Soft Qui Peut 2003 

Compte rendu des assises nationales "Apprendre, enseigner et gérer avec les réseaux" et du 6e festival européen des jeunes créateurs de produits numériques "Soft qui peut", les 4 et 5 avril 2003, à Poitiers

 

Les 400 participants des assises ont pu croiser au cours de ces deux journées de travail les nombreux élèves et enseignants qui participaient à "Soft qui peut", qui pour sa 6e édition tentait de mettre une nouvelle fois en évidence le dynamisme dans l'usage des TICE.


Cependant, si ce croisement était a priori le bienvenu, il a aussi été la confirmation de deux tendances qui posent question à ce jour : d'une part la progressive désaffection pour ce genre de manifestation et d'autre part l'écart qui sépare les jeunes des adultes en matière de TIC.

- Force est de constater, et plusieurs participants actifs de cette manifestation en ont témoigné, que la dynamique initiale est en train de s'émousser. Autrement dit la question des TIC est en train de connaître un virage dont le meilleur témoignage a été l'échange lors de la table ronde finale entre les tenants d'une politique des TIC basée sur des projets volontaristes et les tenants d'une politique plus dirigiste demandant aux enseignants de simplement appliquer les textes officiels qui définissent le cadre de leur travail. Nous reviendrons plus loin sur cet échange qui, avec d'autres échanges, a bien mis en évidence que nous sommes dans un moment de redéfinition du sens de l'action, aussi bien au niveau ministériel qu'au niveau des établissements et des collectivités territoriales

- La juxtaposition des deux manifestations a montré combien il y a un changement culturel radical entre les jeunes et les adultes autour de l'appropriation des TIC. L'écart entre certains discours tenus dans les salles et les pratiques vues sur les stands sur lesquels les jeunes oeuvraient soit pour présenter leur projet, soit pour faire le "marathon du Net" en sont un criant témoignage.

Saluons d'abord les élèves et leurs enseignants qui ont fait un travail particulièrement riche et intéressant et auquel les organisateurs avaient donné l'occasion d'en témoigner. On regrettera cependant le coté extrêmement régional de la plupart des équipes ne donnant pas à ce festival l'ampleur qu'il mérite.

Saluons aussi la qualité de l'organisation qui en tout point a été particulièrement efficace et souriante, ce qui dans ce genre de situation n'est pas évident.

Revenons maintenant aux assises elles-mêmes car elles nous semblent être riches d'enseignement mais de façon souvent implicite. Que dire des absences de nombreux responsables qui, les crises du moment aidant (délocalisations, réforme des IUFM, etc.), ont prouvé la difficile gouvernance du milieu de l'éducation. Signalons en particulier l'absence des représentants "politiques" du ministère de l'éducation (Monsieur Darcos et Monsieur Raffarin ont annulé leur participation annoncée, ce dernier se rendant à la remise des prix des jeunes après la fin des assises, ou encore de Monsieur Pasquier conseiller auprès de Monsieur Darcos pour les TIC).


Les assises se divisaient entre plénières et ateliers. Il est difficile ici de faire le compte rendu des ateliers (il y en avait 13 et votre serviteur participait à l'un d'entre eux), mais on peut rapporter le propos de Monsieur Siméoni, maître de cérémonie, qui en conclusion a signalé la richesse des échanges et la qualité des interventions. Ajoutons qu'en aparté certains ont signalé que dans les ateliers il n'y avait pas les habituels "règlements de compte" mais bien une volonté de réflexion constructive. Ceci étant peut-être un signe du déplacement de la nature et des enjeux de tels débats, maintenant on travaille réellement. Ajoutons aussi que les ateliers étaient inégalement fréquentés, le plus visité ayant été celui concernant "la mutualisation et le travail collaboratif", signe aussi de l'actualité de la question.

Du côté des plénières on relèvera quelques moments significatifs.


La conférence donnée par François Mayeux (RATP.NET) nous a laissés sur notre faim. Cependant certains éléments méritent d'être mis en avant car ils posent des questions à débattre. En premier lieu l'expression "utilité de la mort" employée par l'intervenant n'avait d'autre but que d'amener chacun à être modeste face au progrès technique et à son adoption, les enfants intégrant les TIC dès leur plus jeune âge n'ont pas le même rapport aux outils et en construisent d'autres pratiques que nous adultes avons de plus en plus de mal à comprendre... c'est un état de fait et pas un problème en soi...


Du coup quelques questions se posent : L'inversion des générations - qui apprend quoi à qui ? Le changement dans la relation humaine par l'intrusion de l'outil informatique ? La désynchronisation des services entre l'offreur et le demandeur ? La redéfinition des territoires ? L'irruption de la société de l'immatériel inversant la valeur d'usage et la valeur d'usure ?


La synthèse des travaux de la fondation Prospective et innovation qui s'était tenue la veille n'a pas apporté d'élément particulièrement nouveau, on peut même se demander si ce groupe de travail n'était pas un peu éloigné des travaux de recherche actuels (cf. D. Wolton et d'autres).


La première table ronde consacrée à l'impact des TIC sur l'organisation des systèmes éducatifs a permis de mettre en évidence deux éléments : le maillage du territoire comme donnée nouvelle, l'accès des familles comme problématique désormais incontournable. On peut penser d'ailleurs à l'issue de cette première table ronde que l'Education Nationale a bien du mal à se situer dans son action avec les partenaires que sont les collectivités territoriales, les acteurs privés, les familles et les associations. En effet un système qui a fait de la règle des trois unités la base de son fonctionnement ne peut que difficilement y renoncer, or c'est ce que suggère le développement des TIC et en particulier des réseaux... la question serait donc plutôt structurelle.


La deuxième table ronde consacrée aux modèles économiques de développement des ressources a laissé une désagréable impression. Le semblant de conclusion qui invitait à un rapprochement sous forme de consortium entre les éditeurs privés (GEDDEM) et le CNDP afin de faire bloc face à des décideurs politiques qui définissent différemment leurs moyens a laissé l'assemblée très mitigée. L'impression était davantage d'avoir assisté à un round d'une négociation qu'à une véritable analyse du problème. Il est probable que cet état de fait est le signe que le vrai débat est déjà ailleurs, et probablement sur Internet.... l'impression ressentie est davantage celle d'un système d'aide en fin de vie ou en grande mutation que d'une véritable dynamique innovante... Signalons simplement que l'intervenant américain présent qui a présenté la baisse du marché aux USA a mis en évidence un problème culturel de fond : à l'école les enseignants ne savent pas comment utiliser dans leur classe les outils que les éditeurs veulent leur proposer. Certes l'analyse rapide qui consiste à dire qu'il faut faire de la formation est un peu courte, mais elle fait partie d'un ensemble plus vaste dans lequel il faudrait aussi inclure l'extraordinaire méconnaissance des besoins réels des usagers... ce que le Café pédagogique démontre tous les quinze jours par son succès paradoxal...


La troisième table ronde intitulée "Réseaux école et établissement" a mis en évidence les logiques à l'oeuvre aujourd'hui. L'inspection générale a montré son agacement face à la trop grande "liberté pédagogique" que se permettent des enseignants. L'inspection mathématique a mis en évidence la logique d'intégration des TIC dans la conception des programmes. le proviseur adjoint du lycée des Pont de Cées (Maine et Loire) a, lui, beaucoup insisté pour dire que l'école ne se réduit pas aux disciplines et que les ordinateurs sont parfois beaucoup mieux dans les couloirs que dans les salles de classe... L'animateur des tables rondes, Monsieur Durpaire a quant à lui mis le doigt sur l'écart entre les équipements et les pratiques dans les classes.... questionnant ainsi le sens des efforts entrepris. La présidente de la région Poitou Charentes a appelé de son côté l'éducation nationale a un effort de projet. Mettant en évidence son souhait de voir les équipes s'engager d'elles-mêmes dans les TIC et de ne pas attendre que les moyens "tombent du ciel", elle a montré que la première difficulté des politiques est de trouver une pertinence dans les investissements.


La conclusion de cette troisième table ronde peut se traduire par la phrase suivante : "l'école est de plus en plus poreuse". Les psychanalystes ne mettront pas longtemps à traduire l'expression en langage Titeuf en disant qu'elle est aussi "peureuse". Et c'est finalement le sentiment que l'on peut ressentir à l'issue de ces assises.


En conclusion, le principal enseignement de ces deux journées est celui du désarroi face à un changement qui dépasse "les adultes" rassemblés dans ces assises. La dernière phrase que j'ai notée au cours de ces débats est la suivante "Comment vivre avec des jeunes qui en savent plus que nous ?". Les professionnels présents sont la plupart d'entre eux engagés dans des pratiques quotidiennes dans les établissements d'enseignement et de formation. Ils vivent avec cette question sous-jacente en permanence à leur activité. Or cette question est pour l'instant mise de côté, mais peut-être est-ce tout simplement impossible d'en parler dans ces lieux : l'occasion était pourtant merveilleuse de dialoguer avec ces jeunes qui oeuvraient juste "à côté".

Bruno Devauchelle (CEPEC)

On pourra retrouver d'autres informations sur le site de Soft qui peut :
http://www.softquipeut.com

 

Le texte canevas de l'intervention de Bruno Devauchelle dans l'atelier consacré au B2i
est disponible ici au format RTF

Par fgiroud , le lundi 07 avril 2003.

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