Entre professionnalisation et dé-professionnalisation ? 
Depuis une dizaine d’années, le discours sur la « professionnalisation » gagne du terrain, mais paradoxalement, il ne semble pas beaucoup porté par les enseignants eux-mêmes.
Il vient essentiellement des « experts », « chercheurs » ou institutions internationales. On valorise un enseignant « réflexif », spécialiste des apprentissages, expert, autonome…

Pourtant, les cadres intermédiaires multiplient les « dispositifs » qu’on demande aux enseignants de mettre en œuvre (selon les époques, TPE, PPAP, IDD, soutien, PPRE, accompagnement éducatif…) dans la plus grande urgence, en réclamant du chiffre et du rendement rapide. Quelle qu’en soit la pertinence potentielle, ces multiples injonctions ne sont-elles pas improductives, lorsqu’elles généralisent le « projet obligatoire » là où elle devrait se contenter de marquer des objectifs généraux (souci des enfants « prioritaires », travail collaboratif entre enseignants) ?


Prenons l’exemple du redoublement : « la recherche » a montré que le redoublement était inefficace dans la plupart des cas. Or, les enseignants continuent de penser largement que le redoublement est une solution efficace. On constate donc que les politiques publiques visent à souvent à « faire pression » sur les enseignants pour faire baisser les taux de redoublement, renforçant l’incompréhension des acteurs de terrain.
On traite l’indicateur plutôt que de traiter le problème : la baisse du taux de redoublement (actuel « indicateur » 1.6 du «projet annuel de performance» du gouvernement français inscrit dans la LOLF et la RGPP) ne dira rien des problèmes des élèves. Loin de mettre en action collective les enseignants sur les dynamiques à mettre en œuvre pour mieux résoudre les difficultés des élèves, on ne fait que renforcer leur distance lorsqu’ils en déplorent qu’on « fait passer automatiquement les élèves ».


Vu du terrain, on peut donc légitimement penser qu’on assiste au « déni de professionnalité ». Lorsqu’on caricature leur métier pour faire passer quelques messages simplistes dans les média, les enseignantes de maternelle ou de CP, les membres de RASED se sentent « méprisés ». On les invite à la « liberté pédagogique », à la « responsabilité individuelle », mais on s’assied sur les « manières de faire » construites par le métier, au nom de l'intérêt supérieur de l'Enfant. Rien d’étonnant à ce que les enseignants réagissent parfois brutalement en se considérant comme « sous pression » de l’extérieur, parents, élus, système…

Parler de professionnalisation, c’est donc poser la question de la « division du travail », explique Christian Maroy (sociologue à Louvain) avec les cadres intermédiaires, inspecteurs, conseillers pédagogiques, formateurs : s’ils se considèrent comme «spécialistes » de tel ou tel domaine (de l’apprentissage, de l’aide, de la formation, du projet…), avec le prestige supposé de leur situation personnelle et sociale, il est sans doute nécessaire de ne pas déconsidérer, en creux, les fonctions, contraintes et manières de faire de l’enseignant « ordinaire », trop souvent décrit comme rétif aux évolutions nécessaires. Pour l'instant, le terme "professionnalisation" semble avoir surtout été intégré par les "managers" du système éducatif,  soucieux de trouver des leviers statégiques pour la déconcentration des pouvoirs,  dans une logique de responsabilisation des acteurs dans le cadre des budgets dévolus.

Autant de raison de considérer, avec les tenants de la psychologie ergonomique, l’importance des instruments collectifs pour aider à « faire parler le métier », c'est à dire de donner du pouvoir d'agir aux groupes de professionnels.
Mais dans une époque où le temps long de l’Ecole semble ne pas pouvoir se plier aux exigences du court terme de la société médiatique, où sont ces lieux ? Qui les incarne ?

Sur le site du Café
samedi 01 novembre 2008 :   ppicard3 
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