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LUDOVIA 2011 > Catégories
L'ent : espace numérique territorial?

Cette année, Ludovia avait invité les Inspecteurs de l’Education Nationale Tice lors de sa deuxième journée. Philippe Bonsignore, IEN Tice rencontré à Bordeaux lors de la semaine digitale était là.

Dans la capitale girondine, collectivité locale et éducation nationale ont uni leurs efforts pour mener conjointement une politique de développement numérique. Comment l’ent s’intègre dans ce projet et au-delà, comment se dessine la relation entre ces deux acteurs dans le déploiement des Tice. Philippe Bonsignore nous raconte projets et organisation à la mode bordelaise et girondine.

Il nous précise d’emblée que l'ent girondin n'existe pas encore. Une réunion à la rentrée va lancer la phase de concrétisation. A Bordeaux mais pas uniquement ; l’ent se conçoit difficilement de façon isolée et d’autres communes ont été associées. L’idée est donc de mutualiser pour que les contenus soient enrichis et disponibles partout, dans les grandes villes et dans les communes plus modestes. L’école de la République, assurant une certaine égalité dans la qualité de l’enseignement, est en toile de fond. L’ent est alors conçu comme un fournisseur de contenus diffusé dans un maximum d’écoles et de communes.

L’Association des Maires de France sert de relais pour toucher les élus locaux, les fédérer pour concevoir un projet commun et faire un appel d’offres unique. Le projet pourrait aboutir à la création d’une structure mutualisée d’ent à laquelle les communes souscriraient un abonnement en fonction du nombre d’élèves. L’outil pourrait être unique ou interopérable.

L’élan bordelais et des écoles numériques rurales, l’adhésion au projet de grandes villes girondines comme Merignac mettent ainsi en mouvement le département entier, pour le déploiement de l’ent mais pas uniquement. Certaines petites communes auront peut être besoin d’un équipement pour utiliser le numérique dans l’école. Elles n’ont pas souvent les moyens en personnel et financiers pour acheter et maintenir cet équipement. Une des pistes à explorer pourrait être une structure commune d’appel d’offres et de maintenance.

Pour enclencher cette dynamique, les services de l’éducation nationale sont allés à la rencontre des collectivités, pour expliquer ce qu’est un ent, ce qu’elles ont à gagner dans leur propre fonctionnement et ce que les élèves peuvent en retirer. Ce travail d’explication est nécessaire pour prendre conscience de toutes les dimensions de l’ent et des contraintes induites en particulier juridiques. L’investissement n’est pas anodin. Il faut justifier, démontrer, montrer des exemples concrets pour convaincre. La préoccupation des communes est d’avoir un ent qui ne soit pas centré uniquement sur l’école et permettent d’autres usages. Les communes « payeurs » doivent aussi trouver leur avantage. La mise en relation des différents partenaires est essentielle. Deux rencontres avec communes les plus importantes et l’association des maires, relais d’information auprès des 400 communes en Gironde, ont déjà eu lieu.

Un plan de formation à destination des enseignants sera défini sur l’utilisation et les usages pédagogiques de l’ent. Le CRDP et le CDDP sont associés pour déterminer quelles seront les ressources numériques qui donneront corps à l’ent. Les contenus sont importants pour ne pas se cantonner à des utilisations de communication et de vie scolaire qui ne nécessitent pas un outil aussi lourd.

L’initiative girondine illustre les enjeux du déploiement des outils numériques dans les écoles. Comment prendre en compte la diversité des territoires et des bailleurs ? Comment offrir cet outil à tous les élèves ? La démarche de mutualisation semble à priori la solution la plus viable. A condition de trouver le bon échelon de mutualisation et de bien définir le rôle des différents partenaires. La co-construction plutôt que la prescription, les ambitions numériques girondines incitent collectivités territoriales et éducation nationale à mettre en œuvre un véritable partenariat.

 

Bordeaux : de l'école numérique à la cité digitale

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2011/03/Delecolenumeriquealacitedigitale.aspx

 

« Est-ce que les français comprennent quelque chose aux ENT que les autres ne voient pas ? »

Enseignant québécois, François Guité est invité à Ax les Thermes en tant que bloggeur pour raconter avec d’autres bloggeurs, la vie et les idées de Ludovia par tweets et par billets. Homme curieux, il est arrivé avec ses questions et ses étonnements sur l’approche française du numérique en éducation. L’obstination mise à développer les ENT l’intrigue tout particulièrement. « Est-ce que les français comprennent quelque chose aux ENT que les autres ne voient pas ? » se demande-t-il. L’environnement de l’espace numérique de travail lui semble fermé, un peu à l’image de la salle de classe et à l’encontre de l’évolution du numérique. Il correspond au modèle traditionnel de l’éducation, un modèle qui se justifiait encore lorsque les moyens de transmettre le savoir étaient essentiellement l’enseignant et les livres. Aujourd’hui, les moyens sont importants et évoluent de façon phénoménale. Environnement fermé et outil fermé, comment l’ENT pourra t’-il survivre au rythme effréné des évolutions ? L’heure est plutôt au développement de micro-applications.

 

François Guité se dit pessimiste pour l’enseignement et optimiste pour l’apprentissage. L’apprentissage est une chose complexe et le numérique possède un fort potentiel d’accès aux savoirs. A l’ère numérique c’est à la façon de transmettre le savoir, d’organiser l’apprentissage qu’il faut s’intéresser. Face aux productions de l’élève, aux savoirs acquis dans et hors l’école, l’enseignant doit comprendre comment donner sens à tout cela, comment l’organiser, comment individualiser aussi. Et pour bien faire, il devrait visiter en profondeur les sciences de l’éducation, aller voir du côté des sciences cognitives, entre autres…. Gymnastique ardue, voire impossible quand le temps disponible pour soi même apprendre est réduit par le travail à mener pour préparer la classe. Les avancées de l’ingénierie numérique et de l’intelligence artificielle peuvent outiller à terme l’enseignant dans sa fonction d’accompagnement de l’élève pour organiser les savoirs acquis et leur donner sens.

 

Les difficultés pour appréhender les potentialités et les évolutions du numérique dans l’enseignement, François Guité les observe aussi au Québec. Là bas, ce n’est pas l’ENT qui est largement diffusé dans une approche traditionnelle de l’éducation mais les tableaux interactifs. Les programmes chargés avec de nombreuses évaluation laissent peu de temps aux enseignants pour lire sur la pédagogie, s’informer sur les potentialités du numérique, échanger avec leurs pairs et se former.

 

Pourtant, au Québec comme en France, il y a urgence à faire évoluer nos pratiques et nos postures face aux élèves. Le numérique implique chez l’élève une mise en doute des savoirs dispensés. L’enseignant doit admettre l’expression de ce doute, exploiter la dynamique du questionnement et de la recherche de réponses dans sa pédagogie en classe. Cet effet du numérique, François Guité l’a éprouvé et adopté. Après deux ans passés dans le secteur de la recherche, il est revenu dans sa classe, étonné par l’évolution des pratiques numériques et mobiles de ses élèves. 50% possédaient un Ipod contre 15% deux ans auparavant. Les utilisateurs de Facebook étaient passés de 10 à 95% .Sa classe avait changé ; le numérique était entré dans le quotidien des élèves. François aurait pu continuer comme si rien ne s’était passé en deux ans. Il a choisi au contraire de faire des mobiles des outils d’apprentissage en classe … aussi. Il lui a fallu passer outre les verrous du réseau et les interdits du règlement intérieur mais ce n’était pas le plus ardu. Le plus difficile a été de se départir des reflexes ancrés d’un enseignant dans une salle de classe traditionnelle. Plusieurs fois, en voyant ses élèves penchés sur leur mobile pendant ses cours, il a douté, se demandant si réellement ils travaillaient, réalisaient l’activité demandée. Alors un jour n’y tenant plus, il est allé vérifier de visu… l’élève travaillait. « J’ai eu l’impression de trahir la confiance de l’élève, de me trahir moi-même ».

Les pratiques ouvertes en utilisant le mobile en classe, François ne pourrait sans doute pas les développer au sein d’un Ent. Ayant goûté cette ouverture, il nous regarde étonné débattre sur l’ENT, objet pour lui obsolète de naissance.

 

Le blog de François Guité

http://www.francoisguite.com/

 

Tice :  le développement passe par la recherche appliquée

Avant l'ouverture de Ludovia, nous avons rencontré Patrick Mpondo-Dicka, maître de conférences au Laboratoire de Recherche en Audiovisuel (LARA) de l’Université de Toulouse Le Mirail et vice-président de culture numérique, l’association organisatrice du colloque scientifique de Ludovia. Nous avions remarqué lors de l’édition précédente son rôle de passeur entre deux univers complémentaires mais dont les entrelacs sont trop pâles dans le domaine des Tice : le monde de la recherche et celui de la pratique.

Ludovia : un terrain de rencontres

Organisateur du colloque scientifique, Patrick Mpondo-Dicka est sémiologue. Il s’intéresse au langage et à toutes les formes d’expression du sens spécialement dans le domaine de l’audiovisuel, du multimédia, du numérique. Son parcours professionnel nourri d’éducation populaire, de pionnicat et d’études universitaires lui offre un point de vue ouvert et une posture privilégiée pour favoriser le dialogue entre des acteurs différents autour des technologies de l’information et de leurs usages. Ce parcours dessine à lui seul une des ambitions de Ludovia : effacer les frontières dans un milieu de l’éducation trop cloisonnée.

L’édition de Ludovia qui s’ouvre aujourd’hui à Ax les Thermes en Ariège traitera cette année le thème « mobilité et ouverture », un thème à priori propice aux échanges. Comme à l’accoutumée le croisement des regards parfois distants, de temps à autres éloignés, des enseignants, des chercheurs, des industriels et des institutionnels seront rassemblés dans un même lieu, autour d’un même objet.

Ludovia favorise la rencontre des acteurs, le colloque scientifique également. Pour les enseignants chercheurs, il est difficile aussi de trouver des lieux et des temps où croiser les approches. La pression de la publication charge les agendas et rendent les rencontres de ce type, chronophages ; difficiles. Ludovia constitue un rendez-vous régulier à partir duquel un pool de fidèles se constitue, qui se retrouve lors d’autres rencontres plus ponctuelles.

Du côté du colloque

Les scientifiques présents viennent de différentes disciplines. Les chercheurs des sciences de l’ingénieur sont de moins en moins présents, le champ proposé par le colloque s’ouvrant de plus en plus vers la dimension sociétale en s’intéressant à l’intégration sociale des technologies. Les sciences de l’information et de la communication, les disciplines artistiques, les sciences du langage, surtout la sémiotique, sont en revanche de plus en plus présentes. La question des nouvelles technologies reste en recherche assez marginale dans les différentes disciplines qu’elle investit. L’équivalent des « media studies » américain n’existe pas en France où l’entrée disciplinaire est encore très marquée. Les restrictions budgétaires tendent à accentuer un mouvement de repli vers le cœur des disciplines laissant peu de place à une approche transversale

Le programme du colloque scientifique a été rédigé de façon communautaire avec les scientifiques présents au colloque précédent. L’éclairage scientifique permet de s’éloigner de l’usage émotionnel du terme « mobilité » pour donner une profondeur au concept. Les différents usages de la mobilité seront ensuite déclinés : jeux, logiciels éducatifs, géolocalisation, réseaux sociaux, pratiques culturelles, évolutions du webdesign. La partie « usages pédagogiques » sera abordée mais la réflexion sur la mobilité ne peut se limiter à cette entrée, riche des apports de scientifiques issus de différents horizons. En observant les pratiques des enseignants tout en ouvrant le champ de la recherche aux usages du quotidien, les scientifiques voient se dessiner des usages pédagogiques sur un avenir un moyen terme.. Deux points de vue sont proposés : celui du récepteur complètement centré sur les usages et celui du monde de la production où il s’agit d’analyser les applications selon le dispositif.

Du côté des enseignants

Pour Patrick Mpondo Dicka, la rencontre entre les acteurs n’est pas si aisée. Certes, le thème est commun entre l’Université d’Eté et le colloque scientifique mais la disponibilité des uns et des autres est relative. Les institutionnels ont un programme dense avec un temps compté, ils ne fréquentent guère le colloque scientifique. Les industriels, rivés à leur stand, manifestent cependant leur intérêt, en lien avec la nécessaire recherche et développement. Seuls les enseignants naviguent aisément d’un monde à l’autre. Certains viennent assister à des présentations du colloque scientifique. Ce sont les tables rondes qui constituent le véritable carrefour des points de vue en conviant des représentants des différents acteurs de l’école : enseignants, chercheurs, institutionnels et industriels. Et puis, les temps conviviaux favorisés par le lieu permettent d’échanger, modulant ainsi le constat d’un croisement des regards souhaitable mais difficile. « L’idée est que c’est par la bande, la vie du colloque, le Off que se font les grands échanges ».

Patrick Mpondo-Dicka regrette que les enseignants ne soient pas plus nombreux à Ludovia pour tisser des liens plus forts dans une perspective de recherche appliquée. Inciter les enseignants à venir passe par une meilleure exposition mais surtout par une solution institutionnelle en considérant l’Université d’Eté comme une formation continue par exemple. Cette solution est facile à mettre en œuvre à condition que la formation continue des enseignants soit une priorité. L’état se désengage, les besoins demeurent. Les formations sont souvent utilitaires, ciblent les usages immédiats. Pourtant, pour que les usages se développent, il est préférable de ne pas être tributaire de l’outil et développer un état d’esprit favorable plutôt que de viser l’utilité immédiate. La rencontre entre chercheurs et praticiens n’a jamais été aussi souhaitable pour outiller les pratiques par une recherche appliquée développée. L’impulsion politique est nécessaire comme elle est pour investir fortement la dimension technologique des usages. En France, on est très loin des programmes américains, coréens voire turcs qui équipent les écoles en tablettes numériques.

Ludovia s’affiche comme une parenthèse, un temps suspendu entre vacances et retour dans les établissements où la réflexion et l’échange sont favorisés par l’atmosphère conviviale d’un séjour pyrénéen. Pour Patrick Mpondo-Dicka la parenthèse s’ouvrira vers des horizons nouveaux, ceux des sciences de l’information et de la communication. Les Tice peinent à trouver leur place de l’école à l’Université. Patrick Mpondo-Dicka continue à leur offrir dans son parcours un éclairage multiple qui mêle la pratique d’enseignant et une approche scientifique transversale.

Rencontre à Ludovia 2010

http://www.cafepedagogique.net/communautes/Ludovia2010/Lists/Billets/Post.aspx?ID=18