La formation des enseignants est-elle adéquate ? 

" Nos analyses nous conduisent à remarquer un faible rôle des variables liées à la formation initiale des enseignants, voire à un effet négatif de ces dernières sur certaines pratiques". Dans une étude, publiée par Recherches en éducation, Amélie Duguet et Sophie Morlaix (IREDU) font un bilan très critique de la formation initiale et continue des enseignants, jugée généralement inadéquate voire nocive. Basé sur les résultats de Talis, une enquête de l'OCDE, leur analyse quantitative connait ses limites. Mais elle interroge les réformes de la formation.

 

Une méthodologie quantitative

 

 " Ce travail vise à analyser l’effet exercé par la formation initiale et continue des enseignants du second degré, en France, sur leurs pratiques pédagogiques." Amélie Duguet et Sophie Morlaix interrogent l'efficacité de la formation des enseignants français au regard des pratiques pédagogiques déclarées dans Talis 2013. L'enquête de l'OCDE donne un tableau des pratiques pédagogiques comme donner des travaux différencier, faire travailler à des projets ou en petits groupes, faire cours à plusieurs, utiliser les TIC, faire inscrire un résumé, tester etc. Ces pratiques sont croisés avec les taux de participation à la formation continue et initiale.

 

Une formation initiale négative

 

" Il ressort d’abord que le niveau de formation initiale exerce un effet inattendu sur deux pratiques : le fait d’avoir un niveau égal ou inférieur à Bac+2, plutôt qu’un niveau licence ou master, augmente la probabilité de faire travailler les élèves sur un projet d’une semaine ou moins, ainsi que de faire travailler les élèves en petits groupes pour trouver une solution à un problème ou à un exercice", notent-elles. " La formation initiale tend plutôt à jouer un rôle négatif sur les pratiques pédagogiques actives : ainsi les éléments contenus dans la formation initiale relatifs au contenu des matières enseignées diminuent les chances de faire travailler les élèves à des projets qui leur prennent une semaine ou moins, tandis que les éléments relatifs aux pratiques pédagogiques des matières enseignées jouent négativement sur l’utilisation des TIC par les élèves en classe ou dans des projets... Le fait de s’être vu assigner un moniteur pour le soutenir diminue la probabilité qu’a l’enseignant de motiver les élèves qui s’intéressent peu à leur travail scolaire". Le mentorat si à la mode ne semble donc pas positif.

 

Effets variés de la formation continue

 

Est-ce mieux pour la formation continue ? " Les activités de formation continue auxquelles les enseignants ont participé au cours des douze derniers mois exercent un effet disparate sur les pratiques pédagogiques. Ainsi, la participation à un programme de qualification s’avère sans effet significatif sur ces dernières. La participation à des cours ou des ateliers diminue la probabilité d’élaborer et d’administrer son propre test. D’autres activités jouent en revanche un rôle positif comme la participation à des conférences et séminaires qui octroie un peu plus de 1,3 chance en plus de corriger les cahiers d’exercice ou les devoirs des élèves et de faire utiliser les TIC par les élèves... Toutefois, deux types d’activités de formation continue s’avèrent particulièrement prégnantes dans l’explication des pratiques des enseignants : il s’agit d’une part de la participation à des recherches individuelles ou en groupe sur un sujet présentant un intérêt pour l’enseignant. Cette activité confère à l’enseignant 1,3 à 1,6 chance en plus d’appliquer différentes méthodes pédagogiques, de donner des travaux différents aux élèves ayant des difficultés d’apprentissage et/ou pouvant progresser plus vite, de faire travailler les élèves à des projets qui leur prennent une semaine ou moins, de faire travailler les élèves en petits groupes pour trouver la solution à un problème, de faire référence à un problème de la vie courante pour montrer l’utilité des nouveaux acquis, de présenter un résumé de ce qui vient d’être vu, d’observer les élèves pendant qu’ils effectuent en classe une tâche particulière, de corriger les cahiers d’exercices ou bien encore de laisser les élèves évaluer eux-mêmes leurs progrès".

 

Revoir la formation ?

 

"Il apparaît que les variables liées à la formation jouent un effet disparate sur les pratiques pédagogiques. Tandis que certaines ne tiennent aucun rôle, voire un rôle négatif dans l’explication des pratiques des enseignants, d’autres en revanche constituent de réels facteurs explicatifs de la probabilité qu’à un enseignant de mobiliser telle ou telle pratique", concluent-elles.

 

F Jarraud

 

L'étude

 

 

 

 

 

Par fjarraud , le mardi 09 mars 2021.

Commentaires

  • DrHouse7, le 09/03/2021 à 17:56
    Faut-il vraiment une étude pour démontrer ce que tous les enseignants disent inlassablement depuis des dizaines d'années ? Oui sans doute.
    Est-ce que ça va changer quelque chose ? Sans doute pas : les profs continueront toujours d'être formatés non pas par leurs pairs mais par des universitaires et des technocrates qui ne connaissent rien à cette profession, et seront toujours sommés de se préoccuper de satisfaire les exigences des programmes plutôt que les besoins des élèves.
     
    Maintenant concernant l'enquête elle-même, je suis dubitatif sur les critères choisis pour déterminer si un prof a pu évoluer dans le "bon sens"...
    Par exemple faire travailler les élèves en groupes, élaborer ses propres tests, ou bien "faire cours" à plusieurs enseignants, ne sont pas à mon avis des exemple d'ouvertures à des pédagogies efficaces ou originales.
    J'aurais bien aimé voir le pourcentage de profs qui par exemple utilisent la méthode naturelle, les textes libres, l'évaluation continue sans notes ni tests (il y en a, même au secondaire)...
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