MCLCM : Changer l'évaluation pour changer la société ? 

Quand la politique, l’institution, les parents, les enseignants, les élèves se rencontrent pour parler évaluation, c’est que vous assistez à une assemblée du Mouvement contre la constante macabre, fondé par André Antibi. Vendredi 27 mai, le MCLCM a réuni ainsi des personnalités aussi diverses que Benoit Hamon, Philippe Joutard, Nathalie Sayac, des enseignants, des représentants des organisations lycéennes et étudiantes, des experts du numérique pour un vaste échange sur l’évaluation qui a hésité entre le pédagogique et le politique.

 

La constante macabre

 

La constante macabre, mise en évidence par André Antibi, se traduit par le fait que les enseignants semblent obligés, pour être crédibles, de mettre un certain pourcentage de mauvaises notes, même dans les classes de bon niveau. Le système de notation implique que certains élèves, souvent la moitié, aient "moins que la moyenne". "On pense qu’une répartition de notes est un phénomène naturel, et donc qu’il est normal qu’elle donne lieu à une courbe de Gauss", explique A Antibi. Les résultats sont connus : sentiment d'injustice chez les élèves et aigreur des relations entre professeurs et élèves. Surtout, perte de confiance en soi des élèves, un phénomène qui affecte particulièrement les élèves français selon les enquêtes internationales.

 

Pour y remédier, André Antibi a imaginé l'évaluation par contrat de confiance (EPCC). Celle-ci repose sur un programme de révision explicite. Une semaine avant le contrôle les élèves disposent d'un programme de révision précis et un ou deux jours avant le contrôle un jeu de questions - réponses permet de déceler les difficultés. L'EPCC s'appuie donc sur des usages scolaires installés en travaillant de façon plus rigoureuse la préparation à l'évaluation.

 

Pédagogie et changement social

 

Si Agathe Cagé, conseillère de la ministre, a rappelé le chemin parcouru sur l’évaluation de la loi de refondation au nouveau brevet, Benoit Hamon, ancien ministre de l’éducation nationale, a mis l’accent sur les difficultés à changer l’évaluation dans une société du tri social. « Un communiqué présidentiel a fermé le jeu avant même la publication du rapport de la conférence nationale sur l’évaluation », a-t-il rappelé. C’est que « les élites n’ont aucun intérêt à changer un système qui les nourrit ». De cette expérience il retire l’idée d’une inversion des termes du changement : « si on doit beaucoup investir dans le fait que l’école peut changer la société, c’est plus facile de changer l’école si on change la société ». Une réflexion qu’il avait lancé aussi lors des journées de la refondation. La pédagogie ne peut pas tout changer si les conditions sociales, et notamment le système éducatif , ne changent pas.

 

Evaluation et apprentissage

 

La table ronde pédagogique a continué à sa façon cette réflexion en interrogeant la culture éducative française. « On a du mal à penser l’évaluation comme un outil d’apprentissage », explique Nathalie Sayac. Elle relève que l’on n’a pas de formule comparable à l’anglais « assessment for learning ». D’où l’intérêt d’une formation des enseignants à l’évaluation qui est bien absente des Espé. S’appuyant sur l’exemple célèbre de l’exercice de géométrie abordé en cours de maths et en cours d’arts plastiques, elle montre que « la confiance permet à l’élève de donner le meilleur de lui-même ». Changer l’évaluation c’est changer le taux de réussite.

 

Principal d’un collège Rep+ de Châteauroux (36), Philippe Niemec vit cette transformation des pratiques. Pour lui changer l’évaluation, avec par exemple l’évaluation par compétences, est un élément d’un projet collectif qui permet de lutter contre le décrochage. Un autre outil est le conseil de classe participatif.

 

Inspecteur général de maths, Jacques Moisan montre qu’on peut évaluer autrement et de façon constructive. « La note n’est pas le problème », dit-il. « C’est la façon dont on s’en sert ». Il montre l’impasse de l’usage immodéré de la moyenne , trait caractéristique du système éducatif français.

 

Ancien recteur, Philippe Joutard montre que notre système d’évaluation est lié à « la cascade des mépris » qu’institue la hiérarchie des disciplines dans le système éducatif français. Il lui oppose la façon dont les meilleures universités anglo-saxonnes prennent en compte d’autres éléments des candidats comme leur engagement communautaire ou leurs pratiques sportives.

 

Le numérique change-t-il l'évaluation ?

 

Fallait-il mettre à part les parents ? Une nouvelle table ronde réunit Valérie Marty, présidente de la peep, Hervé jean, de l’appel et Catherine Ottomani Croc, professeure de maths. Our Valérie Marty, « une évaluation comme celle imaginée par André Antibi permet de dire le contrat » entre l’enseignant , l’élève et ses parents. Cela évite les malentendus ». hervé Jean estime que l’évaluation traditionnelle « empêche  le dialogue » entre enseignants et parents. Adepte de l’évaluation par contrat de confiance (EPCC), C Ottomani-Croc renoue le fil avec la question sociale. L’EPCC n’empêche pas les meilleurs  de progresser. Elle ne les empêche pas de se préparer à affronter la vie. Bien au contraire, en développant l’estime de soi, elle les arme.

 

Le numérique change-t-il l’évaluation ? C’est sous cet angle que des représentants des organisations lycéennes et étudiantes sont intervenues. Les représentants de l'Unef et de l’Unl (Giuseppe Aviges) se sont plaints des conditions matérielles du numérique dans les universités et les lycées. Pour le représentant de la Fidl, Rachid Gouicem, la hiérarchie des filières se reproduit dans le partage du matériel numérique. Il demande que l’ENT Lili soit consultable réellement sur smartphone.

 

Philippe Roederer, DAN de Créteil, insiste sur les changements apportés par le numérique aux évaluations : quand la connaissance est à la portée de clic faut-il continuer à évaluer la connaissance ou évaluer comment n y accède et ce qu’on en fait ?

 

Evaluer mieux pour la réussite de tous ?

 

L’évaluation numérique peut-elle changer la société ? Le représentant de la Fage, Tarik Mahraoui, attend du numérique un redéploiement des activités pédagogiques permettant de mieux adapter l’enseignement supérieur aux étudiants salariés. Pascal Romon, professeur de maths à l’université de Marne la Vallée, montre comment le numérique change l’évaluation de ses étudiants. Avec Wims, un exerciseur, il peut les évaluer n’importe où et n’importe quand. Surtout, les étudiants peuvent renouveler les exercices jusqu’à la réussite de presque tous. L’évaluation peut-elle changer les élites ?

 

François Jarraud

 

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Par fjarraud , le lundi 30 mai 2016.

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