L'Expresso du 19 Septembre 2007 
 

Par François Jarraud

 

LE FAIT DU JOUR

L'OCDE conteste l'idée de l'inflation scolaire

ÉDITORIAL

Les orphelins du collège unique.

LE SYSTEME

Le système éducatif français vu par l'OCDE l Curieux dérapage dans le Haut-Rhin l Directions : un arrêté fixe le temps de travail l Le Snes opposé au tronc commun en lycée l Suisse : un système inégalitaire l R. U. : l'éducation rapporte 40 milliards.

L’ÉLÈVE

21 septembre Journée de la paix l Contrôle familial sur clé usb

LA CLASSE

La discipline force des salles de classe

CITOYENNETE

La Défenseure des enfants contre le test ADN

LES DISCIPLINES

SVT – ST2S : Les virus émergents l STG : Le droit avec Jurispedia

 

Le fait du jour

 

L'OCDE conteste l'idée de l'inflation scolaire

"Les taux de réussite des études tertiaires ont énormément augmenté dans les pays de l’OCDE ces dernières années. Quel en est l’impact sur les marchés du travail ? L’accroissement de l’offre de travailleurs qualifiés est-il allé de pair avec la création d’autant d’emplois hautement qualifiés ? Ou doit-on craindre qu’un jour, tout le monde travaillera au salaire minimum malgré un diplôme universitaire ?" Dans Regards sur l'éducation, la synthèse annuelle de l'Ocde publiée le 18 septembre, Barbara Ischinger, directeur de l'éducation à l'Ocde, réfléchit aux effets de l'augmentation du nombre de diplômés.

 

Le débat sur "l'inflation scolaire" a pris une grande importance en France. Il s'agit d'abord d'un débat scientifique qui oppose des spécialistes sur la rentabilité économique de l'éducation et ses effets sur l'inégalité sociale. Ainsi Marie Duru-Bellat a pu attaquer   la course aux diplômes en France. " Quand on pense qu'on s'achemine vers une population de jeunes dont un sur deux a un diplôme du supérieur, il faut comprendre qu'ils rêvent tous de devenir cadres. Or on est à 15% de cadres pas à 50%. Si on passe à 20% dans les prochaines années ça ne fera toujours pas 50% ! Donc il faut prévenir ces jeunes qu'ils seront employés" déclarait-elle au Café en 2006.

 

L'OCDE ne partage pas cet avis. En se basant sur l'analyse du chômage et de la scolarisation,  B.Ischinger, estime que "rien n’indique que les moins qualifiés sont écartés du marché du travail ; au contraire, tout porte à croire que la tendance inverse s’installe : les moins qualifiés jouissent de meilleures perspectives d’emploi lorsque la scolarisation augmente aux niveaux supérieurs de l’enseignement. Ce phénomène peut s’expliquer par le fait que l’élévation du niveau de formation est favorable non seulement à la croissance, mais aussi à l’égalité des chances sur le marché de l’emploi…

 

Tout ce qui précède donne à penser que les perspectives d’emploi des moins qualifiés dépendent avant tout de la croissance économique et de la hausse de la productivité en général, qu’une offre suffisante de main-d’œuvre hautement qualifiée peut favoriser. Une bonne conjoncture économique suffit donc à compenser plus que largement les éventuels effets d’une mainmise des plus qualifiés sur l’emploi et à générer des avantages positifs pour les moins qualifiés."

Regards sur l'éducation 2007

Inflation scolaire : le dossier du Café

 

 

N’hésitez pas à réagir sur les actualités qui vous interpellent, comme sur la plupart des articles du Café en vous rendant dans le forum correspondant (menu de droite).

Pour pouvoir réagir, il faut préalablement s’être inscrit sur le site et être identifié. À très vite !

 

 

Les orphelins du collège unique.

Les débats sur le collège unique ne sont pas nouveaux et le Président de la République vient d’annoncer à tous les enseignants son souhait de le réformer. Ce que les détracteurs du collège unique ne disent pas, c’est ce qu’ils comptent proposer à tous ceux qui ont du mal à y trouver leur place, soit ponctuellement, soit continûment. Un détour par les pratiques existantes est, comme toujours, éclairant.

 

Par exemple, les dispositifs relais mis en place depuis plus de dix ans ont fait émerger un capital d’expériences, mais aussi montré des limites. La Ligue de l’Enseignement est responsable de 85 ateliers-relais et dispositifs connexes sur les 400 existants en France. Cette formule permet aux enseignants et éducateurs d'utiliser la pédagogie du détour et offre à un jeune retiré provisoirement de sa classe ou de son collège l'occasion de prendre du recul. Ainsi on lui permet de trouver un chemin pour (re-)devenir un élève, s’il est accompagné par des professionnels formés et que la liaison avec les enseignants soit réellement collaborative. Il y a là finalement beaucoup de conditions qui interrogent la réforme du collège : retenons celle, déterminante, du « provisoire » qui donne la perspective au jeune de réintégrer effectivement le collège et à l’équipe enseignante de l’accueillir à nouveau. Que va-t-on proposer demain à celui qui ne pourra entrer en sixième parce qu’il n’aura pas « fait la preuve qu’il ne pouvait suivre l’enseignement du collège ? »

 

Nous pourrions faire des réflexions similaires à propos de l’accompagnement éducatif des orphelins de 16h à 18h. Qui accompagne-t-on ? Seulement les élèves dont les parents sont en mesure de rentrer dans des procédures formalisées ? Qui les accompagne ? Ici des enseignants, là des animateurs sportifs ou culturels, en fonction des opportunités réelles? Qui assure la cohérence globale de l’accompagnement éducatif, au-delà des seuls soucis de rémunération de prestations de service ?

 

Nous pouvons nous appuyer sur des observations faites sur les dispositifs fort nombreux mis en place par l’Education nationale. Ainsi, les enseignants impliqués dans les dispositifs relais sont d’origine diverses (professeurs d'écoles spécialisés, professeurs de collège volontaires, parfois contractuels), ce qui ne favorise pas la mutualisation et l'échange de pratiques, leur capitalisation réelle par l'institution... Les autres enseignants des collèges, recrutés et formés initialement sur des questions disciplinaires, sont parfois laissés dans l’ignorance totale des problématiques adolescentes auxquelles ils sont confrontés tous les jours, des partenaires avec lesquels ils devront ou devraient coopérer… Chacun souffre séparément, alors que le Président de la République appelle justement tous les acteurs à se réunir : « la confiance, la coopération, l’échange, l’esprit de responsabilité doivent régner  ». Nous pensons que c’est souvent dans les marges que se construisent les expériences les plus significatives qui devraient inspirer davantage les politiques publiques.

 

Pour le reste, la Ligue de l’Enseignement, qui refuse l’Ecole du tri social et culturel, qui appelle les citoyens à se mobiliser pour refonder l’école afin qu’elle soit celle de tous, est satisfaite de certaines réflexions inspirées du président de la République : redonner sa place à l’interdisciplinarité ; dépasser l’apprentissage par cœur ; laisser une plus grande place à l’observation, à l’expérimentation, à la représentation, à l’application ; ne pas laisser les enfants enfermés dans leur classe ; dépasser l’opposition entre l’intellectuel et le manuel, entre le corps et l’esprit…

 

Mais il ne suffit pas d'une parole pour guérir de nombreuses blessures et l’enfer peut être pavé de bonnes intentions.

Olivier Masson, chargé de mission « politiques éducatives » à la Ligue de l’Enseignement.

 

 

Revenir au sommaire

 

 

Le système éducatif français vu par l'OCDE

En progrès mais socialement injuste. C'est ainsi que l'on pourrait résumer l'analyse faite par l'Ocde sur le système éducatif français dans la publication "Regards sur l'éducation" de l'OCDE.

 

L'organisation montre les progrès accomplis en France : la proportion de titulaires d'un diplôme de fin de second cycle du secondaire est passée de60 à 80%  si l'on compare les 25-34 ans aux 45-54 ans. Pour les diplômes du supérieur on est passé de 30 à 40%. 

 

Pour autant le système a ses points faibles. Ainsi la France, avec l'Allemagne, l'Autriche et le Portugal, se distingue par la faible proportion de jeunes de milieu défavorisé qui suit des études supérieures. C'est aussi un des pays où l'écart est le plus fort  entre autochtones et descendants de l'immigration pour le niveau scolaire. Alors que certains pays de l'OCDE ne font aucune différence de niveau entre les jeunes (comme l'Australie ou le Canada), la France se distingue par un écart de 20 points  entre ces deux catégories. C'est aussi un des pays où les élèves ont le moins d'ambition scolaire.

 

Sur le terrain budgétaire, les chiffres de Regards sur l'éducation montrent que la France connaît une croissance plus lente de ses dépenses d'éducation que la plupart de ses voisins. En effet les salaires des enseignants  sont nettement inférieurs à la moyenne de l'Ocde, le ratio prof / élèves plus élevé.

 

Interrogé par l'AFP, Bernard Hugonnier, de la direction de l'Ocde, a estimé que les réformes envisagées par le président vont dans le bon sens. Mais l'Ocde se déclare en faveur du collège unique et contre le bac en tronc commun. L'organisation attend également plus d'efficience. Selon ses calculs,  il serait possible d'améliorer les résultats de 22% sans dépenser plus.

Regards sur l'éducation 2007

Dépêche AFP

 

Curieux dérapage dans le Haut-Rhin

"Avez-vous connaissance de scolarisation d'élèves "sans papier" dans      votre établissement ?  Dans l'affirmative, veuillez nous le faire savoir dans la journée". Les directeurs d'école qui ont reçu le 17 septembre ce courriel de l'Inspection académique du Haut-Rhin n'en croyaient pas leurs yeux ! Voilà qu'ils étaient appelés à dénoncer la présence d'enfants sans papier.

 

Contactée par le Café, l'Inspection académique se défend de toute mauvaise intention. Elle plaide "un regrettable dysfonctionnement interne", et convient volontiers qu'il est fort mal venu dans le contexte actuel. Le courriel résulterait de l'initiative d'un bureau "qui a cru bien faire" en lançant une enquête dont la demande "n'a absolument pas été validée par l'IA, le recteur ou le préfet".

 

La diffusion a donc été stoppée, les personnes responsables du bureau ont été convoquées par l'IA, une note a été diffusée en interne aux personnels afin que de tels incidents ne se reproduisent pas. Et un courriel a été envoyé aux directeurs leur demandant de ne pas tenir compte de cette demande.

 

Pour autant les directeurs ne sont pas tous rassurés. Certains ne croient pas en une erreur. D'autres s'inquiètent que dans une institution aussi symboliquement républicaine un tel dérapage ait pu avoir lieu. "Ca fait peur de se dire qu'il n'y a eu personne à l'IA pour se poser la question avant d'envoyer ce courriel", nous confie un instit.

 

Directions : Un arrêté fixe le temps de travail

Résultat des négociations de l'an  dernier, un arrêté fixe le temps de travail des personnels de direction. "Le chef d'établissement organise le service pour lui-même et son adjoint, en recherchant la complémentarité des temps de service… Le service de ces personnels ne peut excéder dix demi-journées par semaine. L'amplitude maximale de la journée de travail est fixée à onze heures. Les personnels bénéficient de quarante-cinq jours de repos, dont vingt-cinq jours de congés annuels et vingt jours de réduction du temps de travail".

Au J.O.

 

Le Snes opposé au tronc commun en lycée