de manière technocratique  la charge de travail des enseignants (gratuitement sinon c'est pas drôle) pour mettre en place un nouveau comité théodule. Qu'ils s'estiment déjà contents de trouver des collègues de bonnes volonté intéressés par la liaison primaire-collège dans ce cas précis et acceptant de travailler pour les beaux yeux de l'inspection et pour l'avancement du principal du coin (et accessoirement parfois dans l'intérêt des élèves, ne soyons pas négatifs).

    La pleurnicherie récurrente de certains tauliers (pardon, je voulais dire chefs d'établissements) sur le soi disant manque d'audace réformatrice de M. Peillon (pour rendre les enseignants davantage corvéables à la volonté de certains petits chefs, je suppose?) est à ce titre révélatrice.

    J'ajoute que je n'ai rien à priori contre une meilleure liaison entre la maternelle et l'école-primaire, l'école primaire et le collège, le collège et le lycée, le lycée et le supérieur, le master 2 et le doctorat, le doctorat et la vie active... Encore faut-il pour cela que nos cadres fassent un peu plus confiance aux enseignants de base et leur laisse une certaine autonomie pédagogique mais c'est sans doute trop demander à beaucoup.
  • MadLex, le 18/08/2014 à 20:53
    Dans de nombreux endroits, la liaison école/collège tient davantage du petit projet disciplinaire que de la réelle concertation. De plus, comme dans la liaison entre la maternelle et l'élémentaire, nombreuses sont les occasions de sombrer dans une concertation utilitaire visant à assurer la préparation au collège, sans jamais avoir l'idée de se tourner vers l'élémentaire pour tenter de rendre cet escalier moins raide, ou bien, pire encore, de s'inspirer de certaines méthodes du primaire pour les inclure dans le fonctionnement du collège.
    Entre la maternelle et l'élémentaire, ce dysfonctionnement a conduit à vouloir faire apprendre la lecture en grande section, avec les effets néfastes que l'on sait.
    Exemple, le collège nous explique qu'il faut donner davantage de devoirs aux CM2 pour les préparer, et s'interroge chaque année sur la désastreuse autonomie des nouveaux élèves face à un nouveau fonctionnement qui lui, ne se fend d'aucune adaptation vers eux.
    Néanmoins et heureusement, les collèges regorgent d'enseignants prêts à faire évoluer les choses, dans un système où l'immobilisme est bien souvent le bourreau des bonnes intentions.

    Pour entrer un peu plus techniquement dans le débat, il faut  apporter une vision de terrain (qui manque cruellement, une fois n'est pas coutume!)  au passage de l'article sur les 108heures.
    Aujourd'hui, il est impossible pour un enseignant de CM2, de rester dans ce cadre horaire. Les instances de concertation avec le collège, couplées aux autres obligations, dépassent largement ce quota horaire. Aucun des enseignants de mon école ne peut d'ailleurs s'en contenter. Les enseignants de CM2 sont habitués à aller bénévolement au collège pour les réunions de liaison, et ce, face à des enseignants de collège souvent payés en heures supplémentaires. Je rappelle aussi que l'ISO versée aux enseignants du primaire est 6 fois inférieure à celle versée à nos collègues du secondaire, sans aucune justification.
    Alors si vous demandez des heures supplémentaires pour participez à ces réunions, chiche, mais avec les mêmes heures supp pour tous les collègues!

    Quoiqu'il en soit, mon désir de vivre une réelle concertation école/collège l'année prochaine est vif, mais relève malheureusement du voeu pieux!
  • eplantier, le 18/08/2014 à 13:33
    Je suis d'accord avec l'auteur du papier.

    On a vraiment une Éducation nationale qui tourne fou. Sur ce sujet, les intentions sont excellentes (conseils école collège, cycle CM1, CM2, 6e) mais rien n'a été convenablement adapté pour faire fonctionner ce dispositif.

    Le ministre Peillon a capitulé en rase campagne contre les syndicats conservateurs au moment de revoir le statut de... 1950. Résultat : aucune avancée, à peine la mise sur le papier de ce qui se fait depuis des lustres. Et tout le monde a été content...

    C'est réellement affligeant. Perspectives : les prochaines évaluations Pisa feront les mêmes constats, à savoir que le système français favorise les enfants d'enseignants et cadres supérieurs... ce qui satisfait, évidemment, les acteurs... :-(
Vous devez être authentifié pour publier un commentaire.

Partenaires

Nos annonces