Le Café a lu 

Par Cyril Froidure



France. Aménager et développer les territoires, Nacima Barron-Yellès, la Documentation Photographie, n°8067

Si La France apparaît dans le titre de ce nouveau numéro, il ne s’agit pas d’aménager son territoire mais d’aménager et de développer ses territoires. Texte et titre répondent à la fois à la nouvelle question des concours de l’éducation nationale « la France : aménager les territoires » et se font l’écho des mutations intervenues dans l’organisation, le développement, l’aménagement du territoire national. Et l’auteure en sait quelque chose puisqu’en plus d’être professeur de géographie et d’aménagement du territoire, elle a participé pour la DIACT à la rédaction de plusieurs numéros de Territoires 2030 dont :

« Prospective urbaine et politique de la ville »

http://www.diact.gouv.fr/IMG/Fichiers/KIOSQUE/2008/Territoires[...]

« Prospective des territoires »

http://www.diact.gouv.fr/fr_1/evaluation_prospective_48/prospe[...]

L’aménagement du territoire aurait vécu, les solutions imposées par le haut aussi, l’aménagement du territoire serait mort, Vive l’aménagement des territoires, territoires dont les mutations constantes n’appelleraient plus une prise de décision centrale et un projet planifié, conçu, imposé par l’état mais des projets variés à différentes échelles de territoires.

Comment expliquer ce changement d’optique ? Identifiant quatre temps forts de l’aménagement à la française (1930-1963, 1963-1982, années 80-90, années 90-2000), Nacima Barron-Yellès décrit en fait deux phases : celle de la genèse de l’aménagement marquée par la reconstruction puis l’âge d’or de la DATAR. Les années 80 marquent l’émergence de nouveaux acteurs, les  régions, l’Europe, la prise en compte de réalités économiques (la mondialisation) ou de nouvelles exigences (le développement durable) illustrée par des changements de dénomination (Datar puis DIACT) ou des regroupements (MEDAD, ministère de l’écologie,de l’énergie, du développement durable et de l’aménagement du territoire, au singulier).

Qui aménage et comment-on aménage les territoires aujourd’hui ?

On peut sans confondre leurs compétences regrouper état et région d’un côté dont la vision, les services et les objectifs se déclinent sur les moyens et long terme et visent à la compétitivité, l’efficacité, la cohérence et non la proximité. Celle-ci reste le fait des communes et des départements (voués à disparaître pour Jacques Attali, p29), écoles (voir les pages 18-19, « la commune, premier aménageur local », contre la fermeture d’une classe à Vénissieux) et collèges, réseaux de transport, missions sociales constituant les volets les plus visibles de l’action de ces collectivités. Nouvellement venues, les intercommunalités (voir les pages 22-23 sur le fonctionnement de l’intercommunalité) ont, pour l’auteur, rempli un vide permettant de réagir aux mutations des modes de vie des Français. Avec des seuils de population, des étendues, des poids différents, les trois types d’intercommunalités ont le même objectif : édifier un projet souhaité et soutenu par tous les membres. Ce niveau supplémentaire de décision a au moins pour lui une réussite, celle de couvrir près de 90% du territoire français mais qui n’occulte pas le reproche de déficit démocratique, l’inquiétude quant aux financements (surtout si la taxe professionnelle est supprimée comme le prévoit le plan de relance ; voir p38-39, « le financement des collectivités locales ») et pour beaucoup de français, une impression renforcée de « fouillis » administratif.

Une multiplication de structures donc et une modification de la méthode laissant la planification ou du moins l’essentiel de celle-ci aux collectivités, lesquelles mettent au point des SRDAT, SRDE, des SCOT tandis que l’état-aménageur est devenu l’état-partenaire de l’aménagement au travers notamment de contrats territoriaux passés avec les collectivités. Si la contractualisation semble une chose acquise, un autre volet de la méthode semble plus délicat : la participation citoyenne pour débattre des projets d’aménagement. Si pour des programmes locaux, organisation et efficacité peuvent rendre fécondes cette démarche, lors de discussion de projets d’envergure nationale ou européenne, elle peut s’avérer longue et susceptible d’enterrer le projet incompris par la population (voir le cas du 3ème aéroport parisien prévu à Chaulnes en Picardie).


La mise au point est suivie comme à l’accoutumée de documents riches, variés et récents qui ont pour intérêt de présenter les différents niveaux de décision d’aménagement des territoires (de la commune à l’état ; « la redéfinition du rôle de l’état », p34-35) à partir d’exemples concrets, de territoires dispersés sur l’ensemble de l’espace national (Des Landes à la Réunion en passant par Angers et le Grand Chalon) et de domaines d’action tels que le logement envisagé sous l’angle du développement durable à Angers, les pôles de compétitivité, ici Biovalley en Alsace, d’excellence rurale comme Bio-ressources en Auvergne.

Au final, on disposera avec ce numéro d’une approche synthétique et claire de ce qu’est aujourd’hui l’aménagement des territoires, à compléter avec les ouvrages parus dans le cadre de la question proposée au concours du Capes.

Pour vous procurer ce numéro

http://www.ladocumentationfrancaise.fr/catalogue/33033312[...]


A lire ou relire sur le thème de l’aménagement du territoire ou des territoires :

Un café géo de 2002 intitulé « L’aménagement du territoire : pour qui ? pour quoi ? »

http://www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=40

La dernière brève de comptoir de Gilles Fumey sur « la réorganisation du territoire français ou comment croquer dans un millefeuille »

http://www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=1543



Sur le site du Café
Par cfroidure , le dimanche 15 mars 2009.

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