Rémi Brissiaud : Le CSP, le ministre, les programmes et le clientélisme 

Quand Michel Lussault, le président du Conseil Supérieur des Programmes (CSP), a démissionné, Jean-Michel Blanquer n’a pas prononcé une seule parole pour le remercier du travail accompli. Il lui reproche des propos outranciers. Posons deux questions : le CSP a-t-il failli dans sa méthode de travail ? Les programmes que le CSP a élaborés sont-ils dénués de qualité ?

 

Des programmes débattus dans la transparence

 

Pour répondre à la première question, rappelons tout d’abord que le CSP, instance créée par la loi, est composé de parlementaires, de hauts-fonctionnaires et de spécialistes du système éducatif. Le processus d'élaboration des nouveaux programmes pour l’école primaire et le collège a été le suivant : le CSP a nommé des commissions pluridisciplinaires pour la maternelle, le cycle 2 (CP-CE2), le cycle 3 (CM1-6e) et le cycle 4 (5e-3e). Ces commissions ont procédé à de multiples auditions dans toutes les disciplines et ont ensuite organisé des sous-commissions disciplinaires qui ont été chargées de rédiger un projet de programme par discipline.

 

Dans ces différentes commissions, les débats furent nombreux et réels. Ils faisaient écho à d’autres débats, souvent très vifs, entre chercheurs, formateurs et enseignants, relayés par les médias professionnels, les sites institutionnels, les blogs et les réseaux sociaux.

 

A moins de nier cette réalité, c’eut été un simple geste républicain pour Jean-Michel Blanquer, une fois nommé ministre, de saluer le travail réalisé durant plusieurs années par cette instance pluraliste, représentative de multiples sensibilités. Espérons que Jean-Michel Blanquer ne préfère pas le processus d’élaboration des programmes précédents, ceux de 2007, alors qu’il était directeur adjoint du cabinet du ministre Gilles de Robien : ils avaient été rédigés anonymement et en catimini. Aujourd’hui encore, on ne sait pas qui tenait la plume.

 

L'exemple des maths

 

Pour répondre à la seconde question, je prendrai l’exemple que je connais le mieux, pour y avoir participé, celui des mathématiques dans les nouveaux programmes de la maternelle et de l’élémentaire (2015-2016). Dans le cas de la division, ce n’est qu’après une confrontation entre les différentes positions qu’il fut entériné qu’au CP et au CE1, les professeurs feraient résoudre des problèmes simples de partage et de groupement, du type « avec 15 fleurs, combien peut-on former de bouquets de 5 fleurs ? ». Les valeurs numériques sont choisies pour permettre aux élèves d’accéder mentalement à la solution. Quant au formalisme de la division, il a été décidé de ne l’enseigner qu’au CE2.

 

Jean-Michel Blanquer a évidemment le droit de penser différemment. Mais, une fois nommé ministre, peut-il déclarer publiquement au détour d’une interview au journal L’Express, qu’il souhaite aller vers « la maitrise des quatre opérations au CP et au CE1 », sans jeter le discrédit sur le CSP et sur le travail des personnes qui ont participé à l’élaboration de ces programmes ? S’il y a outrance, ne réside-t-elle pas dans cette manière cavalière de mettre en cause le travail d’une institution et ses délibérations collectives ?

 

Des programmes ambitieux

 

En outre, s’il est si bon juge des programmes, pourquoi le ministre ne souligne-t-il pas que certains changements survenus en 2016 vont dans le sens de son souhait d’un enseignement du calcul plus précoce ? Par exemple : dans le programme de 2007, les élèves étudiaient la division au CE2 par un nombre à 1 chiffre seulement. Dans les programmes de 2016, ils étudient aussi les divisions simples par des nombres à 2 chiffres (par 10, 25, 50 et 100). Le ministre devrait y voir un progrès.

 

De même, les nouveaux programmes de maternelle et de cycle 2 insistent sur le fait que comprendre un nombre ce n’est pas seulement savoir compter pour former la quantité correspondante (par exemple 12345678 pour le nombre 8), mais c’est principalement savoir le décomposer (que 8, c’est 7+1, 5+3, 4+4, etc.). Alors que les programmes de 2002 et 2007 faisaient la part belle au comptage-numérotage, ceux de 2015 et 2016 invitent à faire entrer directement les enfants dans le calcul, d’abord oral, puis écrit. Ce faisant, l’école française renoue avec une culture pédagogique qui était la sienne entre 1945 et 1970. Là encore, le ministre devrait y voir un progrès. Pourquoi taire ces différents progrès ?

 

Une posture partisane

 

En relançant le thème de « la maitrise des 4 opérations au CP et CE1 », Jean-Michel Blanquer savait très bien l’écho qu’il obtiendrait dans les médias qui participent depuis de nombreuses années à des campagnes hargneuses de revanchisme anti-pédagogique. Il accrédite l’idée que rien n’aurait été fait de bon en éducation sous le quinquennat Hollande. Ce faisant, il s’enferme dans une posture partisane qui ne peut que faire obstacle à un travail sérieux vers une meilleure réussite des élèves.

 

Une des principales explications de l’élection d’Emmanuel Macron est sa volonté affichée de dépasser les clivages partisans et les effets de balancier clientélistes qu’ils produisent. Or, depuis sa prise de fonction, Jean-Michel Blanquer fait sérieusement douter de la sincérité d’une telle volonté dans le domaine de l’éducation.

 

Rémi Brissiaud

 

 

 

Par fjarraud , le mercredi 04 octobre 2017.

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