L'Expresso du 12 Juin 2007 
 

Par François Jarraud

 

LE FAIT DU JOUR

Les décrets Robien sont abrogés

ÉDITORIAL

Si l'inégalité socio-culturelle est énorme à trois ans, qu'y peut l'école ?

LE SYSTÈME

Carte scolaire : Le Snpden vigilant l Carte scolaire : Quel effet en zone rurale ? l L'Europe un atout pour l'Ecole ? l 13 000 instituteurs titularisés au Cameroun l Maroc :le spectre de la corruption

L’ÉLÈVE

Landes :l'ordinateur et la famille l Resf fera la fête l L'Unl vigilante sur la réforme Sarkozy

LA RECHERCHE

Former les enseignants

CITOYENNETE

Les crimes et délits en 2006

LES DISCIPLINES

Philosophie : les sujets du bac 2007 l EPS : Marseille Pékin sur le web l

 

Le fait du jour

 

Les décrets Robien sont abrogés

Manifestation du 08/02/07 à Paris -Photo CP"Nous sommes satisfaits" estime le secrétaire général de l'Unsa Education.  Le président de la République a reçu le 11 juin les syndicats d'enseignants et les associations de parents d'élèves. Il a annoncé 5 mesures :

-          - l'abrogation des décrets Robien sur les décharges

-          - la suppression de l'apprentissage junior

-          - le réemploi de 34 000 EVS sur 42 000. Il s'agit des personnels qui aident le directeurs d'école et les enfants handicapés. Par contre un emploi d'EVS sur deux dans le secondaire est supprimé, ce qui créera un manque de surveillants dans les établissements.  

-          un seul fonctionnaire sur deux partant en retraite sera remplacé

-         l'ouverture de discussions sur le métier d'enseignant.

 

Ces décisions sont globalement bien accueillies par les syndicats qui s'étaient fortement mobilisés contre les décrets Robien. Elles le seront pour les enseignants qui y liront le résultat de leur lutte.

 

Mais ils montrent également les limites des concessions. Ainsi le Sgen "a particulièrement insisté sur son refus du recours aux heures supplémentaires au-delà de la seule question conjoncturelle de l’annulation du décret de Robien sur les décharges statutaires. Augmenter le nombre d’heures supplémentaires au nom du « travailler plus pour gagner plus » serait inacceptable parce que l’effet direct en serait une dégradation de la qualité du service rendu". C'est que si les décrets Robien sont "abrogés", les postes ne sont pas pour autant rétablis.  Les heures de chaire et de laboratoire devraient réapparaître dans les répartitions sous forme d'heures supplémentaires (sans charges sociales). 

 

Le Snes "note que le président maintient ses projet les plus inquiétants pour l’avenir de l’école : confirmation des grands axes de la loi Fillon (socle commun notamment), suppression de la carte scolaire,  remise en cause de l’éducation prioritaire, diminution des horaires des élèves et réduction de l’offre de formation (options, séries, …) avec l’objectif réaffirmé de ne pas remplacer tous les départs en retraite des enseignants".

 

C'est en effet là que se fixe le noeud gordien budgétaire. Comment diminuer le nombre d'enseignants et maintenir l'offre d'enseignement ? L'appel aux heures supplémentaires trouvera vite ses limites pour des emplois où le temps réel travaillé, selon le ministère, est en moyenne de 39h47 hebdomadaires. Va-t-on vers une augmentation obligatoire des temps d'enseignement ou vers un allègement des horaires élèves ? On sait que les audits financiers ont recommandé de couper de 20% ces derniers et de relever par annualisation les premiers.

http://www.snes.edu/snesactu/spip.php?article2604

http://www.sgen-cfdt.org/actu/article1418.html

Dépêche AFP

 

 

 

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Si l'inégalité socio - culturelle est énorme dès trois ans, qu'y peut l'Ecole ?

Dès l'âge de trois ans, les inégalités sociales creusent l'écart culturel affirme une étude britannique publiée le 11 juin. Dans ce cas que peut faire l'Ecole ?

 

L'enquête du Center for Longitudinal Studies, Institute of Education de l'université de Londres, porte sur 12 000 enfants âgés de trois ans. Elle établit qu'à cet âge, les enfants de parents diplômés du supérieur ont 10 mois d'avance pour les performances en vocabulaire sur les enfants de parents non diplômés. Un test sur la préparation à l'école, basé sur l'interprétation de couleurs, de formes, de lettres, de nombres, a montré que l'écart pouvait atteindre 12 mois, ce qui est énorme à 3 ans ! Si l'on compare les familles selon leur revenu, l'écart est de 10 mois entre celles qui sont au –dessus et en-dessous du seuil de pauvreté.

 

L'étude a aussi montré de fortes différences entre les groupes ethniques (officiellement définis au Royaume-Uni). Ainsi un quart des enfants d'origine africaine sont en retard contre 4% des "blancs". L'écart est sensible également entre Britanniques : les enfants écossais ont de meilleurs scores. La même enquête révèle également qu'un quart des enfants est obèse ou en surpoids. C'est particulièrement vrai des enfants de familles défavorisées.

 

Elle établit que les inégalités culturelles sont indépendantes de l'Ecole. Ces travaux posent la question de la place de l'Ecole dans les politiques de lutte contre les inégalités à l'école. Dans l'ouvrage "Améliorer l'école" (PUF), Marie Duru-Bellat affirme que "ces inégalités sont déjà en germe dès l'entrée à l'école maternelle… Le développement (de l'enfant) est social dès la première heure, avec pour conséquences que les pratiques éducatives parentales exercent une forte influence. Or ces dernières portent la marque des inégalités matérielles ou culturelles qui caractérisent les familles... Ces écarts sociaux ne sont pas atténués par la fréquentation de l'école maternelle, car celle-ci s'avère bénéfique pour tous les enfants, quel que soit leur milieu social". Ce sont donc les choix et les stratégies familiales qui creuseraient les écarts sociaux.

 

Doit-on pour autant totalement dédouaner l'Ecole et abandonner toute politique scolaire ? Les travaux britanniques montrent l'impact positif de l'éducation pré-élémentaire. C'est un taux plus fort de scolarisation à 2 ou 3 ans qui expliquerait le bon score des Ecossais.

 

Surtout l'Ecole peut au moins agir sur ses propres établissements pour diminuer les inégalités d'accès. Elle peut lutter contre les ghettos scolaires, diminuer la sélection qui frappe certaines filières et en éloigne les couches populaires, mettre en place des politiques d'éducation prioritaire plus efficaces. Mieux connaître les inégalités sociales à l'Ecole ne veut pas dire s'y soumettre avec fatalisme.

http://www.cls.ioe.ac.uk/news.asp?section=000100010003&item=409

http://www.cls.ioe.ac.uk/news.asp?section=000100010003&item=406

Sur le Café : Réussite scolaire : comment réduire les inégalités ?

 

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Carte scolaire : Le Snpden vigilant

"La suppression progressive mais totale de la carte scolaire sur la seule base du libre choix des familles nous inquiète" a déclaré Philippe Guittet, secrétaire général du Snpden, premier syndicat des chefs d'établissement, à Nicolas Sarkozy. "Sans accompagnement, elle présagerait d’une modification profonde de l’organisation de notre système éducatif. En revanche, si comme nous le souhaitons, l’obligation de mixité scolaire prime sur le libre choix des familles, il sera nécessaire de mettre en place une régulation. Toute autre conception extensive de la concurrence entre établissements ne pourrait qu’entraîner la disparition de l’Ecole publique laïque et d’un service public national de l’Education. Une nouvelle fois, l’égalité des chances resterait une formule creuse et les notions que nous soutenons de travail et de mérite n’auraient pour vocation que de stigmatiser les élèves en difficulté et ceux issus des milieux défavorisés. Cette année, nous serons particulièrement vigilants sur l’application des nouvelles mesures dérogatoires".

 

Le Snpden a aussi repris le président sur le terrain de la mémoire. "Pour conclure, si vous me le permettez, je voudrais émettre un vœu : le refus de toute repentance que vous avez défendu ne doit pas mettre fin à tout travail de mémoire. Le devoir de mémoire est indispensable, non pas pour que certains se posent en victimes ou en créanciers de la société, mais pour éviter l’oubli et surtout trouver une promesse d’avenir. Cette promesse d’avenir, c’est redonner du sens. C’est réaffirmer l’identité nationale, et au-delà européenne, autour du concept de laïcité".

 

Carte scolaire : Quel effet en zone rurale ?

"En milieu rural, l’absence de régulation va en plus fragiliser les plus petits établissements". Le Sgen Cfdt de Basse-Normandie met en garde les élus locaux des zones rurales : la suppression de la carte scolaire va accélérer la désertification.

 

Pour le Sgen, "l’attractivité vers les villes est forte en particulier quand les parents y travaillent ; une dizaine de nos collèges ruraux ou périurbains ont des effectifs inférieurs à 250 élèves. La suppression de la carte scolaire fragilisera nombre d’entre eux… Concernant le 1er degré, si demain les familles séduites par la mesure ont le choix d’inscrire leur enfant dans une autre école que celle de leur commune c’est tout l’équilibre de notre réseau et l’avenir de nos regroupements pédagogiques qui est en jeu".

http://sgencfdtbn.free.fr/

Sur le Café : dossier sur l"école rurale

 

L'Europe un atout pour l'Ecole ?

Le 30 mai, l'association Eveil organisait une "rencontre citoyenne" sur la dimension européenne dans l'Ecole et les dispositifs mis en oeuvre pour a découverte et la coopération européenne. Les questions de l’apprentissage des langues, du lien entre langue et culture et les enjeux du débat sur le multilinguisme en Europe ont suscité des échanges passionnés entre les intervenants et plus de 130 participants, dont de nombreux enseignants. Des témoignages d’élèves et de parents, ainsi que les nombreuses questions posées aux intervenants ont mis en évidence comment l’ouverture à l’Europe peut être un outil de réussite scolaire et de construction de la citoyenneté. Au final n’est-ce pas l’école qui est un atout pour l’Europe ?