Seconde Carrière 

Par Rémi Boyer de l’association Aide aux Profs


Ce mois-ci :


-  le « portail mobilité des enseignants » : un très joli tour de passe-passe à la va-vite…

-  le dernier ouvrage d’Alain Bouvier : un outil précieux pour les futurs chefs d’établissement

-  En imaginant rendre réversible le départ à la retraite de ses enseignants, la Belgique montre que la pénurie de ses profs est proche…

-  Aide aux Profs se lance en 2010-2011 à la rencontre des syndicats enseignants,

-  Directeur d’école : un métier ou une mission ?


Le témoignage de Karen Sévêque, professeur des écoles accompagnée par Aide aux Profs dans sa reconversion et devenue assistante qualité dans l’industrie agro-alimentaire, prouve qu’il ne faut pas attendre 15 ans d’ancienneté pour se lancer dans un projet de seconde carrière. Les projets trop tardifs sont les plus frustrants, car le nombre de facteurs susceptibles de les faire échouer est maximal.



Portail mobilité des enseignants : un joli tour de passe-passe à la va-vite…

Le 10 novembre 2008, Xavier Darcos annonçait dans un entretien au journal Le Monde la création d’un numéro azur pour accompagner les enseignants du premier et du second degré dans leur démarche en vue d’une mobilité, avec le développement des postes à profil pour une meilleure affectation des professeurs ayant une compétence particulière (sections européennes...). Le 6 octobre 2010, Luc Chatel donne le feu vert pour la publication du « portail mobilité des enseignants » où la notion de « seconde carrière » passe littéralement aux oubliettes. En effet, lui préférer celle de « mobilité », c’est y intégrer les mutations et les concours internes, rendant de ce fait invisibles les véritables changements de métier des enseignants, tout en laissant croire avec de gros chiffres qu’il se passe quelque chose sur ce front…

Aide aux Profs, depuis 2007, avait préconisé ce portail, mais nous ne pensions pas qu’il se réduirait à si peu de chose. Les liens ici et là vers des pages d’I-Prof montre bien que ce portail a été construit à la va-vite, fait de bric et de broc…

Le vrai portail de la mobilité professionnelle des enseignants a été en fait réalisé par l’académie de NICE, que nous vous recommandons pour la qualité et la quantité de documents mis en ligne : bravo ! Fiches pratiques, dossiers, conseils, cet ensemble est nettement plus concret et opérationnel que le portail national, simple « vitrine » d’un nombre de sites très restreint, ne donnant pas une idée exhaustive de toutes les possibilités de « faire autre chose ».

Le portail sur le site national est en fait constitué de pages qui existaient déjà, et dont les url ont simplement été modifiées pour les concentrer au même endroit.

Alors qu’Aide aux Profs a précédé sur le web le MEN sur la problématique des secondes carrières, et que nos travaux précurseurs ont largement inspirés le dispositif chargé de les mettre en place, le MEN ne cite même pas l’url d’Aide aux Profs sur son portail, alors qu’il se disait « intéressé » récemment par notre outil de pré-bilan de carrière, qui permettrait de générer de grandes économies en palliant le manque de bilans de compétences pour les nombreux enseignants frustrés de ne pouvoir en bénéficier.

La mobilité présentée sur ces quelques pages web l’est dans son sens le plus large, l’objectif étant clairement de renouveler les cadres de l’EN qui vont manquer du fait du papy boom. Depuis la page d’accueil, « portail mobilité » nous mène à une page comprenant une trentaine de liens :

-  mutations d’un niveau d’enseignement à un autre, postes spécifiques : 15 liens

-  détachements dans l’EN et vers les autres FP : 2 liens

-  concours internes et externes : 9 liens

-  création d’entreprise : 1 lien

-  portails de publications d’emplois dans les autres fonctions publiques : 7 liens

-  « témoignages » avec de très courtes citations : 14 personnes, 4 de plus qu’en 2009…

-  des chiffres en trompe l’oeil : « plus de 400 enseignants étaient détachés dans une collectivité territoriale pour y exercer d'autres métiers » ne correspond pas au nombre de profs qui ont obtenu un détachement dans la territoriale en 2009, mais à ceux qui y sont depuis plusieurs années…

-  « plus de 90 % des candidats admis au concours d'inspecteur de l'Éducation nationale étaient des enseignants » : cela montre bien que la « mobilité » est sérieusement orientée…là où l’on en a besoin. Pourtant, inspecteur ou chef d’établissement ne doit pas constituer « un choix par défaut », pour éviter de faire souffrir moralement des adultes par la suite, tout comme un enseignant qui aurait choisi « par défaut » l’enseignement n’aura pas toujours la motivation suffisante pour intéresser des élèves.

Alors qu’entre 2006 et 2010 la mission de la « mission seconde carrière » semblait être de trouver des postes susceptibles « d’accueillir » (ou de convenir à… ?) des enseignants, cet objectif semble ne plus être la priorité, puisque le portail n’en fait plus mention : à chacun de se débrouiller pour prospecter l’emploi de son choix dans le panel des portails proposés en lien…

Le site « evidens », qui recensait tous les postes administratifs proposés au sein de l’EN a été supprimé, les publications d’emplois étant désormais « versées » dans la BIEP, où elles se retrouveront noyées… L’autre effet dévastateur de cette décision est que tous ces postes mettront donc en concurrence des cadres de l’EN avec des cadres d’autres Fonctions Publiques.

Il y a fort à parier qu’avec cette stratégie, l’EN accueillera progressivement beaucoup plus d’agents des autres fonctions publiques, qu’elle ne permettra à des enseignants d’aller occuper ailleurs des fonctions administratives qui exigent souvent un nouveau concours, une nouvelle formation, en l’absence de processus de VAE ou de VAP qui auraient été incroyablement plus utiles.

Enfin… il manque l’essentiel, preuve que la mobilité hors éducation nationale est encore un tabou :

-  pas de documents d’information réellement exploitables sur la manière d’obtenir l’IDV, avec une fourchette précise des montants en euros qu’il serait possible d’obtenir en fonction de l’ancienneté, du grade, et du projet

-  pas de documents d’information sur la procédure à réaliser pour créer une entreprise ou une auto-entreprise

-  pas de statistiques sur les enseignants qui ont bénéficié du dispositif « seconde carrière » depuis 2006

Par comparaison, en 4 ans, Aide aux Profs a diffusé :

-  près de 2500 articles en lien avec la problématique des secondes carrières

-  plus de 100 témoignages d’enseignants qui ont fait « autre chose », que ce soit sur le Café Pédagogique ou le portail d’Aide aux Profs

-  plus de 2500 liens (pour ses adhérents) vers toutes les structures susceptibles de proposer des détachements dans les trois fonctions publiques

-  le premier ouvrage qui ait été rédigé sur les secondes carrières que réussissent les enseignants, qui en est à son 2e tirage et qui est de plus en plus utilisé par les CMC des académies, qui n’avaient pas de documentation sous la main dans ce domaine…

http://www.gouvernement.fr/gouvernement/ac[...]

http://www.ac-nice.fr/azurnet/sections/personnels/resso[...]

http://www.education.gouv.fr/pid24372/portail-mobilite-[...]

Le dernier ouvrage d’Alain Bouvier : un outil précieux pour les futurs chefs d’établissement


Alain BOUVIER, Chercheur en mathématiques, ancien Recteur de Clermont-Ferrand du 29 novembre 2000 au 15 Juillet 2004, membre du Haut Conseil de l'Education, Président de l'Association Française des Administrateurs de l'Education (AFAE), Professeur émérite de l'université de Poitiers et professeur associé à l'université Sherbrooke (Québec), se passionne depuis plusieurs années pour les questions de management public, d'organisations apprenantes et de gouvernance.


Il avait publié en 2007 "La gouvernance des systèmes éducatifs" (éditions PUF) et approfondit cette problématique essentielle avec : "Diriger l'EPLE: du pilotage à la gouvernance" aux éditions WEKA publié depuis quelques jours :


Actuellement, avec la mise en place du programme "CLAIR" par le Ministre Luc CHATEL, diriger l'EPLE confère de nouvelles responsabilités, comme celle de recruter les enseignants pour former des équipes impliquées. Il semble qu'Alain BOUVIER, au travers de son ouvrage, a bien anticipé cette évolution, qui préfigure une nouvelle forme de Gestion des Ressources Humaines de proximité.

Cet ouvrage, ainsi que les précédents publiés par Alain Bouvier sur la direction des EPLE, sera fort utile aux enseignants en quête d'une mobilité professionnelle comme cadre de l'Education Nationale: inspecteur, ou chef d'établissement scolaire :


http://education.weka.fr/lettre-professionnels-education/rencontre[...]


http://education.weka.fr/flash-education/diriger_l-eple__du_pilotage[...]


En imaginant rendre réversible le départ à la retraite de ses enseignants, la Belgique montre que la pénurie de ses profs est proche…

Le 13 octobre 2010, la ministre de l'Enseignement obligatoire en Belgique, Marie-Dominique Simonet, indique que « la possibilité que l'enseignant travaille encore après l'âge de la retraite se ferait sur base volontaire de l'enseignant » : encore heureux ! L’article indique d’autres pistes pour le moins inquiétantes, en lien avec une pénurie d’enseignants : « Mais la ministre Simonet lance d'autres pistes, inspirées de la Flandre, comme la possibilité de continuer à enseigner après l'âge de la retraite, d'effectuer des heures supplémentaires ou de rendre réversible le départ précédant la pension de retraite. »

En France, dans les académies de Versailles, Créteil, on recrute les profs au Pôle emploi…les jeunes comme les jeunes retraités, qui ne seraient pas encore suffisamment usés, ou qui voient là un moyen de compléter, résignés, une pension de retraite qui va en diminuant. C’est la porte grande ouverte aux intérimaires, aux contractuels, formés ou pas…est-ce cela la « revalorisation du métier d’enseignant » ?

L’allongement des carrières, avec cette pension de retraite qui ne cesse de se reculer comme une carotte que l’on suspendrait devant un âne pour la faire avancer coûte que coûte, n’est-elle pas tout simplement un moyen d’économiser le maximum de pensions, en « tablant » sur le fait que beaucoup seront décédés avant d’en profiter ?

http://levif.rnews.be/fr/news/belga-politique/enseigne[...]

Aide aux Profs se lance en 2010-2011 à la rencontre des syndicats enseignants

En 2010-2011, Aide aux Profs va peu à peu à la rencontre des syndicats, afin que notre action en faveur des secondes carrières puisse s’amplifier…car elle concerne tous les enseignants, lorsqu’ils arriveront à l’âge où la pénibilité de leurs conditions de travail les fera mieux réfléchir à la forme que pourrait prendre leur « seconde carrière », ou leur troisième... Nous avons pour l’instant rencontré Gérard Aschieri de la F.S.U, Franck Girard d’Avenir Ecoles CFE-CGC, Thierry Cadart du SGEN-CFDT, et avons amorcé des contacts avec Catherine Blandin de la FNEPSEC et René Gardan de la FEP-CFDT. A chaque fois, l’accueil est très positif, les syndicats agissant eux aussi pour faciliter le bien être au travail de leurs adhérents.


Thierry Cadart du SGEN-CFDT a répondu début octobre aux nombreuses questions d’Aide aux Profs dans la rubrique « leurs points de vue », où vous pouvez consulter de nombreux autres témoignages de grands acteurs de la sphère éducative.


Notre objectif est de ne pas faire oublier que la « seconde carrière » des enseignants devait aboutir à leur proposer des emplois de reconversion. Entre 2003 et 2009 il était naturel de penser que cette évolution professionnelle s’effectuerait sans concours ni reprise de formation, que l’Education Nationale allait tout mettre en œuvre pour satisfaire toutes les demandes.


Mais c’était sans compter, en parallèle, les effets de la RGPP et son cortège d’économies, qui frappe tous les services, tous les emplois, dans tous les ministères. TOUS les emplois que pouvaient aisément occuper des enseignants pour une nouvelle aventure professionnelle sont supprimés les uns après les autres, sans aucun état d’âme pour les compétences qu’ils ont pu y développer. Nous sommes entrés dans l’ère comptable, celle du retour devant élèves d’enseignants « égarés » sur d’autres fonctions que celles auxquelles les destine leur concours. En supprimant les emplois MAD, les emplois RASED et en diminuant progressivement les emplois en détachement partout où il est possible de le faire, le MEN prouve que sa priorité est de trouver des profs, de gérer la pénurie que le non renouvellement d’un fonctionnaire sur deux a entraînée.


Un grand problème demeure : quels emplois administratifs correspondent aux qualifications des enseignants, une fois que le MEN aura supprimé tous ceux qui leur étaient aisément accessibles chez ses associations partenaires et dans ses EPA ? Le MEN a-t-il prévu des procédures d’intégration directe sans mise en concurrence avec d’autres fonctionnaires d’autres ministères, alors que cette règle qui prévalait jusqu’ici a tout simplement « plombé » un dispositif qui manquait de bras ? Un enseignant peut-il devenir attaché d’administration via une VAE ? Est-il obligé de repasser un concours ? Le MEN pense-t-il un jour oser innover en la matière, pour diversifier les mobilités potentielles des enseignants, ou les administratifs qui organisent ce dispositif sont-ils rétifs à une telle « révolution » ?


http://www.aideauxprofs.org/index.asp?affiche=News_display.a[...]


Directeur d’école est-il un métier ou une mission ?


Si c’est une mission, pour tous ceux qui en ont la charge, elle est bien lourde et mal payée (cf notre interview du mois ci-après)

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2[...]



Karen SEVEQUE, professeur des écoles accompagnée par Aide aux Profs dans sa mobilité, est devenue assistante qualité dans l’industrie agro-alimentaire

Quel parcours de carrière avez-vous réalisé ?


« Après une maîtrise en industrie alimentaire en 2000, j’ai cherché activement un emploi. Entre 2000 et 2002 je décroche plusieurs contrats de courtes durées dont un CDD (Contrat à Durée Déterminée) de 7 mois, où je suis responsable en évaluation sensorielle au sein du groupe Unilever. En 2002, faute de pouvoir trouver un emploi en industries alimentaires, je décide de me reconvertir et bénéficie d’un accompagnement vers l’emploi financé par l’ANPE, destiné aux jeunes diplômés. Cet accompagnement dure 3 mois, dont 1 mois est consacré à un stage de découverte en entreprise. En parallèle de ma recherche d’emploi, je passe le concours de professeur des écoles en le préparant à distance, et suis admise en juin 2003 sur liste complémentaire. 


A la rentrée scolaire, un poste se libère et je suis affectée directement sur le terrain, sans être formée à l’IUFM, en tant que TRB (Titulaire Remplaçant Brigade).  Tous les matins, je me rends dans une école de rattachement et j’attends un éventuel appel téléphonique de l’inspection qui m’indique alors dans quelle école je dois effectuer un remplacement. Mon rayon d’action peut aller jusqu’à 40 km. Parfois les remplacements sont d’une journée, mais ils peuvent durer aussi une semaine, parfois plus.

Cette année 2003-2004, pour ma première prise de contact avec le métier d’enseignant, cela a été très dur. Tout était nouveau pour moi : l’encadrement d’enfants, les programmes, les préparations, corrections et évaluations, la polyvalence exigée dans toutes les matières, l’adaptabilité à tous les niveaux (de la petite section de maternelle au CM2). On ne reçoit que très peu d’aide, le soutien provenant essentiellement des collègues. J’ai trouvé cela difficile de ne jamais savoir où l’on va aller enseigner, à quel(s) niveau(x) on va avoir à faire, pendant combien de temps … C’était un début assez décourageant.

Cela a au moins eu l’intérêt de me faire découvrir les niveaux pour lesquels je prenais le plus de plaisir à enseigner.


En 2004-2005, je bénéficie après coup d’une formation à l’IUFM, avec une période de stage en responsabilité de 3 fois 3 semaines, avec un mémoire à réaliser pour devenir titulaire.


En Juin 2005, j’obtiens un poste en maternelle (TPS/PS/MS) près de Romorantin, en région rurale. J’ai pu y mener de 2005 à 2008 différents projets pédagogiques, grâce à cette stabilité professionnelle. J’ai pu faire découvrir à mes élèves le monde à travers la musique, les arts plastiques, les albums de jeunesse, et toutes les autres disciplines ; nous avons pratiqué un élevage d’escargots ; nous nous sommes intéressés aux insectes à travers l’apiculture, en fabricant des boules de graisse et des pièges à insectes.


En 2008, mon conjoint mute en Bretagne, et je demande alors un rapprochement, en obtenant le Morbihan. J’ai eu connaissance de ma nouvelle école la veille de la rentrée 2008/2009 : j’ai eu la responsabilité d’une classe à 3 niveaux (CE2 au CM2) dans un petit village rural, à Saint-Tugdual ainsi que du poste de directrice de l’école sans y avoir été préparée. Il a encore fallu tout construire de nouveau (progressions, activités, évaluations etc.). J’ai passé en moyenne 65h par semaine sur ces activités professionnelles, en travaillant très souvent pendant mes congés scolaires pour récupérer le travail en retard ou anticiper la période à venir. Cela a été la « goutte d’eau qui a fait déborder le vase ». Je ne parvenais pas à me projeter vers l’avenir en poursuivant ce métier ainsi. Ne souhaitant pas vivre d’autres années comme celles déjà passées au sein de l’Education Nationale, je décide de me reconvertir, mais comment m’y prendre ?


Au printemps 2008, dans la revue « La classe maternelle », j’ai d’abord découvert un article sur l’association Aide aux Profs et je vous ai contactés, en réalisant un pré-bilan de carrière qui a commencé à me faire réfléchir sur mes compétences transférables.


En septembre 2008, je me suis rendue à la cellule d’orientation des Ressources Humaines de l’Inspection Académique pour savoir ce qu’ils pouvaient m’apporter, mais ce contact ne m’a pas apporté grand-chose. 


J’ai d’abord fait une demande de disponibilité pour l’année scolaire 2009/2010 puis je me suis inscrite comme demandeuse d’emploi auprès du Pole Emploi, avant de pouvoir rencontrer un conseiller. J’ai pu bénéficier d’un Bilan de compétences gratuitement, à raison d’1 séance d’une heure par semaine pendant 2 mois, soit 18h30 au total. Au cours de cette prestation, j’ai pu vérifier que mon projet tenait tout à fait la route et aller à la rencontre des professionnels des métiers qui m’intéressaient, dans le but de récolter leurs regards, leurs avis sur mon projet de reconversion ainsi que leurs conseils pour y parvenir. J’ai donc été reçue par trois professionnels du domaine agro-alimentaire qui ont été séduits par mon profil, ma personnalité et ma motivation. Ils m’ont proposé de les solliciter de nouveau si j’étais en quête d’un stage. Cela m’a redynamisée et a reboosté ma motivation. Je pouvais commencer à entrevoir un avenir professionnel correspondant davantage à mes attentes et plus épanouissant pour moi.

Suite à leurs conseils, je me suis adressée au CIO pour sélectionner des écoles qui pourraient me permettre de réaliser mon projet. J’ai fait le choix entre 2 Master 2 professionnels qui proposaient des stages de fin d’études de 6 à 7 mois, véritables tremplins pour acquérir de nouveau une expérience professionnelle dans ce domaine.

En septembre 2009, j’ai donc suivi le Master 2 ADNS de Brest et ai trouvé une entreprise pour m’accueillir en Janvier 2010.  Je suis ainsi devenue chef de projet au sein de son service Recherche et Développement pendant 7 mois.


Séduite par les résultats et par mon implication, cette entreprise m’a proposé un Contrat à Durée Indéterminée (CDI), pour un poste d’Assistante qualité. Ce poste est amené à évoluer en fonction de mes compétences et comportera de plus en plus de responsabilités. Je peux maintenant envisager une véritable carrière professionnelle avec des possibilités d’évolution. Ma rémunération est déjà supérieure à ce que je pouvais percevoir au bout de 6 années d’ancienneté (dans l’Education Nationale)… sans compter que dans le secteur privé, nous pouvons bénéficier de nombreux avantages et indemnités, notamment à travers l’existence des comités d’entreprise. Je peux enfin profiter de mes soirées, week-ends et vacances sans être contrainte de penser aux préparations et aux corrections. C’est un véritable soulagement pour moi de pouvoir séparer ma vie personnelle de ma vie professionnelle.


A tous points de vue, je ne regrette pas d’avoir fait le choix de quitter le métier de professeur des écoles. »


Quelle avait été votre motivation pour entrer dans l’enseignement en seconde carrière ?


« Je voulais transmettre des savoirs, travailler en équipe, en mode projet, car j’accorde une grande place au relationnel. Mais je n’ai pas été satisfaite des conditions de travail, on fait beaucoup plus d’éducation que d’enseignement. Les parents se déchargent de plus en plus de l’éducation de leurs enfants, pensant que cela relève d’une des missions de l’école. »


Pourquoi avoir voulu repartir ailleurs aussi vite ?


« Je me suis sentie rapidement emprisonnée dans ce métier, souvent en désaccord avec les directives administratives que je pensais peu orientées vers le bien-être des enfants. Alors, plutôt que d’aller à l’encontre de mes convictions pendant toute une carrière, d’être noyée sous le travail à la maison, d’être peu rémunérée au vu des responsabilités assumées et d’être peu soutenue et reconnue par l’administration, j’ai donc décidé d’aller faire valoir mon énergie et mes compétences vers le secteur privé. »


Quelles compétences vous a apporté cette expérience ?


« Des compétences relationnelles ; la capacité à gérer un groupe, un projet ; de la créativité ; de la réactivité et de l’adaptabilité ; des compétences rédactionnelles ; des capacités d’analyse ; savoir animer des réunions, des ateliers ; savoir travailler en équipe avec des partenaires ; développer une capacité de négociation importante pour obtenir un budget suffisant de la part de la mairie ; savoir gérer du matériel, un stock, savoir gérer un budget. »


Quel transfert de ces compétences avez-vous pu réaliser pour l’instant ?


« La gestion de projet m’est utile, l’adaptabilité aussi, mon sens du relationnel, mes capacités rédactionnelles, mon sens des responsabilités, mon savoir-faire pour animer des réunions. Le passage dans l’enseignement a quand même été une étape bénéfique. »


Que conseilleriez-vous à un étudiant qui souhaiterait devenir professeur, ou à une autre personne qui envisage cette seconde carrière ?


« Il faut avoir la vocation pour ce métier, vraiment. Il faut que cela ait du sens pour la personne, que ce soit un réel projet. Il ne faut surtout pas le faire par défaut, ça doit être un désir profond, une motivation. Entre ce que l’on dit du métier et sa réalité sur le terrain, il y a un grand décalage. Si ce n’est pas ce que l’on souhaite exercer comme métier depuis son enfance, on risque d’être déçu une fois sur le terrain et de mal vivre les conditions de travail imposées. »


Et que conseillez-vous aux enseignants qui rêvent de vous imiter ?


« Il existe différents organismes d’aide (Pole Emploi, CIO etc.), allez les voir rapidement pour donner du sens et de l’existence à votre projet. Il faut lutter contre les avis des collègues ou de l’entourage qui pensent que dès lors que ça se passe bien il n’y a pas de raison de changer de métier. Il faut faire preuve d’une forte motivation, d’une forte volonté, sans jamais se laisser écarter de ce que l’on estime être le meilleur pour soi. Il ne faut pas attendre et repousser son projet, car j’imagine qu’à un certain âge et avec certaines contraintes familiales, cela devient difficile.

Rassurez-vous ! Quand on enseigne, on sous-estime ses compétences, on vit dans un monde fermé, où l’on pense seulement être capable d’exercer ce seul métier. Ce n’est pas le cas, de nombreuses compétences sont transférables à d’autres métiers. »


Qu’avez-vous pensé de l’accompagnement procuré par l’association Aide aux Profs dont vous avez été adhérente plusieurs années ?


« Votre pré-bilan de carrière est un outil intéressant, qui m’a beaucoup aidée dans ma réflexion, puisque la démarche est semblable à celle d’un bilan de compétences. Ce qu’il y avait en plus dans le bilan de compétence que j’ai réalisé, c’est que l’on puisait dans une base de données pour me proposer des profils de métiers en adéquation avec mes traits de personnalité et mes compétences. Cela permet d’envisager d’autres métiers que celui d’enseignant.


Le pré-bilan m’a permis de faire le point sur les aspects positifs et négatifs du métier d’enseignant et m’a ouvert les yeux. J’ai pu ainsi comparer ce qui était important pour moi dans le métier de professeur des écoles, et ce qui ne l’était pas. Lors de votre appel téléphonique au moment de l’adhésion, nos échanges m’ont confortée dans mon projet, m’ont motivée, et vos informations m’ont permis d’avancer rapidement. Le fait d’être accompagnée à distance ne m’a pas gênée, car en parallèle j’ai sollicité de nombreux contacts dans le milieu professionnel où je souhaitais me reconvertir. »



Comme Karen Sévêque, chaque année, une partie des adhérents accompagnés par Aide aux Profs réussit son projet de reconversion. Ainsi, depuis 4 ans, ce sont 35 anciens enseignants à ce jour qui ont réalisé la seconde carrière de leur choix.


Par rboyer , le dimanche 17 octobre 2010.

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