Les manuels entre critiques et défi numérique 

Par François Jarraud

Les manuels sous les critiques de la Halde


Les manuels scolaires sont-ils hermétiques aux stéréotypes sociaux ? La Halde, dont la mission consiste à lutter contre les discriminations, a voulu s'en assurer et, pour cela, a passé au peigne fin 29 manuels (histoire-géo, SES, français, maths,  instruction civique, SES) et leurs 3097 illustrations.


L’étude " relève la présence de stéréotypes dans les manuels scolaires quelles que soient les disciplines enseignées y compris l’éducation civique". C'est le cas par exemple de l'image des hommes (plus de 1 000 illustrations) et des femmes (341 illustrations !). Celles-ci sont souvent représentées dans des positions d'infériorité. " Les personnes d’origine étrangère représentées sont montrées le plus souvent dans des situations dévalorisantes et/ou de pauvreté" souligne la Halde. L'image de seniors est souvent peu positive; Quant à l'homosexualité elle est évacuée des manuels.


Aussi la Halde demande aux éditeurs "de prendre les mesures permettant de corriger les stéréotypes existants" et de mieux souligner la gravité de la discrimination.


Les éditeurs font savoir qu'ils "souscrivent à la poursuite de la lutte qu’ils ont engagée contre les stéréotypes dans les manuels scolaires, dans le respect de la véracité des faits rapportés, et dans les limites définies par les programmes". Ils rejettent l'accusation de sexisme et estiment qu'ils ont beaucoup contribué à changer les représentations des femmes. Pour eux, " le manuel scolaire est aux avant-postes du combat contre les discriminations. Les recommandations formulées par la Halde sont un outil de plus dans cette lutte engagée par les éditeurs depuis de nombreuses années déjà".

Le rapport de la Halde

http://www.halde.fr/Stereotypes-et-discriminations.html


Ecole – Lycée : Le renouvellement des manuels aura-t-il lieu ?

 

Sera-t-il possible de renouveler tous les manuels du primaire cette année ? Pour le Syndicat national de l'édition (SNE) la réponse est négative. Le SNE relève que 8 parents sur 10 veulent des manuels conformes aux nouveaux programmes et qu'une large majorité des enseignants tient aussi à ce que leurs élèves en disposent.


"Or pour que les élèves aient des manuels il faut des programmes à temps pour que les auteurs et les éditeurs conçoivent et réalisent les ouvrages, un financement à la hauteur des besoins" note le SNE. Pour la réforme du primaire le délai entre la parution des programmes (juin 2008) et leur application (septembre 2008) n'a pas permis d'avoir des manuels appropriés. De toutes façons les communes n'ont pas forcément les moyens de faire face à ce renouvellement complet et massif. Pour la réforme du lycée c'est mal parti…


L'enquête Sofres demandée par le SNE se penche aussi sur le numérique. Selon elle, une large majorité d'enseignants souhaite associer au numérique le manuel traditionnel.

Site SNE

http://www.desmanuelspourtous.com/


Le manuel scolaire sera-t-il numérique ?


Par Françoise Solliec


Le manuel numérique est-il la réponse à l’allègement du poids des cartables ? A-t-il un impact sur les pratiques pédagogiques ? Peut-on définir un modèle économique satisfaisant d’élaboration et de diffusion de ce type de manuels ? Le séminaire « manuel scolaire et numérique » qui s’est tenu, à l’initiative du ministère de l’Éducation nationale, à Strasbourg les 23 et 24 octobre, a abordé toutes ces questions au travers d’un état des lieux et de perspectives pour le moins contrastées.



Devant un public varié, composé notamment d’éditeurs, de personnels de l’éducation nationale, de représentants des collectivités locales et des associations de parents d’élèves, la rectrice de l’académie de Strasbourg, Claire Lovisi, a rappelé que 53 classes de 6e étaient candidates à l’expérimentation de manuels scolaires numériques à la rentrée 2008. Malheureusement, les performances des supports actuels ne leur permettent pas de répondre au cahier des charges de l’expérimentation et celle-ci a dû être repoussée. Pourtant l’académie se déclare prête, avec un ENT désormais déployé dans la moitié de ses établissements, à utiliser massivement des ressources numériques interactives qui accroîtront l’autonomie des élèves.


Pour Jean-Yes Capul, sous-directeur de la SDTICE, le paysage s’est profondément modifié sur les quatre dernières années. La multiplication des supports, l’évolution des technologies, l’intégration croissante du multimédia entraînant de nouvelles habitudes de lecture et d’écriture, le dynamisme des enseignants, isolés ou en association, sont autant de facteurs qui ont contribué à une augmentation de la production de ressources numériques. Les textes ne sont plus clos, la page disparaît. Certes, affirme Jean-Yves Capul, Internet ne tuera pas le livre, mais qu’en sera-t-il de la presse, des ouvrages professionnels et des manuels scolaires ? Le manuel numérique, prenant en compte la réalité du multimédia, devrait concourir au développement des usages du numérique en classe.


Stéphanie Van Duin, présidente de la commission numérique du syndicat national de l’édition, SNE, a exposé les réflexions du groupe de travail mis en place par la ministre de la Culture pour cerner les enjeux liés au livre dans l’univers numérique. Selon les éditeurs, le numérique coûte cher, notamment en termes de développement d’outils, de création d’interfaces et d’adaptation de standards. Le livre numérique s’apparente davantage à une offre de services, surtout en milieu scolaire. Il s’agit donc de trouver un modèle économique qui préserve la propriété intellectuelle et la diversité culturelle.



Comme le rappelle l’historien Alain Choppin, de l’INRP, le manuel scolaire est un objet qui a suscité de multiples polémiques. C’est seulement récemment qu’il a développé une fonction instrumentale, puis documentaire. Aujourd’hui, on le lit par fragments, on navigue à l’aide des sommaires et des index, on s’en évade avec les liens hypertextes, on passe du linéaire au réticulaire. Mais, déclare Pascale Gossin, auteur d’une thèse sur l’impact du manuel numérique sur les pratiques pédagogiques, la plupart des élèves qui ont des difficultés en lecture ne se sentent pas plus à l’aise avec l’hyperlecture.


Pour Marie-Noëlle Audigier, directrice générale des éditions Hatier, membre du Bureau du groupe enseignement du SNE, le manuel numérique est incontournable, en raison de la culture des élèves et des plus qu’il apporte en termes d’animation et de personnalisation. Tous les éditeurs scolaires ont proposé à cette rentrée des manuels numérisés (PDF de manuels papier) ou numériques (enrichis d’éléments multimédias) offrant de nouveaux services, et pouvant déboucher par exemple, sur le partage de bonnes pratiques. Elle estime cependant que les obstacles au développement des usages de ces produits sont encore nombreux : coûts liés aux nouveaux modes de production et de diffusion tout d’abord, manque d’accompagnement des enseignants qui de plus méconnaissent les crédits disponibles pour l’achat des ressources et continuent plutôt à demander des CD-ROM ou des DVD, manque d’une politique cohérente et suivie de la part du Ministère et enfin défaut de coordination entre les collectivités locales et ce dernier dans de nombreux cas.


Fabien Crégut, dont le site Mon année au collège fut primé au 1er Forum des enseignants innovants, en raison des nombreuses ressources qu’il offre et qui sont aussi le fruit des activités des élèves, estime que, pour chaque niveau, son site fonctionne pratiquement comme un manuel scolaire. Au travers des rappels de cours, descriptions d’activités, exercices plus ou moins ludiques, ressources multimédias complémentaires, les élèves  retrouvent et prolongent le travail de classe, en apprenant, au passage, à utiliser Internet de façon citoyenne.


Dans sa présentation des deux projets phare de l’association Sesamath, Mathenpoche et les manuels Sesamath, Noël Debarle fait ressortir l’aspect collaboratif du travail mené par les 70 enseignants bénévoles de l’association pour offrir à la collectivité un ensemble d’exercices interactifs couvrant intégralement le programme du collège et partiellement celui du lycée. A noter, le modèle économique très particulier permet à la fois de diffuser en librairie les manuels en version papier (payante) et de les proposer en libre accès en version électronique, dès leur élaboration.


L’offre numérique 2008, décrite par des représentants des éditions Belin, Bordas, Hachette et Nathan, porte sur des manuels numérisés vidéoprojetables, généralement gratuits, et un ensemble restreint de manuels numériques enrichis, payants, pour lesquels la demande reste « timide » et le marché faible, malgré l’intérêt de principe manifesté par les enseignants. En regard, les productions enseignantes, telles celles présentées plus haut, connaissent un véritable succès.


Une offre matérielle existe déjà chez plusieurs constructeurs, dont Sony et iRex Technologies, qui est une filiale spécifique de Philips.


Lorenzo Soccavo, prospectiviste, fait l’état des lieux de ces matériels et évoque les changements que cela implique sur la notion de texte, ainsi libéré du livre. Il dépeint un scénario d’avenir dans lequel l’élève, totalement libéré de cartable, retrouve un environnement numérique à la maison comme à l’école et va même, non sans humour, jusqu’à imaginer la disparition des murs de l’école au profit d’un environnement de type second life, « web 3D immersif ».


Les collectivités doivent-elles changer les modèles d’équipement dans les établissements scolaires et aller désormais vers une informatique répartie plutôt que concentrée ou spécialisée ? C’est l’avis de François Jollivet, directeur de l’éducation du conseil général du Val d’Oise. Ainsi dans le tout nouveau collège de Goussainville, chaque salle dispose d’un TBI et d’une connexion Internet. Un ENT permet d’accéder à des ressources numériques négociées avec les éditeurs, et grâce au Centre Départemental de Documentation Pédagogique (CDDP). Avec en plus, une salle informatique de 30 postes, ouverte sur le temps périscolaire, on ne s’étonnera pas que les élèves soient invités à laisser leurs livres à la maison !

L’accompagnement des enseignants, néotitulaires pour une majorité d’entre eux, a été une priorité et la rentrée a même été retardée pour leur permettre de se former. Ils bénéficient d’animations régulières du CDDP et les nombreux échanges pluridisciplinaires semblent témoigner de la vitalité avec laquelle ils se sont appropriés ces pratiques numériques.


Créée à l’initiative de la région PACA, la plate-forme Correlyce a été présentée par Éric Mazo. Elle offre un portail identifié aux élèves, aux enseignants, aux éditeurs … et permet l’accès à des ressources numériques gratuites ou payantes. Une somme de 1500 euros a été mise à disposition de chaque lycée et, actuellement, 62% des établissements l’ont utilisée en moyenne à hauteur de 1200 euros. Animations Flash, presse, ressources en langues figurent parmi les produits les plus fréquemment commandés.


Pour Eric Julien, du Kiosque numérique de l’éducation, KNE, l’existence de portails structurants comme Correlyce, le développement des Espaces numériques de travail (ENT), la professionnalisation des acteurs de la chaîne de connexion, sont autant de signes d’un changement dans les habitudes, d’autant que des demandes émanent désormais d’enseignants non spécialistes des TICE. Les commandes restent néanmoins faibles : dans toute la France, environ 2000 licences ont été délivrées dans 200 établissements depuis la rentrée.


Jean-Michel Leclercq, chef de projet ENT à la SDTICE, voit le manuel numérique comme un service supplémentaire qui peut être intégré dans l’ENT. Il pointe la nécessité d’un travail en commun qui permette d‘aboutir à des spécifications partagées et d’établir des connecteurs standardisés entre le socle technique de l’ENT et les ressources provenant des différents producteurs.


Les problèmes liés à la diffusion de livres numériques et à la rémunération de leurs auteurs sont nombreux, en particulier en ce qui concerne les images. Différents dispositifs de protection de données sont mis en place, par exemple la création de documents PDF ou des marqueurs DRM. Vianney de la Boulaye, des éditions Larousse, président de la commission juridique du SNE, commente les dispositions de la loi DADVSI (légalisation de dispositifs anti-copies, autorisation de traçage d’usages) relatives à l’exception pédagogique. Sauf pour les manuels scolaires, les enseignants sont autorisés à utiliser des extraits d’œuvres numériques (textes, sons, images fixes ou animées) pour illustrer leur cours. Cela suppose que les auteurs aient été indemnisés sur une base forfaitaire, après négociation, sans que l’on sache qui doit assumer la responsabilité de la négociation. Par ailleurs, la loi sur la reprographie, qui prévoit une redevance forfaitaire gérée par le CFC, reste en vigueur.


Pour aider à la formation continue des médecins, entre autres, une ligne de livres numériques spécialisés est proposée par l’Institut d’aide à la pratique médicale représentée par Patrick Dhont. Ces ouvrages, élaborés avec les sociétés savantes ont été proposés pour validation officielle auprès des ministères de l'Éducation nationale et de la Santé. Ils sont sponsorisés de façon institutionnelle par des industriels qui en assurent la diffusion auprès des médecins, et pourraient être proposés gratuitement aux étudiants en médecine.

Catherine Forestier qui a coordonné le pôle livres électroniques du consortium Couperin de 2003 à juin 2008 élargit la perspective à l’ensemble de l’enseignement supérieur en montrant combien l’approche mutualisée est nécessaire pour le développement du livre électronique et de ses usages dans les universités, les écoles supérieures et la recherche. 


Comment les manuels scolaires numériques sont-ils utilisés dans d’autres pays ? En Angleterre, l’équipement des classes en TNI et les recommandations du Becta  ont conduit les éditeurs à proposer des manuels en ligne, intégrant différentes fonctionnalités, allant de la préparation de cours jusqu’à l’évaluation, comme le montrent les représentants de  Hachette Livre UK, Hodder Education.


Peut-on aujourd’hui se procurer un e-book ? Plusieurs produits sont désormais commercialisés en France. Parmi ceux-ci, Bookeen présenté par Michael Dahan, simule l’objet livre en format de poche, mais peut contenir environ 400 livres en format papier et dispose d’une autonomie de 8000 pages tournées. Expérimenté cet été auprès de 150 libraires, représenté à la tribune par l’un d’eux Gilles Million (librairie « L’usage du monde » à Strasbourg), avec les exemplaires presse des livres de la rentrée, il semble avoir donné satisfaction par sa maniabilité et le confort de lecture offert. Le produit e-paper de 4DConcept présenté par Pierre-Henri Colin, est plus riche en fonctionnalités. Il est ouvert à différents formats et permet de travailler en commun sur une plate-forme dédiée, par exemple pour valider en commun des notes de réunion, à la fin de celle-ci, ou pour corriger des questionnaires en ligne. L’écriture est également possible sur le produit à l’aide d’un stylet et il permet de communiquer (wifi, Ethernet).


Jacques Angelé, représentant de la société Nemoptic, travaille sur le projet Sylen (système de lecture nomade) soutenu par le pôle de compétitivité francilien Cap Digital et présente l’approche du marché telle que la formulent aujourd’hui les chercheurs et les industriels. L’offre française de livres à télécharger sur ces e-books est cependant encore faible et les expérimentations en milieu scolaire pratiquement inexistantes. Des suites seront donc à attendre à ce niveau, déclare Jean-Yves Capul en guise de conclusion.


Un dossier sur le manuel numérique, précisant la définition des différents vocables utilisés et brossant un large panorama des concepts, des utilisations et des évolutions prévisibles, a été réalisé pour appuyer ce séminaire par le service documentation de la SDTICE. Il est disponible sur Educnet.


Françoise Solliec


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Par fjarraud , le samedi 15 novembre 2008.
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