Un rapport souligne les carences du tutorat des futurs enseignants 

Comment professionnaliser la formation des enseignants ? En la réformant, le ministère a généralisé les tutorats aussi bien auprès des lauréats des concours que pour les étudiants en stage d’observation. Mais peut-on improviser le tutorat ? Un rapport de l’Inspection générale en doute et souligne les difficultés rencontrées. La moindre n’a pas été la volonté de trouver un nombre important de tuteurs au moment où on divisait par deux leur rémunération dans le second degré…

 

Rédigé par Evelyne Liouville, Philippe Christmann, Béatrice Cormier et Patrick Le Pivert, le rapport sur le tutorat des futurs enseignants et conseillers principaux d’éducation « s’il met en lumière l’investissement et la réactivité des services, il fait apparaître la nécessaire amélioration des points d’achoppement constatés ». Le rapport s’est intéressé au tutorat mixte institué pour les lauréats de concours en deuxième année de master pendant leur stage en responsabilité à mitemps dans une école ou un établissement, assuré conjointement par deux tuteurs, un enseignant d’une école ou d’un établissement public local d’enseignement nommé par le recteur d’académie et un personnel désigné par l’ESPE. Il a survolé la question du tutorat des étudiants non lauréats de concours suivant un stage d’observation ou de pratique accompagnée (SOPA).

 

Le rapport montre l’adaptation de l’administration qui a su faire face aux besoins. Mais avec le revers de la médaille. « En raison de l’afflux des stagiaires (environ 20 000 lauréats des concours rénovés), les académies et les ESPE ont dû faire appel à toutes les ressources disponibles pour désigner les « tuteurs de terrain » et les « tuteurs ESPE »… L’intervention de différents personnels pose la question du besoin de proximité unanimement exprimé par les stagiaires rencontrés et celle de l’intérêt de la constitution, lorsqu’elle est possible, d’une équipe tutorale au sein de l’établissement ». La proximité est très rarement atteinte dans le premier degré et les futurs enseignants soulignent la difficulté à rencontrer leur tuteur.

 

La tache de l’administration n’a pas été facilitée par la baisse de l’indemnité versée aux enseignants de terrain tuteurs dans le second degré. « La baisse importante de l’indemnité de tutorat, dont le montant est passé de 2 000 € à 1 250 €, a été unanimement regrettée par l’ensemble des tuteurs rencontrés par la mission », affirme le rapport.

 

Le rapport souligne aussi toutes les ambiguités autour du mot « tutorat ». « Les attentes de l’institution ne sont pas toujours clairement définies, et les rôles respectifs des tuteurs sont parfois mal définis », écrivent les rapporteurs. « Ainsi, les tuteurs de terrain s’interrogent sur le rôle des tuteurs ESPE, voire sur leur utilité, lorsqu’un tuteur de terrain est également tuteur ESPE car il intervient dans le module « formation professionnelle ». De leur côté, les tuteurs ESPE considèrent que leur apport est lié à la matière qu’ils enseignent et à son évaluation. De même, faute d’échanges entre les tuteurs, ou faute quelquefois d’intérêt, certains tuteurs académiques ne connaissent pas les progressions pédagogiques des enseignements dispensés à l’ESPE ». On aura compris que la coordination entre les tuteurs est parfois inexistante, souvent superficielle.

 

Pire, « les contours du tutorat restent cependant encore imprécis. Sur le plan sémantique, l’utilisation indifférenciée du mot de tuteur peut être source d’incertitude sur les fonctions réelles des personnels désignés tuteurs. Ce mot communément employé présente diverses acceptions considérées, parfois à tort, comme des synonymes (accompagnateur, référent, compagnon, etc.) et l’usage de ce terme n’est pas stabilisé (dans les établissements scolaires, un tuteur académique ou scolaire ou établissement ou, dans les ESPE, un tuteur ESPE ou universitaire ou professionnalisation, etc.) ».

 

Le rapport préconise de développer une politique tutorale académique ; de choisir des tuteurs de proximité et les désigner le plus tôt possible, en assurant ainsi une compatibilité des emplois du temps des tuteurs et des stagiaires, d’informer les tuteurs de terrain et les tuteurs ESPE et renforcer leur formation ; de développer et déployer des outils de suivi des stagiaires et enfin de définir des critères d’évaluation des pratiques tutorales.

 

Le rapport

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par fjarraud , le vendredi 23 octobre 2015.

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