Peut-on sauver la dictée ? 

 

 

Par Virginie Mège

 

Bête noire de nombreux élèves, la dictée est souvent associée aux pires souvenirs d'école. Mal comprise, mal jugée, elle apparaît même pour certains comme un exercice sans intérêt, vestige d'un enseignement dépassé. La dictée est pourtant loin de se limiter à une simple évaluation de l'orthographe. Constituant à elle seule une activité pleine de richesses quand elle est traitée de façon constructive et régulière, elle s'intègre naturellement dans la séquence et sert parfaitement les objectifs visés par le cours de français, en matière de lecture, d'écriture, de langue et d'oral.

 

 

Une épreuve mal comprise

La dictée est victime de nombreux a priori. Les élèves pensent qu'ils ne peuvent pas changer leurs résultats. Pour eux, l'épreuve renvoie forcément à une compétence orthographique, pour laquelle on serait « nul » ou plus rarement « excellent » de façon irrémédiable, naturelle, voire génétique. De plus, il s'agirait d'une évaluation truffée de pièges, sorte de performance technique à réaliser. Malheureusement, les célèbres dictées médiatisées de Bernard Pivot ne font que renforcer cette fausse représentation. Surtout, l'exercice serait artificiel et dénué d'intérêt. Le pire est que certains professeurs de collège semblent leur donner raison en ne faisant pas ou peu de dictées en classe.

 

La dictée ne relève cependant pas de la prouesse orthographique. Si elle est présente au Brevet des Collèges et dans de nombreux concours administratifs, c'est qu'elle offre le moyen d'évaluer des compétences de langue (incluant grammaire au sens large, vocabulaire et orthographe), de lecture, de compréhension de texte et de concentration, le tout en un temps limité. Rappelons le barème appliqué à une copie au Brevet. Sur 20 points, on en enlève 2 pour une faute de grammaire, 1 pour une faute d'orthographe et 0,5 pour une faute d'accent ou de majuscule, cette note globale étant ramenée ensuite sur 5 points.

On le voit, ce sont les erreurs liées à la grammaire qui sont les plus sanctionnées. Il s'agit essentiellement de la correction de la terminaison des verbes et du respect de la chaîne des accords autour du nom. Les fautes d'orthographe ne viennent qu'au second plan. D'ailleurs, les dictées de Brevet ne comportent a priori pas de mots très difficiles à orthographier et les plus compliqués sont notés au tableau.

D'autre part, l'élève doit bien utiliser les majuscules, mettre les accents, les points sur les « i » et les signes de ponctuation. Les erreurs en la matière, commises par négligence ou inattention, s'additionnent et coûtent cher, faisant basculer du médiocre au catastrophique. L'élève faible peut donc assez facilement « limiter les dégâts » en fournissant un effort de concentration et de soumission aux règles de l'écrit.

 

 

Pratiques en classe

Pour bien écrire, il faut évidemment s'entraîner. En classe, la « dictée traditionnelle » ne s'avère souvent pas probante car les élèves n'arrivent pas à se « relire » efficacement et progressent peu après la correction. De même, la « dictée préparée » avoue ses limites, favorisant davantage la mémoire des élèves studieux qu'un réel apprentissage de la langue. L'exercice de « commentaires orthographiques » semble plus intéressant puisqu'il exige une justification mais celle-ci passe par le métalangage, souvent mal maîtrisé. Les « textes mal écrits » à rétablir correctement ou les « dictées-activités » régulières constituent quant à eux des outils privilégiés.

 

La dictée-activité : pour l'acquisition d'une méthode de relecture active et un échange constructif

La dictée-activité est une dictée non notée, dont la relecture est guidée par les questions orales du professeur et qui comprend ensuite un échange de points de vue avec un camarade, suivi d'une correction collective.

L'élève relit d'abord son texte de manière individuelle et le corrige au mieux, invité par l'enseignant à rectifier ses erreurs de façon progressive, en s'interrogeant sur les codes de l'écrit, la grammaire phrastique et textuelle (verbes conjugués, temps, sujet, référence des pronoms, accords des adjectifs...) et les mots. Précisons que rapidement l'enseignant n'a plus besoin de donner de directives : à force d'entraînement, les élèves acquièrent une méthode de relecture qu'ils réinvestissent même en rédaction.

Dans un deuxième temps, l'élève réfléchit avec un camarade. En binômes, les élèves comparent ainsi les copies, justifient mutuellement leurs choix et débattent à voix basse pour parvenir à une solution argumentée. On constate que le travail est à cet instant aussi actif que performant. Surtout, la correction qui suit s'avère efficace car mieux suivie par l'ensemble des élèves. Ils ont à coeur de voir « qui des deux avait raison ». Les notions sont mieux enregistrées et de façon durable. C'est l'occasion d'effectuer de multiples révisions comme les valeurs des temps, les propositions subordonnées ainsi que les familles de mots.

On peut même rendre les élèves encore plus actifs dans leur apprentissage. Ainsi, l'un est désigné pour établir le texte de la future dictée. Il doit choisir un passage formant un tout cohérent et ayant un rapport avec la séquence en cours, s'appliquer à le recopier sans faute et le remettre au professeur en argumentant brièvement son choix. Une fois l'accord obtenu, l'élève prend en charge la dictée, effectuant un travail de lecture expressive puis d'expression orale.

Ces dictées-activités sont particulièrement appréciées par les élèves grâce à leur aspect ludique et aux progrès qu'elles leur permettent de réaliser. Elles favorisent en outre une étude littéraire avec une entrée par la langue. Les élèves ont écrit le texte, ils ont réfléchi sur son fonctionnement grammatical, ils le connaissent donc bien et sont plus à même de le comprendre et de l'apprécier. Plutôt que d'utiliser des extraits du manuel scolaire, l'enseignant se sert donc de ces textes pour une lecture analytique plus efficace. La dictée ne correspond alors plus à un exercice artificiel mais prend naturellement sa place dans le cours, parfaitement intégrée à la séquence.

 

 

Bilan et conseils pour s'entraîner à la maison...

Pour conclure, afin de réussir une dictée, il faut avant tout acquérir une méthode de relecture efficace et prendre conscience que l'orthographe n'y occupe qu'une faible part, l'essentiel étant de savoir réutiliser au mieux les notions de grammaire et de conjugaison. Par conséquent, comme pour toute épreuve de français, le candidat au Brevet ou à un concours est invité à faire des exercices corrigés et à revoir ses connaissances.

L'idéal est évidemment aussi de s'entraîner sur n'importe quel texte en se le faisant dicter ou en s'enregistrant.

 

On peut recommander :

 

Le site du Bescherelle

Déjà signalé dans la rubrique Collège de notre dernier Mensuel, voilà sans doute le meilleur site gratuit pour s'entraîner seul, avec des textes dictés en ligne et corrigés, classés selon le niveau de classe.

http://www.bescherelle.com/dictees.php

 

Dictées pour progresser de Mélanie Lamarre (collection Librio 2 euros, E.J.L. 2004)

Cet ouvrage s'adresse à un niveau 4ème-3ème et propose, selon une difficulté croissante, une quarantaine de dictées commentées ainsi que de nombreux repères de cours indispensables.

 

Le français correct pour les nuls de Jean-Joseph Julaud (Editions First, 2004)

C'est un livre destiné davantage aux étudiants ou adultes qu'aux collégiens mais qui est complet. Il contient aussi  trois tests d'évaluation sous forme de textes à se faire dicter, avec une correction commentée en fin d'ouvrage.

 

 

 

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Par fsolliec , le mardi 15 avril 2008.
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