Les psychologues à l'école, formation et fonctionnements… 

Jean-Marie Besse, professeur de psychologie cognitive à Lyon II


Dessin d'Antoine Legrand - © Le Café pédagogique


500 postes de psychologues scolaires ne peuvent actuellement être pourvus, du fait du faible nombre de PE titulaires de licence de psycho , condition pour postuler à partir en formation. Ce qui me frappe, c'est la disparité extraordinaire des pratiques des psychologues scolaires, que ce soit en fonction de leur propre expérience ou des choix que font les inspecteurs pour leur fonctionnement. Formés en une année de moins que les psychologues ordinaires, leurs missions sont à la fois définies par les textes de 1990 et l'exercice "ordinaire" du métier de psychologue. D'où les ambiguïtés. Le modèle que je propose, bien qu'issu de la psychologie cognitive, doit être défini par une approche professionnelle "singulière".

Le psychologue dans l'école est interpellé entre deux fonctions :
- intervenir du côté de la prévention (en proposant aux enseignants des informations sur les modalités d'apprentissage issues des travaux de la psychologie cognitive) pour motiver des attitudes et des organisations didactiques, pour intervenir à partir de projets permettant de prendre en compte des variables peu utilisées dans l'école (par exemple, faire le point sur ce que les enseignants pensent des savoirs acquis par les élèves et les acquis réels). La psychologie cognitive nous apprend beaucoup sur l'activité propre des élèves dans la construction des savoirs (davantage que sur la transmission).
- Intervenir sur demande des enseignants, de la hiérarchie, des parents, voire des enfants eux-mêmes. Beaucoup de collègues font état de pression hiérarchique pour limiter ce travail à des passations de tests en vue d'orientations. Autre versant du travail du psychologue : le travail en "Réseau d'Aide", le travail de "réparation" en liaison avec les rééducateurs. .

La difficulté est aussi de comprendre ce qui est à entendre dans la demande de tel ou tel, en se situant à la fois à côté et solidairement des exigences d'apprentissage (pour retrouver l'enfant dans sa globalité, dans ses difficultés par rapport à l'école ou aux apprentissages, obligé qu'il est d'être là sans toujours savoir pourquoi…).

Cette fonction, qui me paraît essentielle, d'être "à côté" de l'enseignant, est la plus difficile à organiser dans l'institution telle qu'elle est aujourd'hui. Dans l'école, le psychologue est un "généraliste" en milieu scolaire, qui n'a pas à intervenir en tant que thérapeute. Le métier de psychologue scolaire se cherche. Tous les centres de formation n'optent pas pour ces priorités, et les ministères successifs ne semblent pas savoir dans quelle direction aller.

Problèmes concrets rencontrés par les psychologues scolaires…

Jean Claude Guillemard, Association des Psychologues scolaires.

Le psychologue n'a pas de problèmes spécifiques, qui ne seraient peu ou prou ceux d'autres professionnels de l'éducation.

Un membre de la famille ?
Le trajet de chaque psychologue définit les outils dont il va disposer, que ce soit par sa formation ou son histoire personnelle. Ainsi la circulaire du 10 avril 1990 précise leur action : "analyse des processus d'apprentissage pour éclairer les actions pédagogiques" ou "compréhension des processus psychologiques". Cette orientation du psychologue comme "auxiliaire du pédagogue" était déjà présente dans la pensée de Wallon, qui jugeait que l'enseignant, trop pris par ses tâches d'enseignement, n'avait pas le temps de creuser les aspects psychologiques.

Malgré l'intérêt de cette définition carrée, le réel ne s'y plie pas totalement. Nombre d'ambiguïtés subsistent, d'abord du fait des représentations que peuvent avoir, les uns sur les autres, parents, enseignants, psychologues et administration. Le "travail en équipe" demande des conditions, en particulier un minimum de connaissances mutuelles qui permettent de dépasser les stéréotypes. Le Ministère pense l'avoir résolu en sélectionnant les psychologues "dans la famille". Mais en quoi le fait d'avoir été enseignant pendant 10 ans dans une classe de la même commune donne-t-il une compétence pour comprendre l'École ? La "culture d'entreprise" est-elle forcément un atout pour prendre le recul nécessaire à sa nouvelle situation ? La confrontation de l'enseignant "sorti de la classe" avec celui "qui y est resté" ne développe-t-elle pas même des rivalités qui ne vont pas simplifier leurs rapports ?

La représentation des enseignant(e)s est celle véhiculée par les média, mélange de fascination et de craintes. Tout un travail d'approche va être nécessaire avant d'envisager une action commune. Évidemment, la responsabilité en incombe d'abord au psychologue, "spécialiste des relations publiques". Inutile de prévoir que le psychologue intervienne dans le fonctionnement des écoles si les conditions de son intrusion n'ont pas été réunies…Un psychologue qui se draperait dans le "secret professionnel" ne serait pas du tout dans son rôle. Protéger les informations confidentielles, certes, mais il est essentiel de savoir communiquer avec les enseignants sur ce qu'on fait.

 

Philippe Jeammet, directeur du département de psychiatrie de Institut Montsouris

Il est rare qu'un individu soit "cassé" par une seule personne ou une seule institution, fut-elle aussi puissante que l'école. L'école est d'abord une chance extraordinaire, le plus grand outil qu'on ait inventé dans l'Humanité, vers une liberté prodigieuse.

Mais cet acquis est très fragile. Les jeunes sont baignés dans l'idée que l'école est une corvée, mais tout homme a fondamentalement le désir de connaître. Mais comment, avec qui et par quels moyens ? C'est le travail du psychologue, facilitateur de la communication avec soi et avec les autres d'y aider. On a besoin de sujets qui fassent du lien. Mais être généraliste, c'est épuisant. Il y a sûrement des évolutions à trouver, entre l'aide à la formation pédagogique, le travail sur les limites de l'École et leur animation : aider les jeunes professeurs à ne pas être dans la peur ou dans la honte, en insistant sur l'importance de la rencontre, de la co-création. La société libérale dans laquelle nous vivons va en permanence à l'encontre de cette direction.

L'école est le lieu privilégié d'émergence du malaise de l'individu. L'échec à l'apprentissage est un signal d'alarme, pathogène parce qu'amenant des doutes sur l'image de soi qui sont si propres à l'Homme. Un sujet en difficulté d'apprentissage va être tenté de faire de sa faiblesse une force, en s'opposant. L'aide est alors vécue comme une aliénation supplémentaire. Ce n'est jamais un choix, c'est une peur. Tout trouble psycho pathologique a une dimension d'amputation des possibilités de l'individu, qui va alors chercher à être grand dans l'échec, faute d'être grand dans la réussite. Je ne connais pas d'échec qui ne soit une crainte d'être confronté à sa propre lacune. Le psychologue peut participer à l'évaluation des sources de cet échec.

Entre le continuum et le pathologique, il n'y a pas de cassure. Une partie des choses pourrait être réglées dans l'institution, quitte à faire intervenir ensuite un tiers plus extérieur qui va permettre de sortir de la confrontation narcissique avec un autre soi-même. Pour ne pas psychiatriser, il faut connaître ce que peuvent être les situations d'enfermement psychiatrique…

 

Jean-Yves Rocheix, chercheur à ESCOL-Paris VIII

Attention à ne pas "psychologiser" des problèmes qui relèvent de la construction des savoirs. Tout n'est évidemment pas cognitif. Mais attention au risque de se priver de comprendre ce qui relève de l'adaptation entre l'activité des enseignants et l'activité des élèves… même si, évidemment, certains des élèves qui posent de gros problèmes peuvent avoir besoin de thérapies.



Compte-rendu de Patrick Picard

 

Par ppicard3 , le vendredi 14 mars 2003.
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- Publié : vendredi 10 mai 2013 09:13Objet : Bac-Brevet 2013Bonjour, Je suis enseignant en Sciences de l'Ingénieur. J'interviens principalement en Première et Terminale série S - Sciences de l'Ingénieur. Une fois de plus, je constate que...
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