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Démarré : 21/10/2011 07:21 par fjarraud
L'Expresso du 21 Octobre 2011
(sans texte)
L'Expresso du 21 Octobre 2011
Modifié : 21/10/2011 12:48 par fjarraud
Il y a quelque chose d'assez intéressant dans ce qu'explique le directeur général de enseignement scolaire, Jean-Michel Blanquer, dans la circulaire du 3 octobre à propos des évaluations de CE1 de cette année, dont il est question dans l'Expresso de ce jour ! Il dit que le nombre d’élèves en difficulté a considérablement diminué et s'en félicite. Evidemment, on ne peut que se réjouir d'une telle affirmation : « les élèves en difficulté sont de moins en moins nombreux », surtout quand on sait que notre système scolaire a la réputation de creuser les écarts entre élèves performants et élèves en difficulté. Mais il faut bien voir qu'évidemment cette constatation se fait au regard des exercices prévus dans l'évaluation et dans le cadre qu'elle propose ; c'est à dire qu'après avoir installé des programmes qui renforcent l'étude de la langue en cycle 2, et donc dès le CP, et mis en place des évaluations permettant de contrôler ce domaine, on s'aperçoit que les résultats montent : ce n’est pas très étonnant ; finalement on nous dit que les enseignants sont des fonctionnaires qui ont une éthique professionnelle puisqu'ils respectent les programmes. C’est donc bien sur le contenu des évaluations, et donc du programme dans le domaine de l'étude de la langue, qu'il faut réfléchir : on y demande par exemple aux élèves, en CP dans le domaine de l'orthographe, d'appliquer la règle de la « terminaison -nt des verbes du 1er groupe » et, dans le domaine de la grammaire de repérer et justifier « les terminaisons -nt des verbes du 1er groupe au présent de l’indicatif. » La circulaire s'étonne que la conjugaison soit encore mal maitrisée ; mais si les enseignants suivent strictement cette demande, ils vont installer chez les élèves des procédures extrêmement complexes, dont il ne faut pas s'étonner qu'elles donnent de piètres résultats ! En effet, leur faire apprendre à 6 ou 7 ans que les verbes du premier groupe au présent se terminent par -nt les oblige à maitriser l'identification parfaite du verbe, de son infinitif, de son groupe et de son temps. Il n’est pas étonnant qu'ils aient des difficultés ! Et puis cela suppose aussi qu'il faudra refaire le même apprentissage, ensuite, pour les autres groupes, pour les autres temps. Une succession d'apprentissages complexes, dont il est espéré qu'ils conduiront à un savoir sûr et à une bonne compréhension du fonctionnement du système du verbe ! Or, la morphologie verbale orthographique française est beaucoup plus simple : elle montre simplement que tous les verbes, de tous les groupes, à tous les temps de tous les modes se terminent par -nt lorsqu'on a une personne 6. C'est cette régularité qu'il faut enseigner, montrer, justifier, faire remarquer bien sûr. Ce qui manque ici, c’est une clarification : la morphologie verbale relève de l'orthographe et chez les enfants jeunes (c'est bien de cela dont il s'agit avec les évaluations de CE1), il faut viser des savoirs réguliers, donc cette fameuse règle, simplissime, de « tous les verbes se finissent par -nt avec ils/elles ou un GN au pluriel » ; du coup, le seul savoir nécessaire à l'application de cette règle est l'identification du verbe et du sujet, ce qu'on commence judicieusement à travailler dès le CP. Parallèlement, mais en montrant le lien avec ce qui précède, il faut commencer à installer des savoirs en conjugaison, modestes mais extrêmement sûrs. Là encore, il faut savoir ce que l'on vise ; comme le dit Claire Blanche-Benveniste (Revue Le Français aujourd'hui 148), dans la conjugaison, les tableaux «  sont faits pour résumer tout un savoir, à la façon des tables de multiplication ou des tables des matières » mais avec ces outils, «  rien n’est prévu, ni pour tenir compte de la différence de fréquence d’emploi dans l’usage ordinaire de ces verbes, ni pour tenir compte de l’intuition que l’on peut avoir des bonnes ou mauvaises formes ». Prévoir d'installer un travail de conjugaison répartissant tous les temps sur la scolarité élémentaire en demandant une simple (mais elle n’est justement pas simple !) connaissance morphologique mécanique ne peut pas donner de bons résultats.
Jean-Paul Vaubourg, IUFM de Nancy.
 

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