"Ce n’est pas par des masters disciplinaires qu’on préparera valablement à ce métier" - André Giordan 

Dans un contexte social de plus en plus complexe et exigeant, avec des parents et une société acceptant peu l’échec, confronté à des enfants de plus en plus difficiles car sollicités en permanence par les médias et la surconsommation, faire apprendre tous les élèves demande des savoirs, des savoirs-faire et surtout des savoirs-être très étendus.

Un professionnel de l’école (du collège ou du lycée) bien formé devrait maîtriser la (ou les) matières à enseigner et tout ce qu’il faut savoir pour que les élèves l’apprennent. Il sait décoder la situation d’apprentissage et ses contraintes, et notamment l’image de l’école, de l’apprendre pour les élèves. Il ne reste pas enfermer dans une discipline, il sait les croiser ou s’engager dans des démarches transversales. En parallèle, il a donc appris des notions de didactique, mais également d’épistémologie, d’histoire des idées, de psychologie, d’anthropologie, de sociologie et d’analyse institutionnelle ; il s’est cultivé dans les autres savoirs de l’école.


Par ailleurs, il possède des outils pour comprendre les conceptions des apprenants, pour préciser les objectifs éducatifs et formuler un niveau d’exigence. Il maîtrise de multiples ressources didactiques et connaît leurs ressorts respectifs en fonction des obstacles de la pensée (précoces et jeunes en échec y compris) et des multiples façons d’apprendre. Il sait notamment diagnostiquer les problèmes, mettre en place des prises en charge différenciées, individualiser des parcours de formation, apprendre à apprendre, organiser un environnement éducatif...


Plus il est qualifié, mieux il repère les difficultés, combine et varie les stratégies pédagogiques. Il n’y a plus que les ministres et le président pour croire qu’il existe la « bonne » méthode pédagogique ! De plus, il sait susciter le désir… d’apprendre et le goût de l’effort ; il a fait du théâtre, il sait placer sa voix, il est bien dans son corps et a de la présence, il n’a pas peur de dialoguer avec les familles et sa hiérarchie. Par dessus tout, il est curieux et avide de comprendre en permanence le monde, la société et il a travaillé sa personnalité, parce que l’enseignant est avant tout une « personne » et un repère. Etc..


L’accroissement des savoirs et la complexification du métier incite tous les systèmes scolaires à allonger et renforcer la formation des maîtres. Il faut dire que la difficulté du métier n’a pas de rapport avec l’âge des élèves. Les pays les plus avancés (Finlande, Norvège, Québec, Suisse, Suède,..) forment leurs enseignants dans un parcours d’études combinant en parallèle théories et pratiques durant 4, 5 voire 6 années.


Qu’en est-il du dernier projet en France ? Certes, il ne faut pas se le cacher, la formation des enseignants à l’IUFM posait problème. Mais lui avait-on donner les moyens et surtout les structures pour bien fonctionner[1] ?.. La « supposée » réforme à venir est censée revaloriser le métier d’enseignant… pour ne pas froisser les syndicats. En fait, elle va surtout permettre de faire de grandes économies.


Mais est-ce vraiment le cas ? L’université en France n’a pas encore l’expérience et la culture pour préparer les enseignants. Va-t-elle investir dans la veille et la recherche éducative comme on le fait dans tous les autres domaines pour mettre en place une formation de qualité ? Ce n’est pas dans ses habitudes… Pourtant ce n’est pas par des masters disciplinaires qu’on  préparera valablement à ce métier[2]. L’institution universitaire risque même de dégoûter nombre d’entre eux sans leur donner les outils et les ressources indispensables. Ce qui n’améliorera la qualité du système. De plus, on constate que plus la préparation est frustre, plus les jeunes maîtres quittent tôt l’enseignement, plus vite il faut les remplacer; d’où des investissements perdus.


Enfin apprendre est devenu un challenge au quotidien dans nos sociétés développées. Ne pas investir dans une « matière grise » de qualité, est pour un pays un drame économique dont nos enfants paieront également les frais dans 20 ou 30 ans. D’ici là, nos hommes politiques seront à la retraite !


André Giordan

 

Professeur

Laboratoire de Didactique et Epistémologie des Sciences, Directeur

Université de Genève

 




[1] L’implantation des IUFM n’avait pas été pensée. Elle répondait également à une volonté de promouvoir rapidement les instituteurs. L’institution scolaire n’a pas d’Histoire !

[2] Quant au compagnonnage s’il a le mérite d’enraciner la formation dans la pratique , il demanderait quelques régulations préalables : créer une expérience du compagnonnage dans un milieu encore individualiste, savoir faire le lien avec la théorie et l’académique, apprendre à conseiller un adulte,..- et donc nécessiterait de former an préalable les compagnons. Les bons joueurs de foot. ne font pas toujours les meilleurs entraîneurs !!!

Par fgiroud , le mercredi 28 mai 2008.
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