La France en queue de peloton en maths et en sciences au primaire 

Les désastreux résultats de l'enquête internationale Timss sont sans appel : en fin de CM1, les jeunes français ont un niveau nettement inférieur à la moyenne des 49 pays participant à l’enquête. Celle-ci évalue les compétences en maths et en sciences. En Europe la France se retrouve tout à fait en bas du tableau, 22ème sur 22, un résultat détestable. La ministre a mis en avant le 29 novembre la responsabilité des programmes de 2008 et de la suppression de la formation avant 2012. Deux mesures du gouvernement Fillon. Le Cnesco appelle à mettre en place un plan de formation ciblé et à renforcer l'encadrement pédagogique des enseignants.

 

De mauvais résultats généralisés

 

Enquête internationale menée par l’IEA, Timss évalue le niveau de compétences en maths et sciences à trois niveaux, dont celui du Cm1 où la France concoure avec 48 autres pays.

 

En fin de CM1, le score des jeunes français est de 488 en maths et 487 en sciences. La France se situe nettement en dessous de la moyenne des 49 pays participants qui est de 500 points et en dessous de la moyenne européenne qui est de 527 points en maths et 525 en sciences. Ils sont aussi en dessous de la moyenne Ocde : 528 et 527.

 

Ce bas niveau est général. Seulement 23% des élèves français ont un bon niveau en maths contre 48% des européens et 42% de tous les participants.  En sciences c’est respectivement 22, 45 et 46%. Avec ces résultats la France se retrouve 22ème sur 22 en Europe.

 

 

 

Les résultats sont mauvais partout : en nombre (France 484 contre 526 dans l’UE), présentation de données (475 contre 525), géométrie (503 contre 529).  Le niveau en physique est de 482 contre 522, en sciences de la terre de 484 contre 523. 

 

Par domaine cognitif, les écoliers ont peu de connaissances en maths et sciences (484 et 482). Ils sont faibles en raisonnement (491 et 481) et en application (488 et 494).

 

 

Fillon responsable

 

En commentant ces résultats le 29 novembre, N Vallaud-Belkacem a mis en cause le gouvernement Fillon. « Ces élèves de CM1 sont entrés en CP en 2011 », a-t-elle dit. « C’est la génération sacrifiée qui paye au prix fort les choix politiques du gouvernement Fillon. Ils ont suivi leur scolarité avec les programmes de 2008 dont l’Inspection générale a souligné les faiblesses. Ils ont connu les suppressions de postes et une formation réduite à peau de chagrin. Ces élèves payent le prix de cette politique. Ils le paieront à l’avenir si la même politique est appliquée ».

 

La ministre a vanté en opposition les nouveaux programmes de 2016, "plus ludiques et plus numériques", qui "répartissent mieux l'apprentissage des différentes notions dans le temps".

 

Elle a rappelé ce qu'elle a fait. "Dès mon arrivée j'ai construit avec le CFEM une stratégie  mathématique pour répondre aux difficultés des élèves", a-t-elle dit. Outre les bouveaux programmes, N Vallaud Belkacem a cité les ressources crées, le nouveau site de smaths sur Eduscol, le soutien financier aux Maisons pour les sciences développées avec La Main à la pâte.

 

La faute à qui ?

 

Les facteurs qui expliquent cette situation sont divers. La mauvaise qualité des programmes de 2008 qui chargeaient de façon excessive les apprentissages est réelle. Aucun des élèves testés n’a bénéficié des nouveaux programmes installés en 2016. Dans un entretien avec Le Café pédagogique, Rémi Brissiaud explique en quoi les nouveaux programmes de 2015 en maternelle et 2016 en élémentaire sont supérieurs aux programmes de 2008.

 

Mais l'on sait que la mise en place des programmes est lente. Les programmes de 2008 ne peuvent tout expliquer. Et l'application des nouveaux programme ne pourra devenir effective que dans quelques années à condition qu'elle soit efficacement accompagnée sur le terrain.

 

On peut aussi souligner la pression sur les postes. Les classes du primaire sont beaucoup plus chargées en France que dans les autres pays européens ou de l’Ocde. C'est ce que rappelle F Popineau du Snuipp Fsu. On sait aussi que les ruptures d’apprentissage sont fréquentes du fait du manque de remplaçants.

 

Mais l’analyse de la Depp souligne d’autres éléments.  Les enseignants français sont moins nombreux que les autres enseignants européens à se dire à l’aise en maths ou sciences particulièrement en ce qui concerne la compréhension ou l‘aide à apporter aux élèves.  Le Cnesco, dans une note publiée le 29, rappelle qu'ils sont aussi moins satisfaits de leur métier.

 

Ces résultats sont pourtant obtenus alors que la France consacre nettement plus d’heures de cours aux maths (et aux fondamentaux en général) que ses voisins : 900 h pour les seules maths ce qui nous met au 3ème rang des pays européens pour l'école. Cela continue d'ailleurs  au collège : 684 h contre moins de 500 chez nos voisins.

 

C’est donc bien la façon d’enseigner les maths qui est interpellée par Timss. La récente conférence de consensus sur la numération organisée par le Cnesco a pointé des difficultés précises pour cet enseignement au primaire. Elle relève aussi que les outils numériques sont sous utilisés en France pour cet enseignement.

 

Que faire ?

 

La ministre n' a pas annoncé de nouvelles mesures. Elle ne cède pas à l'alarme jetée par ces résultats et prend le temps de la réflexion. C'est donc du Cnesco qu'arrivent des préconisations.

 

Le Cnesco demande le lancement d'un " grand plan de formation en « calcul mental » et « stratégie de résolution de problème »". Il souhaite un encadrement sur le terrain des enseignants avec "des conseillers pédagogiques en mathématiques, spécialement formés en didactique des mathématiques, pour accompagner les enseignants" dan chaque circonscription et des "professeurs des apprentissages fondamentaux" formés en pédagogie et en didactique des mathématiques. Le conseil souhaite aussi "mettre en place, dans chaque école ou réseau d’écoles, un « enseignant ressources » en mathématiques, membre de l’équipe pédagogique existante, qui aura suivi une spécialisation en mathématiques en Espé ou une certification en formation continue". Enfin il recommande la publication par le ministère d'un album de jeux mathématiques distribué aux parents.

 

Evidemment ces résultats de CM1 ne sont pas ceux de Pisa, passés à l’âge de 15 ans, que l’on aura le 6 décembre. Mais ils annoncent une tendance qui fait froid dans le dos.

 

François Jarraud

 

Timss 2015 : résultats en Cm1

Note Cnesco

Conférence de consensus sur la numération

Calcul : Le dossier

 

 

 

Par fjarraud , le mercredi 30 novembre 2016.

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