Les points noirs de la rentrée 

Par François Jarraud



 

Nul doute que pour le ministre la rentrée ne soit "réussie". Pourtant les difficultés sont nombreuses à cette rentrée. Faisons un bref inventaire...


Plus d'élèves, moins de profs. "L'école primaire vit un tournant historique" affirme Sébastien Sihr, le secrétaire général du Snuipp. Cinq chiffres résument la situation dans les écoles primaires. 8 300 élèves en plus cette année malgré la baisse du taux de scolarisation à 2 ans (qui ne concerne plus que 15 % des enfants contre 26% en 2005). 8 967 postes d'enseignants disparaissent à la rentrée et 1 500 classes ferment. Le Snuipp dénonce donc la mise à mal des professeurs qui apportent un soutien spécifique à l'école, à commencer par les enseignants spécialisés des Rased : 600 postes supprimés, soit 30 000 enfants privés de leurs soins. Enfin, dans 27 départements, les nouveaux enseignants vont aller directement en classe, passant d'un master à un CP ou une grande section de maternelle, sans accompagnement. "Le tableau Excel des gestionnaires s'est substitué au tableau noir des pédagogues", explique Christian Chevalier, secrétaire général du Se-Unsa, l'autre grand syndicat du primaire. Il noircit d'ailleurs un peu plus le tableau. Pour lui, il faudrait ajouter de départs en retraite plus importants que prévu (de 2 000 postes). Pour la première fois les remplacements devraient être difficiles cette année au primaire.


Dans le secondaire, la situation se détériore également. Il y aura de 60 000 à 80 000 élèves supplémentaires et 4 800 enseignants en moins. Auxquels s'ajoutent le millier de postes non pourvus aux concours 2011. "Dans certaines académies il n'y a déjà plus de remplacements possibles", affirme F Rolet, secrétaire générale du Snes, le premier syndicat du secondaire. Cela se traduira dans les établissements par l'augmentation des effectifs par classe, la disparition de dédoublements et d'options, les difficultés pour remplacer les enseignants ou pour muter.


Et moins d'emplois non enseignants. Durant l'été le ministère a décidé le gel des embauches d'emplois contractuels à l'exception des EVS qui aident les enfants handicapés. Le résultat est déjà visible dans les écoles primaires qui commencent à perdre leurs aides administratifs. Les directeurs d'école sont directement affectés. Fin août, deux syndicats ont lancé une nouvelle grève administrative. Dans le secondaire, les établissements perdent des surveillants au moment même où on leur demande avec la refonte des sanctions de suivre de façon plus précise les élèves sanctionnés.


Des réformes contestées. L'accumulation des réformes de ces dernières années, à l'école, au collège et au lycée, s'est faite alors que les budgets diminuaient. L'accompagnement, en terme de formations, a été souvent insuffisant. Les établissements ont vu réduire leurs moyens avec des effets fort négatifs sur leur mise en place. (voir plus loin " Comment la pression budgétaire détruit les objectifs des réformes"). Mais les réformes sont aussi contestées pour elles-mêmes. Au collège, la mise en place du socle se fait dans une approche misérablement administrative. Souvent l'approche par compétences se réduit au remplissage d'un interminable grille d'items à cocher. "Les profs ne savent plus où ils en sont" estime le Snes. Au lycée, la réforme des secondes a été mise en place "pas si mal que cela" estime-t-on au Se-Unsa. Mais cette année les recteurs ont du faire des économies. "On sait qu'en première la mise en oeuvre de la réforme sera vécue comme une régression" du fait du tronc commun, annonce C Krepper, secrétaire national du Se-Unsa. "Le coupures budgétaires vont surement remettre en cause les avancées de la réforme".


Un salaire insuffisant. "En terme salarial on est à coté de la plaque" explique C Chevalier. "Comment attirer des étudiants de master 2 vers l'enseignement quand un enseignant peut espérer terminer avec 2 000 euros par mois". Et ce n'est pas tout. Le syndicat évalue à 10% la perte de pouvoir d'achat du fait du blocage prolongé des salaires. L'effet sur les concours a été très perceptible en 2011.


Des menaces sur le statut des enseignants... En juin 2011 le Centre d'analyse stratégique a publié un rapport appelant à une refonte du statut des enseignants. “Toutes choses égales par ailleurs”, 10 % à 15 % des écarts de résultats constatés en fin d’année entre élèves s’expliquent par l’enseignant auquel l’enfant a été confié", écrivait le CAS. "Le professeur a davantage de poids sur la progression des élèves au cours d’une année donnée que l’établissement dans lequel ces derniers sont scolarisés. La portée d’une augmentation de l’efficacité pédagogique d’un enseignant est aussi potentiellement supérieure à celle d’une diminution de la taille des classes". D'où l'idée d'augmenter "l'efficacité" du travail enseignant. Et pour cela de détecter les "bons enseignants" pour les encourager et les mauvais pour les virer. L'étude préconisait de ne plus recruter les enseignants comme des fonctionnaires, le salaire au mérite et une refonte de leur évaluation. Certaine de ces idées ont été reprises dans le rapport Grosperrin sur les concours. Qu'en pense Chatel ? Il expérimente dans les ECLAIR des dérogations statutaires. Il a entamé une réflexion sur deux sujets qui touchent directement au statut. D'abord sur l'évaluation des enseignants. Il a annoncé qu'il irait vers une évaluation par les chefs d'établissement et même lancé l'idée que la rémunération pourrait varier en fonction de celle-ci. Ensuite il y a la question des vacances. Luc Chatel fait semblant de croire qu'il y a consensus sur la réduction des congés d'été de deux semaines. "On va travailler plus pour gagner moins", estime Daniel Robin, secrétaire général du Snes. Pour lui, il est inadmissible que cette réduction ne soit pas compensée financièrement....


A la dégradation de la condition enseignante. Car toutes ces mesures cumulées aboutissent à une dégradation sensible de la condition enseignants. "Ce n'est pas de gaieté de coeur que les enseignants vont reprendre le chemin de leurs écoles et de leurs établissements", affirme Christian Chevalier. "Nombre de collègues en ont ras le bol".  Celui-ci s'explique par l'avalanche de coups durs : le gel salarial qui persiste, les retenues pour retraite qui ont augmenté, l'ensemble diminuant en euros les salaires versés et le pouvoir d'achat d'environ 10% depuis le début du siècle. Les suppressions de postes impactent au quotidien le vécu des enseignants. Elles se traduisent par des classes plus chargées et donc plus de fatigue en classe et de corrections à la maison. En même temps les charges administratives augmentent. C'est le controle en cours de formation avec sa paperasserie au lycée, les innombrables cases à cocher du livret de compétences au collège, les évaluations nationales et leurs maniaqueries à l'école. Souvent des options et des enseignements qui faisaient l'identité d'un établissement secondaire disparaissent pour restriction budgétaire. Enfin les suppressions de postes ont fortement aggravé le système de  mutation condamnant des enseignants à rester loin de leur famille. Tout cela génère un sentiment de perte de pouvoir, l'idée qu'on empêche l'enseignant de travailler bien, qu' on l' enferme davantage dans des contraintes administratives fort éloignées des motivations d'exercer le métier. Le "malaise enseignant" déjà bien présent s'amplifie. Deux études européennes publiées cet été montrent d'ailleurs que les enseignants français sont parmi les plus mal payés en Europe et que la durée des vacances d'été est inférieure aux congés français dans seulement trois pays européens...


La crise de la formation et du recrutement des enseignants. Dans 27 départements, affirme le Snuipp, de nouveaux enseignants vont se retrouver directement devant des CP ou des enfants de maternelle. Ailleurs ils auront quelques journées seulement pour apprendre le métier, au mieux jusqu'à la Toussaint. Dans le second degré, sauf à Rennes, tous les nouveaux enseignants vont aller directement en clase et ils resteront seuls sans tuteur sur des durées variables selon les académies. L'expérience de l'année dernière a montré un taux important de émissions de stagiaires dans le secondaire. On assiste aussi à une baisse des vocations. Un exemple : le capes documentation. En 2011 seulement 379 personnes ont participé aux épreuves contre 893 en 2010. Le rapport admissible par poste est tombé à 1,68 (contre 2,15 en 2010). Le dernier admis a eu 8,5/20 contre 10,33 en 2010.


Des enfants sacrifiés. Le système scolaire français reste très inégalitaire. PISA a pu mesurer ces inégalités et la montée de la part des élèves en difficulté scolaire. Face à cela la politique prioritaire gouvernementale se traduit par un resserrement des moyens sur un petit nombre d'établissements. Et par des dispositifs de remédiation dont l'efficacité reste à démontrer. Le sentiment partagé par beaucoup d'acteurs de l'Ecole c'est que le ministère laisse tomber ces élèves. Il s'appuie sur les effets désastreux de la suppression de la carte scolaire. Elle a aggravé les inégalités entre établissement, déstabilisant de nombreux collèges des quartiers  populaires.


Un ministre impuissant. Le dernier point noir de la rentrée c'est qu'on ne voit pas comment Luc Chatel pourrait s'en sortir. L'encadrement budgétaire est devenu tel que la marche de manoeuvre du ministre, déjà peu élevée sous la Vème République, est extrêmement réduite. On a vu Luc Chatel vouloir marquer son règne par quelques actions d'éclat. Ainsi il a voulu lancer, avec la mission Fourgous, un "plan numérique " de grande taille. Hélas Bercy a ramené le plan à des dimensions lilliputiennes. On l'a vu tenter un "plan sciences" réduit lui aussi à pas grand chose. Ses efforts pour lutter contre la violence scolaire avancent lentement là aussi le manque de moyens limitant l'offre de formation et d 'accompagnement. Récemment Luc Chatel a voulu laisser l'image d 'un ministre favorable à l'innovation. Aura-t-il les moyens d'un soutien réel aux enseignants qui innovent ? Alors que les difficultés s'aggravent dans les établissements, que le bateau Education nationale s'affirme comme peu performant, il semble bien que le pilote n'ait pas de quoi alimenter les chaudières...



Comment la pression budgétaire détruit les objectifs des réformes


Luc Chatel serait-il capable de parler d'individualisation de l'enseignement, de lutte contre les inégalités et d'agir en sens contraire ? C'est ce que le SNPDEN démontre à l'aide d'un enquête menée en mars dernier auprès de 1500 établissements secondaires. "Pas de grand complot ministériel" prévient Philippe Tournier, secrétaire général. Juste une contradiction entre l'esprit des réformes et les réalités budgétaires.


"Personne ne s'intéresse trop à ce que nous sommes contraints d'arbitrer pour assurer une rentrée techniquement réussi", affirme P Tournier. "Cette opacité silencieuse satisfait tout à fait le ministère", mais le Snpden entend lever le voile.  "Au moment où on nous farcit la tête d'une propagande tapageuse peuplée d'accompagnement personnalisé et d'autres dispositifs individualisés, la réalité crue c'est que ce sont les dispositifs qualitatifs que le sretraits d'emplois nous contraignent à liquider" avertit-il.


Du new management chatelien à l'accroissement des disparités. Syndicat de chefs d'établissements, le Snpden est bien placé pour observer la façon dont les contraintes budgétaires sont gérées sur le terrain. Luc CHatel a vanté son nouveau management des économies à réaliser au plus près du terrain. Il a promis qu'il permettrait de lier meilleure gestion et égalité. L'enquête du Snpden montre qu'au contraire les disparités se sont accrues. La baisse moyenne de 0,6% de la DHG est amortie différemment dans les académies. Dans certains cas (16%), les établissements ne savent même pas comment la gestion s'opère, signe d'une dégradation de la relation avec les académies.


Entrons grâce au Snpden dans la cuisine des établissements. Quels moyens utilisent-ils face aux suppressions de postes ? Ils limitent le nombre de cours à effectifs réduits (33% des établissements mais 51% des L.P.). Ils suppriment les actions de remédiations (27% mais 31% des collèges). Ils abandonnent les projets éducatifs (21% mais 47% des lycées généraux). Ils effectuent des regroupements pédagogiques artificiels. Le nouvel accompagnement personnalisé devient une variable d'ajustement pour un gros tiers des établissements.


Prendre plus à ceux qui ont moins. La conséquence c'est selon le Snpden l'aggravation des inégalités sociales dans le système éducatif. "Ce sont les établissements les plus exposés qui sont les plus touchés", explique le Snpden. "Non point du fait de quelque noir dessein. Mais pour une raison fort logique : dans un système rigidifié par des normes, les retraits de moyens se font en priorité là où des moyens supplémentaires avaient été mis". Les exigences budgétaires frappent donc plus fort les plus faibles. Elles travaillent contre l'individualisation vantée par le ministre.


Une enquête indispensable. Le travail du Snpden plombe le discours présidentiel sur l'égalité des chances. Alors que Luc Chatel s'apprête à publier un ouvrage réalisé avec le très "républicain" Chevènement, elle montre la distance entre les sourires et les mots et la nudité des décisions. Elle conforte l'idée que les qualités communicationnelles du ministre cachent la réalité. Nul doute que Luc Chatel soit interpelé dans les jours à venir sur ces questions.

L'enquête du Snpden

http://www.snpden.net/sites/default/files/files/Enqu[...]

501 témoignages de chefs d'établissement

http://www.snpden.net/sites/default/files/files/resultats_en[...]

Editorial de P Tournier

http://new.snpden.net/direction/pdf191/06_07-rentreetechniq[...]



Concours : Recrutement en hausse ou en baisse ?


Luc Chatel annonce une hausse de 7% des inscriptions aux concours. Et si c'était une baisse ? Tout dépend de la façon de lire les statistiques...


" Luc Chatel se réjouit que les métiers de l'enseignement continuent d'attirer les jeunes diplômés ; en effet, cette année, les inscriptions ont augmenté de près de 7 %", annonce le ministère. Les inscriptions aux concours externes de recrutement des enseignants sont closes depuis le 12 juillet et le 21 juillet le ministère en a publié les premiers chiffres.


Ils montrent une progression de 7% des inscriptions aux concours du second degré avec 69 351 inscrits pour 8600 places. Les inscriptions augmentent de 11% pour l'agrégation et de 5% au Capes. " Ces résultats garantissent un taux de couverture très correct et apportent l’assurance que la qualité du prochain recrutement sera maintenue", promet le ministère. Il semblent rassurants après les difficultés du concours 2011 où un millier de postes n'ont pas été pourvus.


Dans le premier degré, le nombre d'inscription chute légèrement : il y a 42 260 inscrits contre 43 259 en 2011. Mais pour le ministère cela fait toujours 8,5 inscrits pour chaque poste ce qui lui semble très suffisant.


Le ministre se vote un double satisfecit. "Il apparaît que la réforme de la formation des maîtres, avec l’exigence du master, de la préprofessionnalisation et un concours rénové, se met en place de façon satisfaisante", déclare le ministère. Dans un article du Parisien, Luc Chatel attribue ce succès à la campagne de publicité payée par le ministère. " Les résultats de la campagne le prouvent : il existe toujours un intérêt des jeunes et des étudiants pour l’enseignement".


Cette autosatisfaction est-elle justifiée ? En matière de statistique tout dépend des séries comparées. Le ministère a publié peu de chiffres le 21 juillet. Le Café a demandé des données plus précises sans les obtenir. Cela ne nous empêche pas de relever deux points qui posent problème dans le communiqué ministériel. Le premier concerne l'usage du mot candidat pour désigner les inscrits. Ce que montre le concours 2011 c'est un écart énorme entre le nombre d'inscrits et celui des candidats lors des épreuves. Il y avait en 2011 des raisons spécifiques pour cela. Elles ont disparu en 2012 mais les nouvelles exigences posées par els concours 2012 pourraient faire creuser à nouveau l'écart. Par exemple le fait qu'en 2012 pour la première fois les candidats aux concours du second degré doivent fournir un certificat de langue étrangère. Il est prévisible qu'une partie importante des inscrits ne pourra pas l'obtenir.


Question de vocation. Le dernier point concerne la série statistique elle-même. Le ministère compare 2012 et 2011 et en tire globalement l'idée d'une hausse (en réalité légère) des inscrits. On pourrait aussi bien comparer avec les nombres de la première décennie du siècle. Il y avait 94 000 inscrits aux concours du premier degré en 2005, 74 000 en 2009, 66 000 en 2010 et 42 000 en 2012. Dans le second degré c'était 136 000 en 2005, 86 000 en 2009, 64 000 en 2011 et 69 000 en 2012. En 7 ans le nombre d'inscrits a diminué de moitié. Ill est trop tôt pour avoir la certitude que le nombre réel de candidats présents aux épreuves sera suffisant pour ne pas revivre le fiasco des concours 2011. Et il faudra bien de toutes façons s'interroger sur ce véritable effondrement des vocations depuis la mise en place des masters.

Communiqué minsitère

http://www.education.gouv.fr/cid56917/inscriptions-aux-conc[...]

Article du Parisien

http://www.leparisien.fr/societe/la-ruee-surprise-vers-le-me[...]




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Par fjarraud , le mardi 30 août 2011.
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