L'Expresso du 12 Novembre 2007 
 

Par François Jarraud

 

LE FAIT DU JOUR

Des lycéens refusent "l'orientation active" et rejoignent le mouvement étudiant

ÉDITORIAL

L'Orientation est-elle utile ?

LE SYSTEME

Primaire : Darcos bouscule les syndicats l Les chefs d'établissement sous le regard de l'Ocde

L’ÉLÈVE

Nos enfants aux Entretiens d'Auxerre l Cancres :paresse ou maladie ? l Elections des parents d'élèves :participation en hausse ?

LA CLASSE

Les conférences du Salon de l'éducation l Les Actes de Lalonde sont parus l Internet et les collégiens l Poids du cartable : Bordas propose la vidéoprojection

CITOYENNETE

L'âge de l'Assemblée l Peut-on juger les fous ?

LES DISCIPLINES

Primaire : la maternelle a de l'avenir l EDD : Après Grenelle, Cognacq-Jay… l Journée mondiale de la philosophie l Professionnel : Assises de l'apprentissage

LES TICE

Sophia :un moteur de recherche intelligent

 

 

Le fait du jour

 

Des lycéens refusent "l'orientation active" et rejoignent le mouvement étudiant

" La FIDL condamne la préinscription obligatoire à l’entrée de l’université. La  préinscription est en réalité le premier pas vers la sélection des étudiants". Le syndicat lycéen a décidé  de rejoindre le mouvement étudiant mardi 13 novembre. Cela pourrait se traduire par des mouvements dans certains lycées. Il dénonce " l’instauration d’une inégalité légale dans l’enseignement supérieur par la loi Pécresse".

 

La semaine qui s'ouvre aujourd'hui devrait être déterminante pour le mouvement étudiant puisqu'il devrait être marqué par de nouvelles occupations d'universités et le blocage des gares le 13 novembre.

 

Adoptée en août dernier, la loi Pécresse a renforcé les pouvoirs des présidents d'université au détriment des représentants étudiants au conseil d'administration. Elle introduit un fort contingent de "personnalités extérieures" dans le C.A. (environ un tiers). Comme la loi autorise également les dons privés aux universités, assortis de crédit d'impôt,il est clair que le gouvernement souhaite encourager les entreprises à financer l'université et pour cela augmente leur représentation au C.A.

 

Les revendications de l'Unef ne s'arrêtent pas au retrait de la loi Pécresse. Les étudiants souhaitent également un budget social plus important pour les étudiants et contestent d'autres mesures gouvernementales comme sa politique migratoire.

La loi Pécresse dans Le Monde

Communiqué Fidl

Communiqué Unef

Sur le Café : orientation active ou sélection sociale ?

 

 

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L'Orientation est-elle utile ?

La question peut sembler curieuse alors que le président de la République a annoncé la création d'un nouveau service d'orientation et que tant de voix et tant de rapports demandent sa réforme et clament son importance. Elle est justifiée par la lecture du rapport remis par le député Frédéric Reiss au nom de la Commission des affaires culturelles et sociales de l'Assemblée.

 

Rarement aura-t-on vu autant d'acharnement à détruire le service  public d'orientation. En effet, le rapport accuse tranquillement à deux reprises (pages 17 et 27) les conseillers d'orientation de paresse ("À la dispersion et à l’illisibilité des missions s’ajoute l’absence de pilotage, qui peut inciter certains COP à penser qu’ils n’ont de comptes à rendre à personne… Ce contexte ne peut que déresponsabiliser des fonctionnaires."). Le rapporteur s'en prend également à la formation même des conseillers d'orientation. Actuellement ils sont obligatoirement détenteurs d'une licence de psychologie. Mais pour F. Reiss, "l’esprit de finesse et le bon sens ne sont pas l’apanage des seules personnes ayant suivi une formation de psychologue…. Un bon relationnel » est suffisant pour décoder les aspirations d’un élève, qu’il soit en difficulté ou non". Le rapporteur conclut en demandant de recruter des conseillers d'orientation détenteurs de n'importe quelle licence mais formés à la connaissance des métiers et des entreprises. "Le métier des futurs conseillers d’orientation", précise M. Reiss,  "doit être centré « sur la mission de faire connaître le monde économique, les entreprises, les formations et leurs possibilités d’insertion professionnelle". Reconnaissant qu'il y a trop peu de conseillers actuellement (un pour 3 550 élèves !), il recommande pour financer le recrutement des nouveaux conseillers de supprimer l'ISO , une  prime perçue par les enseignants du secondaire.

 

Au service de qui le service d'orientation doit-il être ? Pour le rapport il apparaît clairement qu'il doit permettre au tissu économique de trouver la main d'œuvre dont il a besoin. On revient par ce rapport à une conception de l'orientation qui existait avant guerre, qui s'est développée au moment des Trente Glorieuses et qui visait à former la main d'œuvre nécessaire. Cette conception soit considère le salarié comme un pion jetable soit ignore la rapidité des mutations économiques qui rend illusoire de former à vie un salarié. Les parents eux ont bien compris cela, dont toute la stratégie vise à repousser le plus tardivement possible les choix d'orientation.

 

Ce que ce rapport nie c'est d'abord le droit à l'éducation. C'est clairement lisible quand le rapporteur nous explique qu'il n'est pas besoin d'être psychologue pour orienter. Quels parents confieraient l'orientation de leur enfant à un conseiller incapable de le comprendre et ayant même mission de ne pas s'attarder sur le sujet ? Le rapport a d'ailleurs sa solution pour écourter les entretiens d'orientation. C'est l'apprentissage junior, c'est-à-dire l'expulsion de l'école des élèves à problèmes dès 14 ans. Le rapport affirme en toute franchise la réduction du droit à l'éducation.

 

A caricaturer ainsi un service d'intérêt public, la majorité prend le risque de bloquer durablement toute évolution du système éducatif. A preuve la décision de la Fidl, un syndicat lycéen, qui, pour la première fois, invite les lycéens à lutter contre "l'orientation active" imaginée par le même Robien.

Le rapport

 

 

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Primaire : Darcos bouscule les syndicats

C'est à la télévision que le ministre avait annoncé la suppression du samedi matin. C'est dans Le Monde qu'il fait connaître ses nouveaux programmes pour le primaire.

 

Ceux-ci s'appuient sur une conception traditionnelle de l'Ecole. Ainsi il oppose le temps des fondamentaux (avec priorité absolue au français dont l'horaire devrait augmenter) aux activités, comme si celles-ci étaient dépourvues de contenus scolaires (sans parler des compétences sociales). L'accent est mis sur les contenus et sur l'évaluation. Acquis des élèves, enseignants, écoles seront évalués régulièrement sous l'angle de leurs résultats.

 

Pour les élèves en difficulté, le ministre annonce un stage de remise à niveau au cours moyen et l'utilisation des 2 heures libérées du samedi matin pour accueillir de petits groupes d'élèves. Moyennant quoi le ministre promet de diviser par trois l'échec scolaire.

 

L'annonce définitive du programme pourrait intervenir au moment de la publication de l'enquête Pirls afin de justifier aux yeux des parents les aspects les plus traditionalistes de ce texte.

 

Le Snuipp estime que cette "annonce précipitée jette le trouble une nouvelle fois  sur les conditions du dialogue social… Le SNUipp met en garde le ministre sur la nécessité d'engager des discussions sur des bases rigoureuses, transparentes et respectueuses des partenaires sociaux".

Article du Monde

 

Les chefs d'établissement sous le regard de l'Ocde

Comment sont définies les directions d'établissement scolaire en France et comment devraient-elles évoluer ? A cette demande de l'OCDE, l'inspecteur général Jean-Pierre Obin répond dans un rapport qui souligne les caractères particuliers du système français.

 

Les trois quarts du rapport s'attachent à décrire, de façon remarquable, l'histoire de ces fonctions aussi bien au primaire qu'au secondaire. Le dernier quart, qui concerne la crise actuelle des directions et propose des recommandations, suscitera sans doute quelques agacements.

 

D'abord dans le constat des difficultés actuelles. J.-P. Obin dresse le constat d'une crise de civilisation : les jeunes ne considèrent plus le travail comme une "identité positive", on observe " plus en plus souvent dans beaucoup d’établissements une « ethnicisation » de la vie scolaire, un surgissement chez certains adolescents d’identités de substitution, infra-politiques et régressives, et « bricolées » à partir d’éléments disparates comme le lieu d’habitation, une mode musicale ou vestimentaire, l’origine nationale ou ethnique, la couleur de la peau, la religion, etc", cela sous la pression de la mondialisation et de l'Europe… Pire encore, le rapporteur souligne "la crise de l'autorité " : "la permissivité et le libéralisme éducatifs, la dé-légitimation de toute forme de contrainte sur les enfants, la définition de « droits de l’enfant » dont certains ont davantage pour but de l’émanciper des adultes que de le protéger, ont semé le doute et le désarroi chez nombre de parents et d’éducateurs. L’idéologie antiautoritaire qui, des années soixante aux années quatre-vingts, a régné en maître sur la pédagogie universitaire comme sur la psychologie pratique à l’usage des parents, a eu pour conséquence l’absence de transmission des règles, des repères et des valeurs entre deux générations". Internet est venu aggraver, aux yeux de J.P. Obin, cette crise de l'effort.

 

On ne sera donc pas surpris que la conclusion du rapport recommande de renforcer l'autorité des chefs d'établissement et des directeurs. L'efficacité pédagogique de ce renforcement n'est pas mise en doute par l'auteur. Pour l'assurer il préconise trois mesures :

"- L’évaluation des dirigeants eux-mêmes, avec ses conséquences sur leurs carrières, pourrait être davantage centrée sur les résultats éducatifs et cognitifs des élèves que sur les modes de gestion des moyens.

- Leurs référentiels de métier et leur formation pourraient être recentrés sur leur responsabilité pédagogique et éducative, et les tâches de gestion logistique et financière déléguées à des collaborateurs spécialisés.

- L’évaluation des enseignants pourrait être réformée, en remplaçant le dispositif formel de notation par une véritable évaluation qualitative débouchant sur des conseils, de l’aide et de la formation, à partir d’une pluralité de regards, dont celui du dirigeant local". Cela implique, dans le primaire, de venir à bout de résistances syndicales qui sont présentées comme contradictoires avec les vœux des directeurs…

 

Enfin, J.-P. Obin souhaite le rapprochement de l'école et du collège. "