Echos du forum mondial des enseignants innovants de Prague
A quoi songent les enseignants innovants lorsqu’ils rentrent à la maison ?

La communauté temporaire de 113 enseignants, s’effiloche, se dissout dans le temps du retour celui où la fatigue dispute à l’émotion, l’appel de la maison à l’envie de ne pas ouvrir les yeux. Quel liant, quelle baguette magique, quelle volonté, quelle énergie empêchera qu’elle ne fonde dans l’éphémère et permettra qu'elle se construise dans la durée ?

Le forum mondial Pil a une fois encore démontré que partout sur notre globe, des solutions sont trouvées par les enseignants pour résoudre les problèmes d’apprentissage rencontrés par leurs élèves, produits par les questions vives de notre temps ou liés aux profils particuliers qui se mêlent dans la classe. Cette enseignante colombienne qui travaille sur le langage pour intégrer les élèves indiens, ce prof néerlandais qui utilise la Kinnect pour permettre à de jeunes handicapés moteur de pratiquer un sport, à quoi songent-ils quand ils rentrent à la maison ?

Peut-être se disent-ils que l’innovation est une nécessité partout, quelques soient les moyens dont on dispose, quelque soit la langue que l’on parle. La créativité s’impose en pédagogie pour ne pas rester immobile, impassible, impuissant, les bras croisés. Le forum l’a illustré dans une effusion d’initiatives où chacun a pu puiser une énergie vivifiante. Dans l’avion qui les ramène, les enseignants innovants regardent les cadeaux échangés en se souvenant des mains qui les ont tendus : porte clé à l’effigie de Taiwan, statuette du Kosovo, petit koala en peluche d’Australie, Taj Mahal sous une pluie de paillette ou gâteaux de Géorgie. Ils tentent d’associer aux cartes de visites collectées les visages et les projets.

Demain, chacun reprendra le fil de son quotidien et le danger de l’oubli guette, comme un chiffon mouillé passé sur une ardoise, effaçant les tags colorés des instants partagés. Comment donner aux contacts une durée qui dépasse le temps de brèves et intenses rencontres. Les idées puisées sauront elles prendre vie dans un contexte aux antipodes de celui qui les a vues éclore ? Alors oui, on se dit que le réseau tissé mériterait de s’ancrer et de se développer et de ne pas se déliter une fois le forum passé. Ici comme ailleurs, la nécessité de permettre l’exposition d’initiatives, le partage d’expériences et la connexion entre les projets semble une nécessité.

Dans la salle d’embarquement, certains enseignants s’étonnent peut être encore du véritable show à l’américaine que Microsoft avait organisé pour eux. Les non anglophones, les non anglo-saxons peuvent se dire que le modèle transpirant des discours n’est pas tout à fait le leur. La barrière de l’anglais pour ceux qui ne le maitrisent guère, les références aux produits de la firme, l’insistance sur une approche constructiviste déjà intégrée dans la plupart des projets, tout cela a pu agacer et ennuyer. Mais peu importe, l’esprit critique permet de se frayer dans les interstices, de créer son interprétation du forum en construisant dans la passion partagée une communication s’affranchissant des obstacles de la langue. Nul besoin non plus d’afficher sur son stand les produits Microsoft pour être là.

Microsoft investit en masse dans l’éducation. Un nouveau financement pour cinq ans du programme Partners in Learning, à hauteur de 250 millions de dollars, a été annoncé lors du forum. Soutien aux écoles innovantes, accompagnement des initiatives des enseignants, l’innovation pédagogique est pour la firme une priorité affirmée. La somme investie et les actions développées soulignent la faible organisation institutionnelle au niveau international. Là aussi, le modèle reste à dessiner clairement, sans ambigüité. Quels rôles, quelles interactions, quel périmètre d’actions, quelle régulation entre politiques publiques, interventions du secteur privé, initiatives du tissu associatif, éclairage des chercheurs? L’éducation construit notre avenir, une certaine transparence, une véritable modélisation s’imposent.

Les enseignants innovants se posent ils ces questions en ouvrant leur valise ? Ont-ils le sentiment d’avoir été l’instrument d’une politique hégémonique ? Sans nul doute non, les projets présentés étaient fortement marqués par une intention pédagogique, la technologie n’étant qu’un moyen et une opportunité de la mettre en œuvre. Et puis, l’analyse critique, l’autonomie, la responsabilisation des apprenants qu’ils mettent en avant est un vaccin pour les enseignants qui imaginent les projets contre une adhésion aveugle à un modèle imposé .

A l’heure du retour, les songes des enseignants innovants sont plein de ce qu’ils ont vécu, de ce qu’ils vont raconter à leurs élèves, à leur famille, à leurs collègues. Les nôtres sont plein d’envies de continuer à mettre nos mots et notre énergie pour que le lien perdure entre les projets, pour que d’autres se créent et que jour après jour nous ayons notre grain de sel à glisser dans ce qui nous concerne tous : la question de l’éducation.

Monique Royer

Remise des prix

C’est une tradition dans les forums PIL : un diner de gala clôture l’évènement et accueille la remise des prix décernés par le jury. Le vaste concours d’élégance mondial où les tenues de soirée empruntent une coloration locale comme signe de distinction a trouvé cette année au château de Prague un écrin raffiné.

Le décorum, la musique, les mets et les convives autour de soi, les pistes d’évasion étaient nombreuses pour donner à ces trois jours effrénés une fin où, le projet dans la valise on parlerait d’autre chose, de ce qui demain se nourrirait des souvenirs et des contacts du forum. Mais le forum PIL est vécu aussi par beaucoup d’enseignants présents, comme une compétition où sont distingués les meilleurs, une ultime reconnaissance de l’ingéniosité, du risque pris et de la persévérance.

Juste avant le dessert, le brouhaha né de l’attente s’est progressivement estompé pour accueillir Laureen Woodman, Directrice Générale mondiale des programmes éducatifs et Anthony Salcito, vice- président de Microsoft Education. L’heure de la remise des prix était arrivée. A la table française, les prix ne sont guère attendus ou s’ils le sont, c’est plutôt pour les autres, d’autres projets repérés et appréciés, d’autres enseignants sympathiques et créatifs. Dans l’après midi, Jean-Pierre Gallerand avait vendu la mèche : le photographe officiel de l’évènement se promenait une liste en poche pour prendre des photos des enseignants lauréats sans arrêt aucun devant les panneaux français.

A l’annonce du palmarès, aux tables alentours, certains chantent et d’autres pleurent. L’importance de l’évènement, l’attribution d’un prix sont vécus variablement selon les pays. L’important est de participer versus sans distinction pas de réussite, là encore, la perception universelle n’existe pas, laissant à chacun investir démesurément ou non une compétition où les projets de qualité ne manquent pas. A lire le résultat, on tente de discerner une logique, une stratégie dont on ne sait si elle provient du jury lui-même, composé d’experts de tous horizons, ou d’une inflexion qui serait donnée par la firme elle-même. Les pays en conflit ont reçu des prix dit l’un, la Chine n’a rien eu dit l’autre, les interprétations ne manquent pas. On ne saura jamais ce que le palmarès recèle.

Les premiers prix décernés :

- Ouverture de la classe vers son environnement : « glimmer of hope », projet mené par Ghadel Nazem Oneidat et Rania Bader Obeidat (Jordanie)

- Innovation, acteur de changement : « Aqua crunch, Monrazza Riaz ‘Pakistan)

- Collaboration : « Doing Business in Burningham” Pauline Roberts (USA)

- Importante innovation (rupture avec le cadre) : « Kodu in the classroom » Nick Maddams (Royaume Uni)

- Prix décerné par les enseignants : Oratorio Classroom, Joao Crlos Ramelheiro, Portugal

Pour contrer l’exode rural, les enfants montrent la voie

La ville de Bathurst dans le Nouveau Brunswick voit sa population diminuer au fil du temps. Courtney Woods, enseignante en primaire à l’Ecole Terry Fox, ne se résout pas à voir sa ville jugée peu attractive, une ville dont elle apprécie l’histoire et les charmes. La fréquentation de son école, la Terry Fox elementary school, est passée en quelques années de 400 à 268 élèves, le résultat de la lente dévitalisation de Bathurst.

Alors, elle a eu l’idée de travailler avec sa classe sur la promotion de la ville. En partageant leur vision de leur décor quotidien et de ses beautés par un site et les réseaux sociaux, peut-être parviendront ils à offrir un peu de notoriété à Bathurst et à donner envie à leurs visiteurs virtuels de venir voir en vrai à quoi la ville ressemble.

L’idée a été adoptée par les enfants, partagée par les parents, soutenue par la Ville. Visite des sites avec vue en 360 degrés, compte twitter, vidéos, wiki, les élèves s’expriment et partagent en utilisant la palette des outils du web 2.0. Le travail est conséquent pour des enfants de 7 ans. Conquérir le cœur des visiteurs pour donner à Bathurst un second souffle grâce au tourisme, voilà un joli programme porté par Courtney Woods et ses élèves. L’office de tourisme a d’ailleurs adopté les réalisations de la classe et les retours des habitants sont très chaleureux. « Nous sommes fiers de notre ville », l’enseignante nous offre un large sourire pour souligner le souffle d’espoir que le projet a créé.

Monique Royer

We love Bathurst

http://welovebathurst.wikispaces.com/We+Love+Bathurst+-+Home

L'environnement en ville vu, vécu et mis en jeu par les enfants

Rodrigo Ayres de Araujo enseigne dans une école primaire de Soracaba, non loin de Sao Paulo. Il enseigne les matières et les contenus, tout ce que les élèves doivent acquérir pour progresser à l’école, mais pas uniquement. Rodrigo s’attache aussi à ce que ses élèves deviennent des citoyens responsables et sensibilisent à leur tour leur entourage et les autres enfants aux questions vives liées à l’environnement.

Pour y parvenir, il a choisi de mêler observation et création, de laisser ouvert aussi les chemins de l’apprentissage. Sa classe est répartie en quatre groupes de six élèves. Chaque groupe investit un quartier de la ville et choisit plus particulièrement un thème lié à l’environnement. Ils recueillent des données, photographient des éléments significatifs et reviennent en classe avec leurs matériaux pour imaginer un jeu vidéo.

Rodrigo est un amateur de bandes dessinées et de graphisme à tel point qu’il en dessine, en créée et partage cette passion avec ses élèves. Wolinski et Robert Krump figurent en bonne place parmi ses auteurs préférés. Grand lecteur d’Asterix depuis l’enfance, il confie même que cette lecture l’a influencé dans le choix d’étudier l’histoire à l’université. Alors, les jeux vidéos réalisés par les enfants portent l’influence du graphisme de ses auteurs préférés, coloré et drôle.

L’héroine des jeux s’appelle Seli. Elle évolue dans un décor dessiné par les enfants à partir des photographies qu’ils ont prises dans la ville. Gestion des déchets, pollution urbaine, danger des moustiques, importance de la végétation, pour chaque thème choisi, un jeu vidéo a été réalisé. Seli se promène dans la cité, rencontre des obstacles, les évite.

Dans le projet développé par Rodrigo, les enfants sont les auteurs. Travaillant en groupe, ils discernent le message à faire passer et en trouvent le vecteur approprié. « Montrer ce qu’ils ont vu, comment ils vivent le problème », ils sont des acteurs dans la cité et les acteurs de leurs apprentissages. L’enseignant est là pour les guider, valider leurs choix et leur fournir les clés. Citoyens de demain, ils sont aussi et surtout des citoyens d’aujourd’hui, trouvant dans la réalisation d’un jeu vidéo, une activité en concordance avec ce qu’ils sont, des enfants du XXIe siècle, créatifs et impliqués.

Monique Royer

Le site de Rodrigo Ayres de Araujo

http://www.baudobarao.blogspot.cz/

Présentation du projet en vidéo

http://www.youtube.com/watch?v=mnFt7F0qFPo&feature=player_embedded

 

Lire pour ceux qui ne voient pas les histoires

Charli Wiggil enseigne au collège Eden de Durban en Afrique du Sud. Il a repris au vol l’appel de Nelson Mandela pour développer des initiatives citoyennes. Son idée : faire travailler ses élèves en relation avec des enfants mal voyants. Après la visite d’un centre pour non voyants et la rencontre avec des jeunes aveugles, les élèves ont eu envie d’aller plus loin. Le wiki « Daisy-digital Stories », portail de ressources à destination des malvoyants, était né. Les élèves contribuent à étoffer le portail à partir de contes ou de nouvelles qu’ils créent en groupe ou qu’ils interprètent. Ils élaborent aussi des livres et des jeux de memory en braille et illustrés en relief. Littérature, art, techniques de l’information, communication, les compétences mobilisées sont multiples. Les élèves travaillent en groupe, une façon collaborative de développer la créativité avec un objectif citoyen.

Le projet « Pay it forward for the Blind » invite aussi d’autres élèves, d’autres classes, d’autres pays, d’autres langues à créer et interpréter pour les autres. Après deux cent cinq jours d'activités, le portail a reçu 14 558 visiteurs de 95 pays différents. Deux cents histoires sont disponibles dans dix sept langues différentes.

Charli Wiggil recherche des lecteurs français pour interpréter les textes des enfants. Alors, si vous souhaitez contribuez si vous avez une heure ou deux à donner au projet, prenez contact.

Monique Royer

http://bit.ly/pifftblind

Facebook : https://www.facebook.com/groups/222175034577404/

Twitter : @pifftblind

La solidarité à l'heure des enfants

Sarah Adei représente le Ghana au forum de Prague. Dans son projet on trouve peu de technologie mais beaucoup de réalisme et d’engagement. Enseignante, elle souhaitait sensibiliser ses élèves au phénomène des enfants qui travaillent et ne vont pas à l’école. Au Ghana, beaucoup de mineurs sont touchés, y compris de nombreux enfants âgés de 5 à 6 ans.

Les élèves de Sarah ont écrit des poèmes, des récits pour raconter la vie de ceux qu’ils ont rencontrés, des semblables qui au lieu de partager avec eux une journée à l’école, participent à la survie économique de leur famille. Ils ont souhaité agir aussi. Alors, pour la plupart internes, ils ont puisé dans leur argent de poche pour cotiser et offrir uniformes, cahiers et cartables à des enfants dont les rêves sont grands mais les moyens trop petits pour venir à l’école. Dans la classe de Sarah, on compte cinquante élèves, ce nombre impressionnant augmente d’autant la somme amassée.

Grâce à cet élan collectif, la classe s’est agrandie encore et des enfants travailleurs sont redevenus des enfants comme les autres. Sarah me raconte les espoirs de trois d’entre eux passés d’inaccessibles à possibles : un rêve de devenir avocat, une infirmière et le troisième soldat. Un documentaire a été tourné retraçant les rencontres et les travaux menés par Sarah et ses élèves. Ils ont aussi écrit et joué une pièce de théâtre pour convaincre les parents de laisser leurs enfants aller à l’école.

La solidarité n’a pas d’âge pour les élèves de Sarah. Et Sarah est heureuse d'avoir montré avec eux que l'on pouvait lutter concrètement contre le travail des enfants, un combat qui lui est cher.

Monique Royer

Impressions du forum

Jean-Pierre Gallerand est un des enseignants français présents au forum de Prague. Il nous livre ses impressions après deux jours de rencontres et de découvertes.

Déjà deux jours de passés au forum des enseignants innovants à Prague et j'ai l'impression d'y être depuis plus longtemps, beaucoup de visages me sont devenus familiers. Cent treize projets environ, le temps manque pour les découvrir tous et échanger avec tous ces collègues, ce qui est dommage, voire un peu frustrant...

Je privilégie, pour commencer, les professeurs qui enseignent les sciences et ceux qui parlent le français, mon anglais est très approximatif, pour leur proposer de collaborer à mon projet : "Acquérir par le jeu sérieux, des compétences et des connaissances en SVT, tout en découvrant une deuxième langue".

Depuis dix ans j'ai réalisé environ soixante logiciels de simulation (dont des jeux sérieux) que je partage avec mes collègues sur mon site de partage pédagogique. Les derniers sont proposés en différentes langues, à ce jour l'anglais, l'arabe et le basque. Six enseignants, parmi ceux avec qui j'ai échangé à Prague, se sont déjà proposé pour traduire un de mes logiciels : un enseignant tchèque, indien, taïwanais, arabe, espagnol et azéri.

et peut être d'autres demain...

Autre proposition intéressante si elle se concrétise, c'est de proposer à un groupe d'élèves d'un lycée turc de traduire un des mes logiciels.

J'espère, dans les deux derniers jours, trouver un ou plusieurs collègues pour créer avec nos élèvse un jeu sérieux, non pas comme je le fais aujourd'hui, sur un point précis du programme mais sur une partie du programme, dans lequel l'élève serait complètement autonome dans leur parcours et dans leur évaluation.

Parmi les visiteurs de mon stand, Anthony Salcito (photographie), Vice Président Wordlife Education qui a trouvé ce concept intéressant; à suivre ...

Jean-Pierre Gallerand

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2012/11/23112012Article634892523213223888.aspx

http://44.svt.free.fr

De Lisbonne à Prague : le français au coeur azéri

Gulbéniz Mazahim-Kizi et Naila Hasanova ne sont pas rentrées les mains vides du Forum européen des enseignants innovants de Lisbonne où nous les avions rencontrées. Francophiles, l’une est chargée de cours à l’Université des langues d’Azerbaidjan, la seconde est enseignante en école secondaire après avoir été l’étudiante de Gulbéniz. Elles sont revenues à Bakou avec un prix et beaucoup d’ambition. Pourquoi ne pas étendre leur méthode d’apprentissage actif du français par l’exploration de la thématique de la protection de la planète ? Pourquoi ne pas accentuer encore plus le lien entre université et école pour étoffer la pédagogie ?

Ces questions elles ont pu les poser directement à leur recteur et au ministre de l’Education qui les ont reçues à leur retour de Lisbonne. Elles ont été entendues. Leur prix a conforté leur projet et le sérieux de leurs propos. De cinq semaines, l’immersion des étudiants de Gulbeniz, amenés à devenir enseignants, va passer à quatre mois permettant ainsi d’impliquer plus fortement les écoles dans le réseau « protégeons ensemble la planète ». Les écoles rurales associées vont être dotées de matériel informatique pour pouvoir participer plus facilement. Enfin, le Ministre de l’Education et le Recteur ont adopté l’idée d’élargir le projet à l’enseignement d’autres langues.

Entre Lisbonne et Prague, le temps s’est rempli de nouvelles initiatives. A l’occasion de l’Eurovision, les étudiants de Gulbéniz sont allés rencontrer des touristes pour leur présenter le réseau « protégeons la planète » et les convaincre de s’abonner à sa page Facebook afin d’augmenter le nombre d’interlocuteurs et d’échanges. Les étudiants ont également poursuivi leurs investigations pour trouver de nouvelles idées liées à la lutte contre la pollution. Certains d’entre eux ont conçu un appareil permettant de mesurer le taux d’oxygène et de carbone : « l’oxygénographe ».

De Lisbonne à Prague en passant par Bakou, Gulbéniz Mazahim-Kizi et Naila Hasanova poursuivent leur route d’ambassadrice de la langue française au service de la protection de la planète. Elles espèrent convaincre le jury comme elles l’ont fait au Portugal et comme pour garder la trace de ce succès, elle ont disposé en évidence l’article que nous leur avions consacré.

Monique Royer

Ambassadrice de la langue française

http://www.cafepedagogique.net/communautes/ForumLisbonne/Lists/Billets/Post.aspx?ID=8

La page Facebook du projet

https://www.facebook.com/pages/Let-us-jointly-protect-our-planet/303561643033235

Journaliste en herbe et citoyen du monde

Zaminah Binti Azman enseigne l’anglais en secondaire en Malaisie. Son projet croise plusieurs disciplines : la littérature, l’histoire, les arts, l’éducation civique et morale. Il s’affranchit aussi des frontières et de la posture magistrale. Avec « the journalist », Zaminah propose à ses élèves de construire en groupe leurs apprentissages en développant leur curiosité, leur autonomie et leurs aptitudes collaboratives.

Une de leur mission est de bâtir un journal. Pour le réaliser, ils ont entre les mains un tableau de bord présentant étape par étape ce qu’ils devront réaliser, avec quels outils, quelles méthodes, quelles compétences et pour quel objectif. Ils le complètent au fur et à mesure de leurs réalisations en indiquant la contribution de chaque membre du groupe. Par exemple, dans la classe, seuls six ordinateurs sont disponibles. Tous les élèves devront l’utiliser pour élaborer le journal à l’aide de différents logiciels, le tableau de bord permet de le vérifier. Les thèmes choisis sont des sujets proches d’eux dont le traitement passe par des interviews écrites. Le rôle de l’enseignante est de les accompagner, de fournir les éléments pour démarrer leur travail et dépasser les blocages en cours de réalisation.

Les élèves postent leur production sur le réseau http://schoolsonline.britishcouncil.org/ et partagent avec les classes de huit autres pays un reflet de ce qu’est leur vie, leurs intérêts, leurs interrogations. Au-delà de cette mise en ligne, le travail en réseau vise aussi à créer une communauté d’élèves. Chacun peut poster une question sur un sujet qui le touche, le préoccupe et reçoit en réponse des idées pour l’aider à résoudre son problème. Un élève de la classe de Zaminah a ainsi pu exprimer ses interrogations suite au divorce de ses parents. Les thèmes collaboratifs portent aussi sur des problèmes à résoudre en collectif : comment pratiquer des activités sportives pendant la récréation sans gêner les autres, comment peut on aider notre enseignante avec les élèves en difficultés etc. La créativité des élèves est également sollicitée. Cette année, la classe a organisé un concours de stylisme visant à personnaliser les uniformes scolaires.

Le projet « the journalist » présenté par Zaminah Binti Azaman propose de faire des élèves malaisiens de véritables citoyens du monde, sachant puiser autour d’eux de quoi nourrir leur curiosité, choisir le bon outil pour la partager et trouver plus loin des réponses à leurs questions. Sur son stand, Zaminah ouvre l’album de ses journalistes en herbe, heureuse d’élargir encore les horizons de sa classe.

Monique Royer

A quoi pensent les enseignants innovants à Prague?

Les sept cent cinquante enseignants, directeurs d’établissement scolaire, experts du jury, partenaires et représentants de Microsoft, venus de 86 pays différents, à quoi pensent ils à l’heure des discours d’ouverture ? Quels mots clés retiennent leur attention dans ce flot parolier angliciste ? Les tablettes, les ordinateurs ouverts le sont ils pour prendre des notes ou pour communiquer, travailler en catimini sur d’autres sujets ? La salle des congrès à l’heure des conférences prend les airs d’un amphi d’université avec ses étudiants attentifs, ceux dont l’esprit s’échappe et ceux qui s’échappent tout court redoutant le grincement de la porte au moment de l’ouvrir.

Comme dans un amphi, l’attention se mobilise lorsque l’intervenant se réfère à des figures communes et partagées : John Lennon, Victor Hugo ; lorsqu’il affiche des illustrations que chacun peut clairement identifier, des images percutantes et lisses, exemptes d’interprétations susceptibles de froisser le camaïeu de cultures présentes dans la salle. La vivacité des propos ouvre les paupières de visages dont l’éveil varie selon les distances parcourues, les fuseaux horaires franchis ou les heures passées à gouter aux parfums nocturnes de la ville de Prague.

A quoi songent les enseignants avant le grand rush, le moment où debout devant leur stand, ils auront à expliquer, défendre leur projet face à des experts venus d’un autre pays, dont l’anglais pratiqué porte la trace. Ont-ils en tête des critères sur lesquels ils baseront leur explication ? Ou mesurent-ils tout simplement le chemin parcouru pour arriver ici à Prague ?

La première demi-heure passée sur les stands est sérieuse presque solennelle. En attendant les membres du jury, chacun dispose et redispose, les dépliants, les souvenirs, ici des bonbons, là de petits tigres en peluches, du chocolat, des porte-clés. Chacun s’arme de son anglais et de son sourire pour raconter ce qui lui tient à cœur : faire évoluer en douceur l’école. Et puis passé ce temps, on regarde autour de soi, les panneaux voisins semblent autant de mines à explorer pour faire évoluer sa propre pratique. Les contacts se nouent et quelques idées de collaboration naissent. Et bien voila, le forum a vraiment commencé avec ce précieux mélange de différences et de sens commun.

Monique Royer

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