L'aristocrate et ses
cannibales
Les
musées sont d'excellents
outils pour se remémorer comment, il y a quelques décennies à peine, la
bonne société parlait des peuples primitifs ou des pauvres en tous
genres. On ne sait pas encore si le dernier rapport de M. Bentolila sur
la maternelle finira au musée, mais si on le retrouve au siècle
prochain, on ne se lassera pas de s'étonner sur la persistance de cette
tendance, même au début du XXIe siècle, consistant à considérer que les
sous-populations ne peuvent être qu'instruites à coups de bâtons et de
bons sentiments. Nul doute d'ailleurs que ceux qui sont chargés par
l'Etat de les encadrer ne soient, pour ces esprits supérieurs, que des « petits
maîtres » bien peu capables de jugement, tant est méprisant le ton de
ce rapport lorsqu'il parle de ce que se fait en maternelle. (Tous les
enseignants qui l'ont lu nous ont immédiatement fait part de ce
sentiment dominant.)
Mais
est-ce bien étonnant au moment ou le
Président de la République lui-même, le jour précis où il était
intronisé chanoine de Latran devant le Pape catholique, osait dans son
discours prétendre que "dans l'apprentissage de la différence entre le
bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé, même,
parce qu'il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie
et le charisme d'un engagement porté par l'espérance". Bien des mots de
la logorrhée bentolilesque renvoient d'ailleurs à ce lexique.
Pour Sarkozy comme pour
Bentolila, le pire est-il qu'ils le pensent, ou qu'ils osent le dire
tout fort ?
Le
produit de la mission confiée par le Ministre de l'Education au
«professeur Bentolila» est étonnant. A sa lecture, une question
simple : cette œuvre apporte-t-elle quelque chose de nouveau ? Afin
d'aider chacun à se faire une idée, nous tentons ici une comparaison
entre ce rapport et les textes « officiels » publiés : les programmes
de 2002 et le document d'accompagnement de 2006 sur les langages. Par
commodité, nous avons découpé le rapport en plusieurs parties, et
limité nos commentaires éventuels en fin de chapitre. Evidemment, les
guillemets renvoient à de vraies phrases écrites…