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| Entre les murs, vu de la salle... |
Isabelle Lardon 21 mai 2008, faculté de Droit et Sciences Politiques de Nantes, des professionnels de la petite enfance se rendent à la très grande école. Ce sont environ 260 participants qui sont réunis, une très large majorité, je dirai 90% de femmes... jour 1Je suis venue à Nantes pour les 3èmes Entretiens de la petite enfance, organisées par l'observatoire de l'enfance en France, association loi 1901 qui comprend divers membres dont MGEN, PEP, LFEEP, MAIF, CEMEA...Après avoir emprunté TGV et TAN, je suis arrivée à la fac de DSP1 où commençaient à se presser des personnes bien sous tous rapports : IEN, CP, PE, PIUMF, ATSEM, EVS, responsables de RAM ou de CDAJE, TISF, TS. Nicole Geneix, responsable de l'observatoire, a accueilli les 260 inscrites issues : 60% sont issues du monde de la petite enfance, 40% de l'EN.La question du jour est : « Petite enfance, toujours une affaire de femmes »Quelles femmes ? Grandes dames patronnesses, bourgeoises, religieuses, nourrices allaitantes, femmes mariées, filles du peuple... non, bien sûr, nous ne sommes plus en 1855. Mais bien plutôt femmes travaillant dans des Relais Assistantes Maternelles, des Commissions Départementales d'Accueil du Jeune Enfant, des Techniciennes Intervention Sociale et Familiale, des Travailleuses Sociales pour la tranche 0-3 ans... Des Inspectrices de l'Education Nationale, Conseillères pédagogiques, des Professeurs des Ecoles, Professeurs des Instituts Universitaires de Formation des Maîtres, des Agentes Territoriales Spécialisées des Ecoles Maternelles, des Emplois Vie Scolaire pour les 3-6ans. Des élues venues de Reims, Paris, Nice ou Nantes.Des professions qui se répartissent des tâches complètement féminisées. Des femmes qui ont conquis des places de responsabilité dans les domaines de l'éducation. Créditées d'emblée d'avoir des compétences parce que tout simplement elles sont femmes et elles sont mères (et çà n'est pas prêt de changer!), légitimées par cette merveilleuse expérience de porter les enfants.Anne Marie Chartier, de l'INRP, et Philippe Fremeaux, de la revue Alternatives Economiques, ont débattu de ce sujet avec des chiffres, statistiques et autres comparatifs sur les modes de garde du jeune enfant corrélés à l'emploi des femmes, un peu d'histoire de la répartition des tâches spirituelles/corporelles, féminisées/mixées.Agnès Florin a présenté Labécd, les travaux en cours de son équipe. C'est encore AMC qui s'y colle pour remplacer Viviane Bouysse, absente indépendamment de sa volonté, et parler des premiers apprentissages, apprentissages premiers, objectifs spécifiques de l'école maternelle mis à mal en ce moment où on assiste à la primarisation du C1..Joëlle Gonthier, artiste et enseignante, initiatrice de LGL, a déballé le grand marché, ou comment l'enseignement des AV permet au jeune enfant de se repérer avec tous ses sens dans la forêt des objets, des images, des mots afin de construire son appropriation du monde.Mireille Brigaudiot, MC à l'IUFM de Versailles, nous a fait un grand show autour du jeu « Caché ! Parti !» Et « Coucou ! Le voilà ! », entrecoupé d'images et de mots d'enfants, pour montrer combien ce jeu est fondateur de l'activité psychique du jeune enfant mais aussi constructeur de son activité cognitive et langagière.Cette première journée a été très dense et il est difficile de faire le tri entre toutes les informations reçues. La tête est pleine, il faut aller faire un petit tour à Bouffay, passer voir le palais de Jean Nouvel et se promener sur l'esplanade des chantiers navals.Il ne pleut pas toujours sur Nantes.RdV demain.Petit glossaire de sigles locaux ou inventés :TAN Transports de l'agglomération nantaiseDSP Droit et sciences politiquesAE Alternatives économiquesLabécd laboratoire « Education, cognition, développement »AMC Anne Marie ChartierC1 Cycle 1LGL La grande lessiveAV Arts visuelsMC Maître de conférencesJour 2 : Fin de partie.Le lendemain, les conférences se sont succédé à un rythme soutenu et surtout réglé par la gardienne du temps, implacable dans son rôle, Nicole Geneix. Il est vrai qu'il est agréable pour les auditeurs que le programme soit respecté. Dans la journée, 6 conférences avec à chaque fois, 2 conférences en parallèle, et une table ronde. La difficulté est de faire des choix, donc d'éliminer. J'ai beaucoup lu, compilé, feuilleté d'ouvrages, d'articles, écrits, coordonnés par Geneix, Florin, Carraud, Brigaudiot et autre Chartier, écouté des conférences sur le site de l'INRP, commandé des actes de colloques (on ne peut quand même pas se déplacer tout le temps)... Cela crée une « proximité » intellectuelle avec toutes ces auteures. D'autant que les auteures en question défendent certaines idées de l'éducation, ont des convictions et n'hésitent pas à prendre aussi des positions allant contre les idées dominantes de l'institution. On lit et on relit, on en parle dans les actions de formation qu'on organise, on fait de la pub pour tel ou tel ouvrage, bref, cela entretient forcément des rapports symboliques forts. Alors, quand on a la chance de les rencontrer, nos « idoles », de les « voir en vrai », de les entendre, parfois de leur parler, on est comme des enfants émerveillés. Trop bien !J'ai donc écouté Marc Fricoteaux, juge, venu nous parler de l'autorité parentale, qui est une notion partagée de respect entre les parents et les enfants. Pendant le même temps, Françoise Carraud, responsable du centre Alain Savary, observatoire des ZEP, a donné des éléments pour comprendre certaines habitudes culturelles d'élèves venus de pays étrangers.Thierry Vasse, IEN, a démontré la nécessité d'établir des partenariats autour de l'entrée à l'école maternelle. C'est bien que cette parole institutionnelle soit entendue.Chantal Zaouche Gaudron, de l'université de Toulouse, est intervenue le matin, au lieu de l'après-midi comme prévu, pour être sûre de pouvoir rentrer chez elle le soir (grève SNCF). Je ne me doutais pas encore de ce qui m'attendait... Reprenons.La conférence portait sur le fait que des conditions de vie défavorisées influaient sur le développement du jeune enfant. Ces données sociologiques ne peuvent pas être occultées lorsqu'on accueille ou qu'on scolarise des enfants « pauvres ».Daniel Mellier, de l'université de Rouen, a développé les difficultés cognitives, émotionnelles... des enfants ayant connu des stress importants lors de leur développement intra-utérin ou au cours d'accidents périnataux.Agnès Florin abordait le sujet de l'attachement qui peut être multiple pour le jeune enfant.Des pistes pour agir, malgré tout...Les informations sociologiques, ethniques, médicales... transmises par les conférenciers d'aujourd'hui, n'étaient pas très optimistes et montraient qu'avec la meilleure volonté du monde, parfois on renforce des comportements d'enfants, on maintient des parents dans un statut de dépendance, on met en avant des modèles dominants de la société, on reproduit des schèmes inopérants.Je suis ressortie de ces conférences un peu démoralisée devant l'ampleur du travail à accomplir, partagée entre baisser les bras d'impuissance ou relever les manches. Je me suis dit que je pouvais essayer de faire un petit peu bouger les choses, à la place où je suis, modestement, et d'analyser ainsi mon travail (comme je l'ai appris il y a peu) : me demander chaque soir ce que j'ai fait avancer dans la tête des personnes rencontrées la journée.La table ronde de clôture, orchestrée encore une fois de main de maître par Nicole Geneix, rassemblait des responsables et techniciens de la ville de Nantes, du conseil général et de la Caisse d'allocations familiales de Loire Atlantique. A travers l'exemple des services municipaux nantais, les explications données sur le pilotage d'actions et l'évaluation des politiques publiques, ont sans aucun doute, permis aux nouvelles ou futures élues présentes dans la salle, de mieux voir la globalité des choses du pré et du péri-scolaire et de se familiariser avec la définition et la gestion de la question centrale de la petite enfance pour une ville.Dommage que l'Education Nationale ne fasse pas le choix massif d'envoyer des enseignantes à ce type de rencontres! C'est certes dépenser un peu d'argent en formation aujourd'hui. Mais c'est surtout investir sur l'avenir et miser sur la dimension de l'homme (ou de la femme en l'occurence) dans la valeur travail. Peut-être que les années qui viennent et qui verront la mise en place du droit individuel à la formation permettront d'avancer dans ce sens.Je suis restée bloquée à Nantes, à cause de la grève des cheminots, et j'ai profité avec bonheur d'une soirée de plus dans cette ville, en compagnie de quelques-uns de ses habitants. |
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dimanche 15 juin 2008
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ppicard3
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