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À la Une : Quelle morale civique pour les élèves ? 

Alors que l'on attend l'installation d'un nouvel enseignement de morale civique, dans Recherches sur l'éducation n°20, Géraldine Bozec (Université de Nice) donne un bon coup de projecteur sur les pratiques des enseignants du primaire en matière d'éducation civique.

 

"Un certain nombre de tensions entourent la construction de l’autonomie politique des enfants à l’école", explique-t-elle. "Les enquêtés se trouvent là confrontés aux incertitudes qui entourent le statut de l’enfant dans la société actuelle, comme aux tensions intrinsèques à la citoyenneté, tiraillée entre émancipation et obéissance politiques. Ils composent et bricolent au quotidien, à partir de leurs propres conceptions morales, politiques et professionnelles, et du contexte dans lequel ils enseignent".

 

Partant d'un corpus de 30 enseignants dans 14 écoles, elle analyse leur conception de l'éducation civique et leurs pratiques. Et elle montre à quel point les opinions politiques de l'enseignant, ses valeurs, interfèrent avec son enseignement. Elee dégage ainsi 3 profils d'enseignants : une petite minorité catholique conservatrice qui voit dans l'éducation civique une éducation à l'obéissance. Une majorité d'enseignants voient au contraire dans cet enseignement un outil de développement de l'esprit critique et d el'autonomie. " La valorisation de l’autonomie du citoyen est en fait surtout à rapporter à un certain rapport, militant, au métier d’enseignant lui-même : le métier est investi d’un sens civique particulier. Une vision idéalisée du rôle professionnel est présente et prend appui dans les propos des enquêtés sur une longue tradition, celle de l’école républicaine : aujourd’hui comme hier, la tâche de l’enseignant est de forger l’autonomie des futurs citoyens". Une troisième catégorie, minoritaire, a une vision plus individualiste de la citoyenneté. Ils ouvrent leur enseignement davantage à la morale et à l'épanouissement personnel.

 

Tous ces enseignants sont attachés au respect des règles. Mais les premiers enseignants font respecter les règles existantes quand les seconds souhaitent que les enfants les construisent. Mais tous sont pris dans les contradictions de l'enseignement. " D’une classe à l’autre, les délibérations entre enfants ont toujours un double rôle, potentiellement contradictoire : il s'agit de laisser aux écoliers un droit à la parole, mais en les amenant à choisir et à défendre eux-mêmes les valeurs et les règles valorisées par les enseignants et l'institution scolaire plus globalement. Le statut de ces valeurs et de ces règles pose alors question : elles ne sont pas le fruit d'une élaboration propre des enfants, susceptible de prendre la forme d'une invention, voire d'une contestation de l’ordre scolaire existant ; elles renvoient à des normes préexistantes, que les enfants sont censés retrouver par eux-mêmes.  Ce processus devient très clairement apparent dès lors que l’on examine plus en détail la manière dont certaines opinions enfantines acquièrent droit de cité dans la classe, tandis que d’autres sont découragées, de manière indirecte ou plus directe.'

 

Recherches en éducation n°20

http://www.recherches-en-education.net/IMG/pdf/REE-no20.pdf



Sur le site du Café


Par fjarraud , le dimanche 19 octobre 2014.

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