Officiel : L'arrêté qui dit adieu à la réforme du collège... 

Premier détricotage officiel. L'arrêté collège est paru au Journal officiel du 18 juin. Sans interdire les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI) il les vide de tout contenu et ne les rend plus obligatoire que sur année des 4 que compte le collège. L'accompagnement personnalisé connaît le même sort. Moins d'un mois après sa prise de fonctions, Jean-Michel Blanquer a déjà rayé d'un trait la réforme du collège de N. Vallaud-Belkacem.

 

Un arrêté publié malgré le vote négatif du CSE

 

L'arrêté, daté du 16 juin, annulant les dispositions de la réforme du collège est publié au Journal officiel du 18 juin. Et cela bien qu'il ait été rejeté le 8 juin par 26 voix contre (FO, Sgen Cfdt, Fcpe, Solidaires), 8 pour (Snalc et Snpden Unsa) et 24 abstentions (Se Unsa et Fsu). Pour mémoire, l'avis du CSE n'est que consultatif.

 

Sans surprise, l'arrêté reprend le texte mis en débat devant le Conseil supérieur de l'éducation du 8 juin, que le Café pédagogique avait publié le 9 juin. Il s'agit d'une version modifiée par rapport à une première version proposée le 6 juin qui annulait totalement la réforme Vallaud Belkacem.

 

Les EPI et l'AP réduits à portion congrue

 

Le 8 juin, le ministère a fait une concession en acceptant une proposition du Se-Unsa. Un amendement modifie l'article 3 pour prescrire un minimum d'un EPI et d'une séquence d'accompagnement personnalisé sur le cycle 4. Il ajoute en fin d'article un nouveau paragraphe. " A l’issue du cycle 4, tout élève doit avoir bénéficié de chacune des formes d’enseignements complémentaires".

 

Chaque élève devra donc avoir croisé au moins un EPI et un temps d'accompagnement personnalisé (AP) sur son temps au collège. A charge pour chaque collège de choisir le niveau où ces dispositifs seront mis en place. Ce devra obligatoirement être le même niveau pour tous les élèves. L'article 4 précise maintenant que le niveau retenu pour faire un EPI ou l'AP sera le même pour tous les élèves. " La répartition entre les enseignements complémentaires est déterminée par l’établissement, en fonction des besoins des élèves accueillis et du projet pédagogique de l’établissement. Elle est identique pour tous les élèves d’un même niveau".

 

Mais qu'est ce qu'un EPI ? L'arrêté a supprimé la liste des thèmes obligatoires. Un EPI reste interdisciplinaire mais les enseignants pourront considérer comme EPI ce qu'ils voudront.  L'accompagnement personnalisé est lui aussi dans un certain flou. Tout cela contribue, avec la nouveauté de dispositifs parachutés et qui n'ont pas été bien accueillis, à en vider la substance.

 

Une modification à venir du brevet ?

 

Il faut s'attendre maintenant à une probable modification du règlement du brevet. Celui ci prévoir une épreuve orale sur l'EPI. Elle ne pourrait être maintenue que si les collèges choisissaient impérativement le niveau de 3ème pour faire l'unique EPI obligatoire.

 

Les autres modifications

 

L'article 5 met les langues régionales au même niveau que les langues étrangères. " un enseignement commun ou un enseignement complémentaire peut à chaque niveau être dispensé dans une langue vivante étrangère, ou régionale".

 

L'article 7 est modifié pour renforcer l'horaire des bilangues. " Les enseignements facultatifs peuvent porter sur : a) les langues et cultures de l'Antiquité au cycle 4, dans la limite d'une heure hebdomadaire en classe de cinquième et de trois heures hebdomadaires pour les classes de quatrième et de troisième ; b) l’introduction d’une deuxième langue vivante étrangère, ou régionale, en classe de sixième. Le cas échéant, l’enseignement des deux langues vivantes se fait dans la limite de six heures hebdomadaires (au lieu de : dans la limite de deux heures hebdomadaires); c) un enseignement de langues et cultures européennes, s’appuyant sur l’une des langues vivantes étudiées, dans la limite de deux heures hebdomadaires au cycle 4".

 

Le ministre a aussi atténué dans la forme l'esprit très ségrégatif de la 3ème prépa pro. Les élèves y suivent toujours un enseignement de découverte professionnel , mais ce n'est plus officiellement le seul objectif de cette filière. Ce qui ne change pas grand chose.

 

Un retour en arrière

 

Finalement cet arrêté donne-t-il plus de pouvoir et d'autonomie aux équipes éducatives ? Oui dans la mesure où il n'y a  plus de liste imposée d'EPI. Mais globalement le ministre n'a pas accordé davantage de moyens aux dispositifs particuliers que les collèges pourraient développer. Les éventuels bilangues ou enseignements de langues et cultures de l'Antiquité vont être pris sur les heures complémentaires attribuées par la réforme.

 

La logique qui sous-tend la réforme Blanquer n'est pas celle de davantage d'autonomie pour les collèges. C'est la même marge d'autonomie avec une forte incitation à revenir en arrière.

 

Non seulement les enseignants vont se faire concurrence pour "pousser" leur discipline. Et on peut parier que les collèges, comme c'était le cas avant, tiendront compte en priorité des contraintes de postes pour faire des choix qui devraient être pédagogiques.

 

Mais aussi les collèges sont invités à développer des stratégies de concurrence entre eux en proposant des voies spécifiques qui encouragent la ségrégation à l'intérieur des établissements ou entre établissements, comme c'était le cas avant 2015. En ce sens l'arrêté Blanquer est bien une contre -réforme, hostile à la philosophie qui sous-tendait la réforme Vallaud-Belkacem, présentée comme un outil pour réduire les inégalités dans le système éducatif.

 

Quelle application ?

 

Publié le 18 juin, l'arrêté parait alors que la rentrée 2017 est déjà organisée dans les établissements.

 

Dans un communiqué ID Fo, le second syndicat de chefs d'établissement, écrit :" Aujourd’hui dans tous les établissements, dans l’intérêt des élèves, les personnels de direction sont mobilisés, dans le temps de l’orientation et des examens. Au même moment, différentes sources annoncent des modifications profondes à mettre en oeuvre concernant la réforme du collège… dès la rentrée 2017...qui nécessiteraient du temps... Mais quand trouverons-nous ce temps, alors même que la préparation de rentrée est déjà actée dans les établissements ? "

 

Des réunions vont probablement avoir lieu dans une partie des collèges pour modifier en catastrophe ce qui était prévu pour septembre 2017. Ailleurs c'est trop tard.

 

Là où les équipes tiennent beaucoup aux EPI et à l'AP elles pourront les maintenir. Mais il faudra que ces nouveaux dispositifs aient convaincu la majorité des enseignants. Ca va être rare. Ailleurs EPI et AP vont s'effilocher jusqu'à l'oubli.

 

De cet épisode, les enseignants tireront la conclusion qu'une fois de plus le ministère a exercé de fortes pressions pour mettre en place une réforme pour revenir ensuite dessus sans plus tenir compte de leurs attentes. A l'Education nationale, il suffit de savoir attendre le contre-ordre.

 

François Jarraud

 

Le nouvel arrêté

Le compte-rendu du CSE du 8 juin dans le Café

Le projet d'arrêté du 6 juin

Les modifications du 8 juin

Id FO

 

 

 

 

Par fjarraud , le lundi 19 juin 2017.

Commentaires

  • emc294, le 19/06/2017 à 09:57

    Attention l'article est trompeur : vous oubliez de préciser qu'il y a toujours 4h hebdomadaires d'enseignements complémentaires (AP/EPI) en 6e et 3h à chaque niveau ensuite : dire qu'il suffit de faire un de chaque est un fausse interprétation du texte, qui nous dit simplement qu'on ne peut pas éliminer une forme ou l'autre.

    Dire que les EPI sont vidés de leur substance parce qu'on supprime la liste des thématiques obligatoires montre qu'on n'y a jamais réfléchi : la définition de ce qu'est un EPI n'a pas été modifiée (idem pour l'AP), et la thématique n'est qu'un tout petit élément de l'EPI. Votre position est à la limite insultante pour les collègues qui en font et s'y investissent vraiment.

    Pour le DNB, encore une méconnaissance : l'épreuve orale ne porte pas que sur les EPI, mais sur tout projet mené dans le cadre d'un EPI ou d'un parcours. Je connais pas mal d'exemples de présentation dans le cadre de parcours dans divers collèges.

    Enfin vous présentez les changements comme quasiment obligatoires dès cette rentrée, alors que les évolutions pourront intervenir plus tard.

    En bref je conseille à vos lecteurs de lire le texte officiel et surtout de voir en quoi il modifie l'arrêté précédent avant de paniquer ou de se faire de fausses idées. En parlant d'officiel, le site Eduscol a déjà fait quelques mises à jour, qui correspondent mieux à la réalité.

    • fjarraud, le 24/06/2017 à 09:38
      Tout est dans l'article y compris d'ailleurs les liens vers les documents officiels.
      il ya les paroles et la musique du ministère...
      La musique invite les collèges à revenir en arrière et elle porte car la réforme n'est soutenue que par une minorité d'enseignants et de principaux.

      les paroles ce sont les textes. L'horaire des ens. complémentaires est maintenu. Mais on peut mettre ce qu'on veut en AP et EPI. Et l'horaire ens. complémentaires peut etre partagé avec les langues. Rien qu'avec cela on peut remettre les filières bilangues et LCA. Et il reste les 3 h par division.. Voilà pour être précis.

      Le texte ancien permettait déjà pas mal de choses. Mais là les contraintes ont sauté et chacun pourra mettre en AP et EPI ce qu'il veut par exemple.

      C'est sans doute très déstabilisant et très décevant pour les enseignants qui se sont investis dans la réforme et pour les principaux qui vont avoir à gérer dans l'urgence les suites. Mais il faut regarder la réalité telle qu'elle est.

      Que le nouveau texte ne vous fasse pas plaisir, qu'il mette en difficulté certain syndicat , je le conçois...
      • sophie_c, le 19/06/2017 à 17:47
        Je crois qu'il y a confusion. Emc294 parle des 4h d'enseignements complémentaires, tandis que Fjarraud parle de la marge et des enseignements de complément.

        Vous avez tous deux raison dans vos commentaires : il y a toujours 4h d'enseignements complémentaires (au cycle 4, AP et/ou EPI désormais, alors qu'initialement c'était 1 à 2h d'AP et 2 à 3h d'EPI), et la marge (3h) sert "à tout", et même plus encore qu'avant (dédoublements, coenseignement, bilangues, LCA, euro...).
        Il est vrai que l'article fait l'impasse sur l'obligation pour les collèges de continuer à proposer 4h d'enseignements complémentaires par semaine.
        • fjarraud, le 25/06/2017 à 13:47
          Regardez mieux les textes : non seulement AP et EPI tombent dans le grand flou : ce pourra être n'importe quoi mais "un enseignement complémentaire peut à chaque niveau être dispensé dans une langue vivante étrangère, ou régionale"...
        • Jpierre13, le 19/06/2017 à 23:24
          Effectivement tout est dans le texte mais c'est l'interprétation faite par fjarraud qui est erronée, voire de parti pris. Quant au titre, il est racoleur  et induit en erreur les lecteurs. L'analyse de emc294 est tout-à-fait correcte, le complément de Sophie également. Une analyse aussi fausse et partisane est très décevante dans un site que je croyais sérieux. 
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