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LUDOVIA 2011 > Messages > « Est-ce que les français comprennent quelque chose aux ENT que les autres ne voient pas ? »
« Est-ce que les français comprennent quelque chose aux ENT que les autres ne voient pas ? »

Enseignant québécois, François Guité est invité à Ax les Thermes en tant que bloggeur pour raconter avec d’autres bloggeurs, la vie et les idées de Ludovia par tweets et par billets. Homme curieux, il est arrivé avec ses questions et ses étonnements sur l’approche française du numérique en éducation. L’obstination mise à développer les ENT l’intrigue tout particulièrement. « Est-ce que les français comprennent quelque chose aux ENT que les autres ne voient pas ? » se demande-t-il. L’environnement de l’espace numérique de travail lui semble fermé, un peu à l’image de la salle de classe et à l’encontre de l’évolution du numérique. Il correspond au modèle traditionnel de l’éducation, un modèle qui se justifiait encore lorsque les moyens de transmettre le savoir étaient essentiellement l’enseignant et les livres. Aujourd’hui, les moyens sont importants et évoluent de façon phénoménale. Environnement fermé et outil fermé, comment l’ENT pourra t’-il survivre au rythme effréné des évolutions ? L’heure est plutôt au développement de micro-applications.

 

François Guité se dit pessimiste pour l’enseignement et optimiste pour l’apprentissage. L’apprentissage est une chose complexe et le numérique possède un fort potentiel d’accès aux savoirs. A l’ère numérique c’est à la façon de transmettre le savoir, d’organiser l’apprentissage qu’il faut s’intéresser. Face aux productions de l’élève, aux savoirs acquis dans et hors l’école, l’enseignant doit comprendre comment donner sens à tout cela, comment l’organiser, comment individualiser aussi. Et pour bien faire, il devrait visiter en profondeur les sciences de l’éducation, aller voir du côté des sciences cognitives, entre autres…. Gymnastique ardue, voire impossible quand le temps disponible pour soi même apprendre est réduit par le travail à mener pour préparer la classe. Les avancées de l’ingénierie numérique et de l’intelligence artificielle peuvent outiller à terme l’enseignant dans sa fonction d’accompagnement de l’élève pour organiser les savoirs acquis et leur donner sens.

 

Les difficultés pour appréhender les potentialités et les évolutions du numérique dans l’enseignement, François Guité les observe aussi au Québec. Là bas, ce n’est pas l’ENT qui est largement diffusé dans une approche traditionnelle de l’éducation mais les tableaux interactifs. Les programmes chargés avec de nombreuses évaluation laissent peu de temps aux enseignants pour lire sur la pédagogie, s’informer sur les potentialités du numérique, échanger avec leurs pairs et se former.

 

Pourtant, au Québec comme en France, il y a urgence à faire évoluer nos pratiques et nos postures face aux élèves. Le numérique implique chez l’élève une mise en doute des savoirs dispensés. L’enseignant doit admettre l’expression de ce doute, exploiter la dynamique du questionnement et de la recherche de réponses dans sa pédagogie en classe. Cet effet du numérique, François Guité l’a éprouvé et adopté. Après deux ans passés dans le secteur de la recherche, il est revenu dans sa classe, étonné par l’évolution des pratiques numériques et mobiles de ses élèves. 50% possédaient un Ipod contre 15% deux ans auparavant. Les utilisateurs de Facebook étaient passés de 10 à 95% .Sa classe avait changé ; le numérique était entré dans le quotidien des élèves. François aurait pu continuer comme si rien ne s’était passé en deux ans. Il a choisi au contraire de faire des mobiles des outils d’apprentissage en classe … aussi. Il lui a fallu passer outre les verrous du réseau et les interdits du règlement intérieur mais ce n’était pas le plus ardu. Le plus difficile a été de se départir des reflexes ancrés d’un enseignant dans une salle de classe traditionnelle. Plusieurs fois, en voyant ses élèves penchés sur leur mobile pendant ses cours, il a douté, se demandant si réellement ils travaillaient, réalisaient l’activité demandée. Alors un jour n’y tenant plus, il est allé vérifier de visu… l’élève travaillait. « J’ai eu l’impression de trahir la confiance de l’élève, de me trahir moi-même ».

Les pratiques ouvertes en utilisant le mobile en classe, François ne pourrait sans doute pas les développer au sein d’un Ent. Ayant goûté cette ouverture, il nous regarde étonné débattre sur l’ENT, objet pour lui obsolète de naissance.

 

Le blog de François Guité

http://www.francoisguite.com/

 

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