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Le Goncourt des lycéens 2012 

Le prix Goncourt aux lycéens ! 

Jeudi 15 novembre, à Rennes, le 25ème prix Goncourt des Lycéens a été décerné à Joël Dicker  pour son roman « La Vérité sur l’Affaire Quebert ». Treize lycéens, délégués par leurs régions, y représentaient les 2 000 lecteurs qui, depuis septembre, dans une cinquantaine d’établissements français et étrangers, ont parcouru avidement la sélection des 11 romans choisis à la rentrée par l’académie Goncourt. Comme dans toute pédagogie de projet, ce qui importe d’ailleurs, c’est sans doute moins l’aboutissement que le cheminement, moins le produit final (une œuvre littéraire de premier choix pour certains, un événement éditorial, médiatique, économique, pour les autres) que le processus (lecture intensive d’une dizaine de romans contemporains, débats vifs et argumentés à l’intérieur des classes, rencontres avec des écrivains, activités d’écriture diverses …).

Le prix Goncourt des lycéens est devenu au fil des ans le principal prix de lecteurs, souvent d’ailleurs imité : son secret réside un peu dans cette capacité à kidnapper un temps la littérature, à la ravir aux « professionnels de la profession », pour l’abandonner aux lecteurs eux-mêmes. Comme on l’a vu encore une fois à Rennes, mais aussi tout au long des semaines écoulées, il convient de saluer les lycéens, à qui l’on donne soudain voix au chapitre, et qui, investis de ce droit à la parole, savent par leur jeunesse, leur curiosité et leur enthousiasme offrir à la littérature une saine vitalité.

Le Goncourt des Lycéens comme aboutissement

Mercredi 7 novembre, les  académiciens Goncourt avaient attribué le Prix Goncourt à Jérôme Ferrari pour Le sermon sur la chute de Rome par 5 voix contre 4 à Patrick Deville. Mardi 13 novembre, les jurys régionaux de lycéens avaient à leur tour dévoilé le nom de leurs cinq finalistes : Gwenaëlle Aubry pour Partages, Joël Dicker pour La vérité sur l’affaire Harry Quebert, Jérôme Ferrari pour Le sermon sur la chute de Rome, Linda Lê pour Lame de fond et Joy Sorman pour Comme une bête. Jeudi 15 novembre, la Fnac de Rennes accueillait pour la deuxième fois la proclamation du prix, sans que quiconque ne manifeste comme l’an passé un étonnement devant ce que certains avaient alors ressenti comme un détournement d’un projet éducatif à des fins trop ouvertement publicitaires…

Au final, 9 lycéens du jury national ont donné leurs suffrages à Joël Dicker tandis que les 4 autres se partageaient entre Joy Sorman, Gwenaëlle Aubry et Jérôme Ferrari. Au terme de délibérations où les débats ont été jugés vifs, Théo Herrias, du lycée Claude Fauriel à Saint-Etienne, a été chargé par le jury de proclamer le prix au milieu de tous ses camarades, devant les caméras et les appareils photos, en présence du Maire de Rennes, du Recteur de l’académie, du Président de la Fnac, de Pierre Assouline, membre de l’académie Goncourt, de Carole Martinez, lauréate de l’édition précédente. Tous sont venus saluer le travail de lecture et de jugement critique qui a conduit les 2 000 lycéens à choisir un roman de facture policière : manifestement, un vrai coup de cœur pour la plupart d’entre eux. Joël Dicker a confié au téléphone son bonheur de recevoir ce prix jugé par lui « magique », plus essentiel encore à ses yeux que le prix de l’Académie française décerné il y a quelques semaines. Le jeune romancier suisse a précisé qu’il avait quitté le lycée il y a peu de temps et qu’il appréciait de « partager l’expérience du livre » avec des gens dont il se sent proche : des lycéens. Ce jeudi 15 novembre, à Paris, le Ministre de l’Education nationale devait remettre officiellement le prix au lauréat.  Des rencontres nationales entre des lycéens et des écrivains se dérouleront à Rennes fin novembre pour clore en beauté le Goncourt des Lycéens 2012.

Rappelons combien l’enjeu pour les éditeurs, les écrivains, les libraires, est économiquement important : Carole Martinez, lauréate du Goncourt des Lycéens 2011, a vendu 170 000 exemplaires de son roman Du domaine des murmures, approchant les scores du Goncourt de la même année, puisque dans le même temps L’art français de la guerre d’Alexis Jenni s’écoulait à 205 000 exemplaires.

Le Goncourt des Lycéens comme cheminement

Cet événement médiatique a le mérite de montrer aux yeux de tous que les lycéens peuvent faire l’événement, en donnant le spectacle, sans doute aujourd’hui paradoxal, de leur passion de lire. Il ne s’agit pas ici d’émettre un jugement de valeur sur le roman primé, mais bien d’apprécier à sa juste valeur le travail mené par les élèves.

Pour s’en rendre compte, il suffit de parcourir la plateforme numérique de l’opération : sur ce site 2.0, les lycéens des 50 établissements concernés prennent la parole, partagent au fur et à mesure leurs impressions de lecteurs, racontent les événements liés au projet ou encore se risquent à des productions créatives autour des romans de la sélection. Ce « Goncourt in progress » est remarquable dans sa dimension collaborative : il est rare de voir ainsi les élèves de 50 lycées différents échanger sur un projet commun et abattre, par la lecture et l’écriture, les murs de la classe, du lycée, de l’académie. La plateforme permet de saisir combien le lycée lui aussi peut être un lieu où, quitte à s’éloigner d’une littérature patrimoniale (celle qui ne sert que pour une évaluation de type bachotage ?), on peut travailler pleinement les compétences (celles qui aident à vivre ?) : on voit combien en particulier s’y articulent de réelles connaissances (des œuvres concernées, du genre romanesque, des formes littéraires adoptées, des thèmes abordés …), d’utiles capacités (rendre compte d’une lecture, résumer, argumenter, inventer …), d’admirables attitudes (le goût de la lecture, la sensibilité à la littérature, l’ouverture au monde, l’investissement dans le travail …)

La vérité sur le prix Goncourt des Lycéens

Bouclons la boucle. Dans la pédagogie de projet, c’est d’ailleurs souvent le but poursuivi qui donne le désir de cheminer. On se contentera alors d’aller butiner sur la plateforme collaborative du Goncourt des Lycéens 2012 des bouts de textes où les lycéens eux-mêmes ont exprimé tout au long des semaines passées leur goût pour le roman récompensé de Joël Dicker, nous transmettant à leur tour le bonheur de lire … La vérité sortirait-elle de la bouche des adolescents : celle qui permet à la littérature à l’école d’être enfin en action?

La vérité triomphe toujours

« Cette intrigue mystérieuse enchaîne suspense, suspicions entre personnages, rebondissements et amour. A travers ce roman passionnant, Joël Dicker maintient le lecteur en haleine du début à la fin de l’histoire. Il expose la vie tranquille d’Aurora bouleversée par les évènements et nous fait réfléchir sur l’amour impossible mais passionnel de deux êtres différents et séparés par les lois. Le lecteur est ainsi dépaysé grâce à ce récit digne d’un film hollywoodien, aux personnages au caractère débordant d’imagination et à ce petit voyage temporel entre l’année de la disparition et l’année des vérités… » (Morgane, Lycée David d’Angers)

Un livre de génie

« Le livre est vraiment fabuleux ! C’est un livre dans un livre, comme une mise en abîme à travers une belle amitié entre Harry et Marcus Goldman mais qui malheureusement ne pourra pas continuer... "Les livres nous ont unis et maintenant, ils nous séparent. C’était écrit." On s’attache énormément aux personnages ! et quand j’ai terminé ce roman j’avais presque envie de pleurer ! le lecteur "ne doit plus penser qu’à tout ce qu’il vient de lire, regarder la couverture et sourire avec une pointe de tristesse parce que les personnages vont lui manquer. Un bon livre, Marcus est un livre qu’on regrette d’avoir terminé" A travers Harry on retrouve alors notre Joël Dicker, puisque pour l’avoir rencontré il nous a avoué être triste quand il terminait d’écrire un ouvrage, puisqu’il devait faire le "deuil" de ses personnages. On remarque alors qu’il est dévoré par sa passion et c’est absolument génial à voir !!  Un auteur très jeune qui commence une belle carrière et le succès phénoménal de ce bijou ne fait que commencer, j’en suis sûre ! 670 pages ça paraît long mais c’est en fait 670 pages de pur bonheur ! (Morgane, Lycée Vauban, Aire-sur-la-Lys)

La Vérité guidant l’Auteur

« Instant magique. On ouvre le livre, on se plonge dans le roman… pour en ressortir impressionné, épanoui. A quoi peut-on s’attendre lorsqu’on ouvre La Vérité sur l’affaire Harry Quebert  ? Qu’attend-on du roman de Joël Dicker ? Une narration bien menée, un suspens attirant, captivant ; et en cela, personne ne sera déçu. (…) Mais à travers la quête de vérité de Marcus Goldman, Joël Dicker nous fait aussi réfléchir sur la justice, la vérité, sur les enquêtes ainsi que sur les rapports entre les personnes. Ce livre est donc bien plus qu’un excellent roman policier, c’est un véritable chef d’œuvre, à tel point que même 670 pages paraissent courtes, et on en vient immanquablement à regretter dès le moment où l’on devra reposer le livre sur son étagère. » (Jean, Lycée Emile Zola, Rennes)

Que je l’aime !

« Je pleure, je ris, je l’aime. "Si les écrivains sont des êtres si fragiles, Marcus,c’est parce qu’ils peuvent connaître deux sortes de peines sentimentales, soit deux fois plus que les êtres humains normaux : les chagrins d’amour et les chagrins de livres. Ecrire un livre, c’est comme aimer quelqu’un : ça peut devenir très douloureux." » (Roxane, Lycée La Providence, Fécamp)

Le livre à lire

« Un ouvrage sans pareil, qui mérite amplement le prix Goncourt des lycéens. On distingue clairement le sens littéral du roman, soit un meurtre, une enquête, une amitié, une romance -enfin il y en a pour tous les goûts- et le sens profond de l’histoire... Le sens de la vie. La vie a-t-elle un sens d’ailleurs ? Selon Harry Quebert- ou devrions nous l’appeler "le suspect numéro un" - "écrire, c’est donner un sens à sa vie". Un écrivain trentenaire, une jeune adolescente de quinze ans, un amour interdit... Comment ne pas dévorer ce livre ? Il est bien plus qu’un simple roman policier, c’est un ouvrage magnifique plein de sensibilité, de doute et de philosophie. Joël Dicker nous offre là un best-seller sur un plateau d’argent. » (Léna, Lycée David d’Angers)

Jean-Michel Le Baut



Goncourt des Lycéens 2012 : Paroles croisées 

Lycéen, enseignant, organisateur,  académicien : tous partagent avec nous le souvenir et les espoirs de ce pari pédagogique.

Parole de lycéen

Théo Herrias est élève en première L au Lycée Claude Fauriel à Saint-Etienne. Il a participé à la sélection du roman lauréat 2012 dans sa classe Goncourt, aux délibérations régionales, puis aux délibérations nationales. Il a été chargé jeudi 15 novembre à Rennes d’annoncer  officiellement le nom du vainqueur. 

Etes- vous personnellement satisfait du choix du roman primé cette année ?

Oui, personnellement j'ai voté pour « La Vérité sur l’Affaire Henri Québert », donc j'en suis heureux. C'est un choix qui a été fait par la quasi unanimité des délégués régionaux. Ce qui m'a plu particulièrement, c’est qu’il s’agit d’un roman policier très riche en rebondissements. Ca se passe dans un coin un peu perdu et on a une sorte de portrait de l'Amérique profonde, un portrait qui est particulièrement bien fait. Ce livre a quelque chose de plus qu'un polar normal : il a une âme. L'aspect mise en abyme est très intéressant, mais je ne peux en dire plus sous peine de dévoiler des choses...

Dans ces délibérations, est-ce que les débats ont été vifs ?

Oui, les débats ont été musclés, il y avait de l'engagement, et c'était bien. J'avais peur qu'on soit trop timides, qu'il n'y ait pas beaucoup de développements, que ce soit deux heures assez longues.

Comment as-tu réussi ce pari un peu fou : lire 11 romans en 2 mois ?

On a mis en place un roulement qui permettait de lire deux livres par semaine. Chaque semaine, on avait un petit débat dans la classe sur les aspects positifs et les aspects négatifs des livres lus. Et cela a suffi : on a eu le temps de lire tous les livres, sans avoir à se forcer. On a aussi fait quelques travaux écrits comme rédiger un texte à la manière d'un des auteurs de la sélection. Cela nous permettait vraiment d'approfondir, cela nous invitait a relire pour connaître encore mieux le roman.

Avez-vous rencontré des écrivains sélectionnés?

On est allés à la conférence de Lyon à la cite internationale. On a rencontré 6 écrivains : Joël Dicker, Thierry Beinstingel, Serge Bramly, Linda Lè, Gaspard-Marie Janvier, Vassilis Alexakis. C'était très intéressant : les écrivains ne se sont pas contentés de parler de leurs livres, ils nous ont livré leur point de vue sur plein de choses différentes..

Au final, maintenant que vous arrivez au bout de l'expérience, quel bilan en tirez-vous ?

Oui, c'est fini là. C'était une expérience super enrichissante. Géniale aussi pour moi parce que j'ai réussi à aller le plus loin possible, à me faire élire comme délégué, ce qui est une fierté pour moi quand même. Et c'est un enrichissement d'avoir lu de super livres. Je compte bien continuer à lire et je ne manquerai pas la prochaine rentrée littéraire.


Parole d’enseignante

Isabelle Savéan est professeur de français au lycée Emile Zola à Rennes. Elle a animé le « Goncourt des Lycéens » dans une classe de seconde (35 élèves).

Quels profits vos élèves ont-ils tirés de cette expérience?

Des profits immenses ! Certains de mes élèves n'avaient pas réussi à lire un seul livre de toute leur scolarité, d'autres avaient pu lire de la littérature de jeunesse, d'autres étaient déjà de bons lecteurs : tous ont adhéré au projet, et chacun en a profité à sa mesure. Celui qui n'avait jamais rien lu, est parvenu à en lire quatre, et un tiers de mes 35 élèves, a enchaîné les 11 romans de la sélection, ce qui est vraiment exceptionnel en seulement 6 semaines. Bien qu’ils aient découverts le projet seulement à la rentrée, les élèves ont vraiment joué le jeu. Enfin, cette aventure du Goncourt a pu accélérer l'intégration de chaque élève dans la classe.

Avez-vous adopté une stratégie particulière pour les inciter à lire ?

Au début : l'incitation, l'enthousiasme, l’énergie collective. Puis, chaque semaine, j’organisais des débats pour faire le point sur les romans qui avaient été lus ; des élèves se retrouvaient face à face, pour dire ce qu'ils avaient compris du livre, aimé, pas aimé. La classe renchérissait. Mon rôle ne fut pas d'orienter le jugement, mais d'expliciter certains éléments qui pouvaient échapper, par exemple ce qui concerne Marcel Duchamp dans le roman de Serge Bramly. Ce sont ces mini-débats qui ont appris aux élèves à trouver des arguments, à dépasser leurs simples impressions, si bien qu'en deux mois, ils ont vraiment réussi à formuler des critères littéraires, sans pour autant avoir eu des cours de littérature, reportés à après la Toussaint, du fait de ce projet chronophage. Cette lecture en immersion a été remarquablement efficace.

Avez-vous mis en place aussi des activités d'écriture ?

Oui, parce qu'il faut bien des notes, mais surtout  parce que depuis plusieurs années je fais participer mes classes au concours de critiques littéraires, organisé par la Région Bretagne en lien avec la sélection Goncourt. Nous avons, en cours, défini les critères de l’écriture critique, à partir de l’observation des textes primés les années précédentes, puis chaque élève a rédigé deux critiques sur les romans qu’il venait de lire. EIles sont d’ailleurs publiées sur la plateforme du « Goncourt des lycéens 2012 ». S’ajoute la création du carnet de bord, avec des textes de formes diverses, par exemple les abécédaires, les portraits chinois, une activité menée avec la documentaliste Françoise Guillouche.

Avez-vous rencontré des écrivains ? Est-ce que ces rencontres ont influencé leurs goûts et leurs choix ?

Oui, nous avons rencontré Patrick Deville, dans un petit-déjeuner littéraire organisé spécialement pour nous par la Fnac (via Anne Giummelly). Pour éviter que toute la classe ne soit influencée par cette rencontre singulière et ne vote en masse pour cet écrivain juste du fait de cette rencontre, j'avais prévenu que seuls ceux qui auraient lu Peste et Choléra, y participeraient : dès lors, de 5 ou 6 à l'avoir lu, ils étaient une quinzaine lors de la rencontre dont ils revinrent tous enchantés. Dans le tiercé final de la classe, figurait d'ailleurs le roman de P.Deville… De même, Comme une bête  avait été rejeté de manière forte par la classe qui était heurtée par certaines scènes : après les Rencontres Régionales de Nantes, le livre a été considéré différemment parce que les élèves ont apprécié le discours de Joy Sorman et mieux compris son projet... En revanche, le roman de Joël Dicker que nous n’avons pas pu rencontrer puisqu’il a fait faux bond à Nantes, a été un coup de foudre immédiat. Le choix de Dicker, aujourd’hui, était donc prévisible. Mes élèves n’ont pas perçu certaines facilités d'écriture que l’on pourrait reprocher au roman ; au contraire, selon eux, c’est précisément cette envie de tourner les pages de manière irrépressible, qui rend le livre magnifique : ils s’étonnaient eux-mêmes d’être ainsi embarqués, de parvenir à aller au bout de ces 650 pages, en moins de deux jours. La Vérité sur l’affaire Harry Québert peut, me semble-t-il, être très utile pour faire aimer la lecture à tous les élèves, quel que soit leur passé de lecteur. Peut-être le choisirais-je désormais comme roman de début d’année, pour amener ensuite les élèves à la lecture des œuvres classiques du programme de Seconde.


Parole d’Académicien Goncourt

Pierre Assouline, écrivain, journaliste, blogueur, est membre de l’académie Goncourt qui chaque rentrée propose sa sélection de romans et chaque mois de novembre décerne le plus réputé des prix littéraires de France. Il est venu à Rennes le 15 novembre 2012 manifester le soutien de l’académie au travail des lycéens.

Qu'est-ce que le prix Goncourt des lycéens apporte selon vous à des lycéens ?

Il leur apporte une motivation, une stimulation formidable, qui ne s’obtient pas simplement par l’enseignement. Il leur apporte un développement du jugement critique, un développement du travail en commun, de la délibération en commun, et outre le goût de la lecture qui en sort renforcée indubitablement, il leur apporte de resserrer des liens avec les enseignants qui s’y impliquent.

Est-ce que cela vous semble une bonne façon d'introduire la littérature contemporaine à l'école ?

C est le but premier. On ne peut pas faire un Goncourt des lycéens à chaque fois qu’on va parler de Voltaire. N’oublions pas que le Goncourt des lycéens, c'est des livres de littérature contemporaine vivante, toute neuve. Il serait difficile de faire passer Proust de la même manière. Sauf à rejouer l’opération avec des classiques modernes, ce qui serait très intéressant !

Vous avez rencontré vous-même des lycéens : qu’est-ce que cela vous apporte à vous ?

La fraîcheur du jugement, de l’innocence.et une surprise. A chaque fois, c’est vraiment surprenant, cela ne correspond pas du tout à ce qu’on imagine. Là c’est des gens qui n’attendent rien en échange, ils sont beaucoup plus libres que nous, beaucoup plus désinhibés, donc il y a une liberté de ton qui est très précieuse.

Vous consacrez un blog à la littérature : pensez-vous qu’internet puisse aussi apporter plus de littérature aux lycéens ?

Sans aucun doute parce que c’est un prolongement, c’est gratuit, il y a une part d’interactivité qui fait qu’il y a une discussion qui s’engage, et pour peu que le lycéen soit un petit peu curieux, l’internet lui permet de développer bien davantage sa curiosité envers les livres.


Parole d’organisatrice

Depuis des années, Jeannie Le Villio préside l’association Bruit de Lire qui organise le Goncourt des Lycéens.

Le Goncourt des lycéens fête son 25eme anniversaire : quel bilan tirez-vous de cette expérience qui a désormais un quart de siècle ?

Le bilan, c'est d'abord le palmarès. Je suis très fière globalement du choix des lycéens au cours de ces 25 opérations. Je trouve qu'à chaque fois, ils ont su trouver un livre de valeur. Dans toutes les délibérations, ce sont des arguments solides, des débats contradictoires riches, donc le choix est toujours solide, justifié et de grande qualité.
L'autre satisfaction, ça a été, je crois, un cadeau qu'on a pu faire aux différentes classes, qui initialement n'étaient peut-être pas enchantées d'entrer dans ce qu'on appelle maintenant communément un « marathon de lecture ». Souvent 15 livres en 8 semaines : on comprend qu’ils n'aient pas toujours sauté de joie quand on leur présentait le programme à la rentrée. Et malgré tout, pendant toutes ces années, ils ont joué le jeu. Ils ont pu découvrir tout un monde, notamment à travers les rencontres que nous avons organisées tous les ans à rennes après le prix : des rencontres avec des acteurs du monde de la littérature, les écrivains, les éditeurs, les critiques, les bibliothécaires, ils ont pu aller plus loin que ce que les programmes de français leur permettent parfois de faire, dans la découverte du genre romanesque ou des métiers du livre... On a tous en mémoire tel élève qui a ainsi découvert qu'il serait libraire, tel autre qui a ainsi décidé qu'éditeur c’était un beau métier…


Propos recueillis par Jean-Michel Le Baut


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Par fsolliec , le samedi 17 novembre 2012.
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