Bien-être : Caroline Veltcheff : Changer les espaces scolaires en région Normandie 

Le domaine de l’éducation a connu deux évolutions majeures ces dix dernières années, l’une liée au développement des outils numériques et des usages dans et hors l’école, l’autre liée à l’exigence sociale de bien-être à l’école. Pour ces deux dimensions, la collectivité territoriale est directement impactée. Il n’est plus possible de faire des travaux, des constructions, des rénovations sans tenir compte de ces deux entrées. Les espaces scolaires sont une clé de la réussite éducative. La région Normandie a souhaité en s’appuyant sur  les constats de la recherche faire évoluer ses modes de travail, ses modes de pensée, en interne et en phase avec les lycées. Un programme d’action intitulé « lycées du futur» et une méthode d’action innovants ont été développés par la région avec l’appui de l’opérateur Canopé Normandie. Caroline Veltcheff, directrice du Réseau Canopé Normandie présente cette démarche.

 

Quelle est votre démarche ?

 

 C’est une   démarche renseignée et appuyée sur les résultats de la recherche. Renouveler l’approche des espaces scolaires est une nécessité car comme le formulent les lycéens interrogés lors des enquêtes nationales de climat scolaire, « le lycée, c’est notre deuxième maison ».  Il s’agit de bien habiter l’école. Les outils numériques transforment la relation aux espaces scolaires mais aussi les postures du corps, l’occupation des espaces…Le lien est étroit entre l’émergence des outils numériques et la transformation de la relation aux espaces scolaires vers davantage de bien-être. Si l’on se concentre sur la question du bien-être au lycée, quatre dimensions ont été explorées par la recherche.

 

Le bien-être physique : des espaces scolaires inadaptés ? : Concernant le bien-être physique, nos établissements en France connaissent de nombreuses problématiques qui ont un impact en termes de santé ou encore d’apprentissage. 92 % des établissements sont interpellés sur des problèmes liés à la température  des salles; 75 % sur la luminosité , 55 % sur l’insonorisation. 4 collèges et lycées publics sur 10 (39 %) déclarent ne pas avoir suffisamment de sanitaires dans leurs locaux  (Rapport Cnesco 2017).

 

Le bien-être et les performances scolaires : Les résultats scolaires sont influencés par certaines caractéristiques du bâti scolaire (Barrett, Davies, Zhang & Barret, 2015). Trois facteurs principaux ont ainsi été mis en évidence : le confort des élèves (lumière, bruit, température, qualité de l’air…), la satisfaction des besoins d’enseignement et d’apprentissage (pièces clairement identifiables, personnalisées, adaptables à la pédagogie des enseignants et permettant d’être en lien avec le reste de l’école), l’esthétique (harmonie des couleurs, agencement des différents éléments de la salle de classe).

 

Le bien-être psychologique : sentiment de sécurité  : L’insécurité ressentie combine différents sentiments : sentiment d’insécurité dans des lieux de l’établissement, sentiment d’incompétence, d’être peu en phase avec les exigences scolaires, manque de confiance. Ces phénomènes concernent tous les élèves, quel que soit leur milieu social.

 

Pour ce qui concerne les lieux, par ordre : les toilettes sont le lieu honni par excellence, notamment par les filles, les couloirs sont également un lieu compliqué, la salle de classe n’est pas forcément vécue comme sécurisante. La salle de classe mérite donc réflexion, puisqu’un quart des élèves ne s’y sent pas bien. Les moments de détente ou les lieux intimes doivent également faire l’objet d’attention dans les établissements (Enquêtes nationales de climat scolaire, DEPP 2011, 2016).

 

Le bien-être cognitif : Pour synthétiser les nécessités liées aux nouveaux outils numériques d’une part, aux exigences éducatives contemporaines, un résumé des recherches contemporaines pourrait être : on apprend mieux, plus vite et de façon plus pérenne entre pairs. Ce constat a également un impact sur la façon d’organiser les espaces scolaires.

 

Les éléments de connaissance concernant les évolutions scolaires sont nombreux et de sources diverses : psychologie, santé, sciences de l’éducation, sciences cognitives, design et nécessitent d’être synthétisés pour garantir l’action de collectivités qui construisent, rénovent des établissements pour 20 à 40 ans et sont donc dans l’obligation de prévoir des évolutions.

 

Comment  la Région Normandie  prend-elle en charge cette nécessité de changement ?

 

La Région Normandie  veut  changer la manière de changer. Elle a lancé en 2017 un programme d’actions « lycées du futur » fondé sur une méthode originale qui pourrait être qualifiée par quatre adjectifs : participatif, collectif, créatif, effectif.

 

La région Normandie s’est appuyée sur l’opérateur Canopé pour ses compétences en co-design. Les équipes Canopé formées au co-design ont donc été en mesure de proposer un processus de développement  innovant  impliquant l'utilisateur final des lycées du futur. Cette méthode apporte un décalage de point de vue, des méthodes et des pratiques professionnelles qui contribuent à repenser les formes d’enseignement-apprentissage dans les lycées du futur, mais également des interactions humaines dans ceux-ci (D. Cristol, 2018). Le choix de cette méthode est étroitement lié aux résultats de la recherche sur le bien-être au lycée. La coopération des acteurs éducatifs et des jeunes, leur implication garantissent la réussite des projets d’aménagement des espaces scolaires.

 

La méthode de mise en œuvre du programme « lycées du futur » a été co-élaborée entre la direction des lycées et l’opérateur afin d’impliquer pleinement les utilisateurs finaux concernés : équipes éducatives, administratives, personnels de la région impliqués, lycéens. Imaginer et créer le lycée du futur nécessite d’innover et de mobiliser l’ensemble des leviers et compétences présents sur le territoire.

 

Un appel à projets a été adressé aux lycées qui ont  été 55  sur 155 à postuler à la révision de certains de leurs espaces : espaces de vie scolaire, classes du futur. A la suite de quoi, les établissements qui le désiraient pouvaient bénéficier d’un accompagnement spécifique  en codesign, sous forme de hackathons, créathons selon le degré de maturité des projets et des équipes.

 

Quatre entrées ont été privilégiées pour une mise en œuvre : participative, collective, créative, effective.

 

Participative. Les critères qui ont présidé aux propositions qui ont été faites aux lycées volontaires :

-          Dispositif préparé en amont qui permet un engagement maximum des participants

-          Série d’activités créatives dans un temps contraint.

Le deuxième postulat  a été celui de  la promotion de l’intelligence collective.

Collective. La composition des groupes a fait l’objet d’une attention spéciale : des élèves, des enseignants, des personnels administratifs et des personnels de la collectivité du lycée mais aussi de la région (acheteurs…)

 

Créative. La troisième dimension de la démarche a été celle de la créativité : Ouverture des possibles , techniques de créativité, défis créatifs, matériels et outils ad hoc pour permettre aux équipes de dessiner, matérialiser leurs projets.

 

Effective. L’essentiel de la démarche repose sur l’effectivité. Il est impossible de mobiliser la totalité des équipes des lycées (élèves, enseignants, personnels de direction, personnels de la collectivité) si le travail réalisé, dans lequel l’implication de tous est réelle, ne débouche pas effectivement sur une réalisation par la collectivité. Chaque action a bénéficié d’une ouverture par le vice-président de la région qui s’est engagé pour la réalisation effective du meilleur projet retenu par le jury à l’issue de l’action. La composition du jury rassemble des professionnels du design, le vice-président de la région, la directrice de Canopé. Les projets accompagnés ont connu leur réalisation effective entre 3 à 9 mois après l’action.

 

Pour conclure, il faut insister sur la qualité des échanges avec les établissements et la transformation au sein des établissements grâce à ces méthodes de codesign. L’intérêt est le respect induit entre tous les acteurs et la compréhension des contraintes et des impératifs de chacun. Il faut souligner que les projets retenus par les jurys n’ont pas conduit à des dépassements de coûts.  Ce type de méthode conduit à une meilleure compréhension mutuelle entre les acteurs, les élèves des établissements et la collectivité territoriale. Elle permet également de mieux tenir compte des résultats de la recherche et de positionner la collectivité sur un champ, qui clairement lui revient, à savoir le bien-être au lycée et la mise en place des conditions favorables aux apprentissages.  Citons pour conclure Maria Montessori : « L’intellect de l’enfant ne travaille pas seul, mais partout et toujours en liaison intime avec son corps ».

 

Propos recueillis par Béatrice Mabilon-Bonfils

 

Directrice du laboratoire BONHEURS

(Bien-être, Organisations, Numérique, Habitabilité, Education, Universalité, Relation, Savoirs)

Université de Cergy-Pontoise

 

Eléments sito/bibliographiques

Pour un climat scolaire positif, C. Veltcheff, Canopé éditions, 2015

Oser le bien-être au collège, C. Veltcheff, Ch Garcia, éd le Coudrier, 2016

Innover dans l’école par le design, Canopé, Cité du design de Saint Etienne, 2017

Site web national rassemblant toutes les enquêtes de climat scolaire

Concours : Archiscola : concours d’idées 2017

Appel à projets

 

 

 

Par fjarraud , le jeudi 11 avril 2019.

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