Conférence de presse du Collectif "Pour un débat national sur le collège unique" 

"Le collège unique a été forgé, voilà une génération, pour répondre à une aspiration venue de loin : l’égalité par l’école. Le collège unique vit aujourd’hui une crise si profonde qu’on ne pourra pas faire l’économie d’un débat engageant progressivement l’ensemble du pays. C’est pourquoi des personnes qui partagent cette conviction ont décidé d’apporter leur contribution à l’organisation de ce débat qu’elles veulent aussi démocratique que possible, c’est-à-dire à la fois responsable et critique".


François Dubet et Francine Best


François Dubet, Jean Foucambert et Francine Best ouvrent à la mairie du XIIIème arrondissement de Paris, ce 4 juin, le débat organisé par le collectif.

L'un a une chemise rouge, l'autre une chemise bleue. L'un est girondin, l'autre montagnard. L'un cite Kant, l'autre préfère Robespierre. Tout oppose François Dubet et Jean Foucambert, si ce n'est la conviction que le moment est venu pour l'école de débattre sur son avenir.

Jean Foucambert (INRP) ouvre la conférence avec une évocation du plan Langevin-Wallon de 1946-47, des travaux de L. Legrand et du collège unique mis en place finalement par un ministre de droite, R. Haby. C'est tout un pan de l'histoire du système éducatif qui renaît dans cette évocation avec les espérances et les utopies de la Libération. Le collège unique reposait sur des convictions : la volonté de s'appuyer sur l'hétérogénéité pour faire monter le niveau des groupes classes en retardant le plus tard possible la spécialisation des élèves, celle d'ouvrir la culture aux plus démunis. J. Foucambert lit sa disparition comme une résultante de la lutte des classes : dans la société capitaliste, le savoir serait une marchandise. La raréfier lui donnerait de la valeur, et une réelle démocratisation serait donc impossible. Et l'orateur s'emballe au point de dénoncer le complot capitaliste qui vise à remplacer les profs par des ordinateurs et Internet et de vanter le meilleur système scolaire au monde à ses yeux : celui de Cuba ! Une affirmation que l'orateur assume et qui réveille l'assistance.

C'est une autre analyse que fait François Dubet (Université de Bordeaux). Il rappelle les contradictions du collège unique. Créé pour prolonger l'école primaire et être une école pour tous, il s'est aligné sur le modèle du lycée d'enseignement général, une structure conçue pour 20% des élèves. Il a malgré tout réussi à hisser le niveau. Mais au prix de tricheries de plus en plus importantes (créations de filières occultes, de classes de niveau etc.), de plus en plus combattues par les ministres. De ces contradictions sont nées "l'hypocrisie scolaire" : un écart croissant entre les pratiques scolaires des privilégiés et les principes affichés dans le système scolaire. C'est maintenant devenu intenable. F. Dubet voit 4 scénarios possibles :
1- la fin du collège unique et la spécialisation précoce des élèves
2- l'immobilisme : on ne fait rien mais on joue la carte de l'autonomie des établissements et on dérégule
3- on change rien et on ajoute ans fin des moyens, sans pour autant hisser les résultats
4- on met en place un vrai collège unique. Ca nécessite une forte volonté politique. Donc un grand débat national, qui sorte du débat interne au système, et soit ouvert à l'ensemble de la nation. "l'affaire du collège est une affaire politique et certainement pas pédagogique" pour F. Dubet.
Alors sur quoi refonder le collège ? D'abord sur la définition d'une culture minimum à acquérir pour tous les élèves. Ensuite sur la reconnaissance du rôle éducatif du professeur. Les enseignants s'adressent à de sélèves qui souvent ne voient pas l'utilité de l'école. Il faut qu'ils apprennent à se comporter comme le clergé séculier : être "dans le siècle" et parler clair pour convaincre des incrédules. Cela suppose aussi un effort déontologique dans les établissements. A ce prix là, le collège pourrait, sinon effacer les inégalités sociales, du moins "produire des inégalités justes".

Nous voilà revenu à la question sociale. Elle agite aussi la salle à qui sont annoncées les étapes suivantes du mouvement. Au moins cette première réunion atteste-elle, par les divergences des intervenants, de l'ouverture du débat

Le Collectif attend des mouvements pédagogiques des contributions (à communiquer avant le 1er septembre). Un colloque, réuni le 13 décembre, sera chargé de faire la difficile synthèse et des propositions concrètes pour le collège unique.

Une dizaine d'organisations (Ligue, UNSA, GFEN, ICEM, OCCE, FCPE, Education & Devenir, CEMEA, OZP, SGEN, Prisme) participent au collectif qui soutient cet appel. Malgré tout, il risque d'être recouvert par le vacarme du mouvement social actuel préoccupé par d'autres questions et par les divisions des organisations sur la question de l'école.
Le Collectif arrivera-t-il à imposer un grand débat sur l'avenir de l'école ? Cela dépendra de la mobilisation de ses acteurs : profs, parents et aussi jeunes. C'est à dire nous.


Le site du Collectif
http://www.changeonslecole.org/collectif/

 

 

 

Par fgiroud , le jeudi 27 novembre 2003.

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