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Démarré : 15/02/2008 05:22 par fjarraud
L'Expresso du 15 Février 2008
(sans texte)
L'Expresso du 15 Février 2008
Modifié : 15/02/2008 19:11 par fjarraud

Shoah : Ignorance et irresponsabilité.

 

"J'ai demandé…au ministre de l'Education nationale, Xavier Darcos, de faire en sorte que, chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d'un des 11.000 enfants français victimes de la Shoah… Les enfants de CM2 devront connaître le nom et l'existence d'un enfant mort dans la Shoah. Rien n'est plus intime que le nom et le prénom d'une personne. Rien n'est plus émouvant pour un enfant que l'histoire d'un enfant de son âge, qui avait les mêmes jeux, les mêmes joies et les mêmes espérances que lui".

Ces propos du plus haut personnage de l’Etat sont proprement scandaleux et marqués du sceau de l’ignorance et  de l’irresponsabilité.

Ignorance multiple. Des différences entre  histoire et   mémoire d’abord. La conclusion des « Douze leçons sur l’histoire » d’Antoine Prost est à ce propos éclairante : « on fait valoir sans cesse le devoir de mémoire, mais rappeler un événement ne sert à rien même pas à éviter qu’il ne se reproduise si on ne l’explique pas. Il faut faire comprendre comment et pourquoi les choses arrivent. On découvre alors des complexités incompatibles avec le manichéisme purificateur de la commémoration. On entre surtout dans l’ordre du raisonnement, qui est autre que celui des sentiments, et plus encore des bons sentiments…..L’histoire ne doit pas se mettre au service de la mémoire, elle doit certes accepter la demande de mémoire mais pour la transformer en histoire. ». En personnalisant au maximum la Shoah le Président joue sur le sensible et non sur l’éducation au fait historique.

Ignorance aussi de la plus élémentaire psychologie de l’enfant (en CM2 on a dix ans !) : autant il est nécessaire dans le cadre du cours d’histoire, comme le veut le programme, de dire ce qui fut, avec des documents dont certains peuvent être  des textes, objets ou photos d’enfants, autant c’est  faire porter injustement à des petits un poids  trop lourd que de les investir individuellement de la charge symbolique d’un double, mort en déportation. Eduquer, ce n’est pas jouer avec la sensibilité, c’est dire clairement ce qui s’est passé, avec les mots adaptés à l’âge de l’auditeur. Les enseignants sont formés de façon rigoureuse pour le faire et ils savent éviter de  culpabiliser ou de transmettre trop d’angoisse. Ils savent aussi choisir et utiliser les meilleurs documents, ceux qui ne flattent pas le voyeurisme ou le sadisme. Ceux qui permettent de dépasser l’émotion pour aller vers la connaissance.  Ceux qui dépassent la sensation brute et la transcendent  par leur qualité d’écriture comme Primo Levi  ou leur singularité plastique comme Zoran Music.

Ignorance encore  des missions de l’Ecole. Transmettre une réflexion civique, pour préparer les jeunes à être plus tard des citoyens  en est une, essentielle. Cette réflexion doit conduire à faire réfléchir les écoliers sur les causes qui ont conduit à la folie nazie et sur les principes intangibles sur lesquels doit se fonder notre République afin que jamais de tels faits ne se reproduisent ; s’identifier à un enfant au sort tragique ne permet pas cette réflexion.  S’interroger sur ce qui a pu conduire des policiers français à obéir à leur hiérarchie au point d’avoir accepté d’être complices de l’arrestation et de la déportation d’êtres humains vers les camps de la mort  est certes bien difficile pour un enfant de dix ans mais serait civiquement plus formateur.

 

Irresponsabilité ensuite. Déjà sur Internet fleurissent les plaisanteries douteuses comme « les enfants de CM2 auront un correspondant Shoah ».  Déjà quelques parents réclament le droit de dispenser leur enfant  de cette opération mémorielle, on voit à quelles dérives d’un enseignement à la carte cela pourrait conduire. Déjà, surtout, le choix présidentiel fait jouer de la pire façon les concurrences mémorielles et certains réclament que chaque enfant ait aussi à cohabiter avec un petit esclave ou un jeune Arménien.

 

Guy Môquet avait été utilisé par le président de la République à des fins électoralistes, cette fois ce sont des enfants martyrs qu’il  instrumentalise à leur tour, en même temps qu’il  entend faire des jeunes élèves de pures  machines d’émotion et non de futurs citoyens  informés et responsables.

  

Marie Lavin. Agrégée d'histoire, inspectrice pédagogique régionale honoraire.  




De : fjarraud
Publié : vendredi 15 février 2008 05:22
Objet : L'Expresso du 15 Février 2008

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