L'Expresso du 15 Novembre 2007 
 

Par François Jarraud

 

LE FAIT DU JOUR

Darcos publie le cahier des charges de sa réforme du primaire

ÉDITORIAL

108 heures

LE SYSTEME

Les conseillers d'orientation défendent l'accompagnement individualisé ! Dubet : L'école juste doit exiger le socle l Belgique ; un décret pour imposer la mixité sociale

L’ÉLÈVE

Le concours Jeunes testeurs

LA CLASSE

L'Espace école au Salon de l'éducation l Essonne : 6ème monde

CITOYENETE

Une nouvelle loi contre la corruption

LES DISCIPLINES

Histoire –Géo : Les cartes animées de France 5 l EDD : La Nina se renforce l EDD : Les outils de la Fondation polaire l EDD : Quand le changement climatique perturbe le cours… l ST2S : Le Japon met sur le marché des vaccins contre le H5N1 l Professionnel : les 39èmes Olympiades des métiers

LES TICE

Failles dans Windows

 

 

Le fait du jour

 

Darcos publie le cahier des charges de sa réforme du primaire

"La première étape de cette nouvelle ambition sera de diviser par trois, d’ici la fin de cette mandature, le nombre d’élèves en situation d’échec lourd. C’est le premier objectif de ce projet pour l’Ecole primaire". En publiant, le 14 novembre, le "document d'orientation" pour les nouveaux programmes de l'école primaire, Xavier Darcos n'évite pas l'ambition du progrès rapide et massif dans l'école.

 

Pour atteindre, en moins de 5 ans, cet objectif il envisage plusieurs outils. En premier lieu, il souhaite diviser par deux le nombre des redoublements: de 18% ils passeraient à moins de 10%.  Pour le ministre, il est clair que "le redoublement précoce n’a aucun impact positif sur la poursuite de la scolarité d’un élève", une affirmation que la recherche ne peut que confirmer.

 

L'autre moyen c'est le renforcement des fondamentaux et prioritairement du français. X. Darcos oppose "deux temps de l’école : le temps de la transmission des savoirs au service de l’acquisition par tous les élèves des apprentissages fondamentaux et le temps de l’accompagnement éducatif" ces derniers "empiètent trop sur les contenus fondamentaux.

 

Le dernier outil c'est le pilotage par l'évaluation. Deux évaluations nationales seront imposées au milieu de l'année en CE1 et CM2. "Les progrès accomplis par les élèves et mesurés par ces évaluations constitueront le véritable indice de réussite de la politique scolaire". L'évaluation des enseignants intégrera les résultats de leurs élèves. Le ministre écrit même cette phrase assez curieuse : "L’évaluation des professeurs des écoles doit être redéfinie : pour ne plus s’attacher seulement à la méthode pédagogique de l’enseignant mais intégrer les progrès des élèves" comme si l'école n'était qu'une machine à instruire...

 

Les élèves en difficulté bénéficieront de travaux en petits groupes, à l'écart de leurs camarades, durant les deux heures hebdomadaires libérées (celles du samedi matin). "il sera proposé à tous les élèves présentant en fin d’école primaire de grandes difficultés dans la maîtrise du langage, de la lecture ou de l’écriture, un stage de remise à niveau entre la fin du CM1 et le commencement de la scolarité au collège".

 

Enfin, l'école maternelle devrait être elle aussi réformée. "Il faut donner à l’école maternelle un programme qui respecte mieux sa spécificité en matière pédagogique". Il rejoint là aussi une demande du HCE.

 

Le Snuipp a réagi à ces propositions en estimant que "l'ensemble des propositions ministérielles, en l'état, apparaissent comme peu crédibles".  Le Snuipp critique particulièrement le renforcement du français. "La notion de priorité absolue à l'apprentissage de la langue française ne   risque-t-elle pas de se traduire par la diminution de l’enseignement des mathématiques, des sciences, de l'éducation artistique, de l'EPS, de l'histoire – géographie ?... L'absence de référence aux RASED, à la formation continue et aux dispositifs de classe passerelle et de scolarisation de moins de trois ans est inquiétante".

 

Cette feuille de route semble à la croisée de plusieurs influences. On y retrouve d'abord celle du rapport du HCE : la nécessité de lutter contre l'échec scolaire, de recadrer l'enseignement en maternelle et de lutter contre les redoublements. On y voit aussi celle de l'accountability américaine : des batteries de test permettent d'observer les résultats des écoles et, par suite, obligent les établissements à s'améliorer et particulièrement ceux qui ont les publics les plus défavorisés. Pour cela ils organiseront des renforcements en petits groupes. Malheureusement on peut craindre qu'une vision aussi simpliste n'apporte pas les réponses attendues.  Il ne suffira pas plus de retenir plus longtemps à l'école certains élèves pour qu'ils améliorent leurs résultats que de mettre en place des batteries de tests, pour assurer une éducation de qualité.  Le document va maintenant servir de base à des échanges entre les acteurs de l'Ecole. Souhaitons qu'ils y introduisent le mot "éducation" .

Le document d'orientation (en pdf)

Surle Café : le rapport du HCE

Sur le redoublement

Communiqué Snuipp

 

 

N’hésitez pas à réagir sur les actualités qui vous interpellent, comme sur la plupart des articles du Café en vous rendant dans le forum correspondant (menu de droite).

Pour pouvoir réagir, il faut préalablement s’être inscrit sur le site et être identifié. À très vite !

 

 

108 heures

C’est le volume annuel dégagé par la suppression du samedi matin. A quoi servira-t-il ? La réponse devrait être trouvée dans les deux mois à venir, si on en croit la déclaration d’intention signée entre le ministère, le SNUipp, le SGEN et le Se-Unsa.

 

Le ministère affiche sa volonté : renforcer les moyens destinés aux 15% des élèves les plus en difficulté, pour diviser par trois le nombre d’élèves en échec…

 

Comment ? En s’organisant localement, en s’appuyant sur la « liberté pédagogique, l’autonomie, la responsabilité des équipes, l’évaluation des élèves ». On parle de « plus de maîtres que de classes », mais surtout, une fois de plus, d’évaluation. Des élèves, mais aussi des enseignants. Reprenant un discours désormais tracé au cordeau, le ministre tient aux enseignants un langage simple : une fois les difficultés des élèves évaluées, au CE1 et au CM2, utilisez les méthodes que vous voulez, mais faites les progresser : on vous évaluera là-dessus.

 

Que les causes de l’échec soient largement sociales, que les écoles aient besoin de l’appui de RASED, le ministre n’en parle pas. Repérez, remédiez, évaluez, le triptyque de la modernité ?

 

Mais pourra-t-on sortir « par le haut » ? Les personnels, dont beaucoup osent dire que leur principale préoccupation est de « travailler moins », tant certains aspects du métier leur pèsent, sont-ils prêts à jouer un « gagnant-gagnant » : moins d’heures de classe, mais plus pour les enfants qui ont le plus besoin de l’Ecole ?

 

Une fois de plus, on serait plus optimiste si on sentait les hiérarchies intermédiaires en capacité d’impulser, de donner confiance, de coordonner, de tracer la route. Là où cela existe, nul doute qu’on trouvera des équipes prêtes à « jouer le jeu ». Après tout, est-il incompatible de préparer une grève du 20 novembre, qui s’annonce très forte, et de réfléchir à des solutions concrètes pour aider ceux qui sont dans les classes, des deux côtés du bureau… ?

 

Patrick Picard

 

 

Revenir au sommaire

 

 

Les conseillers d'orientation défendent l'accompagnement individualisé

"Les acteurs économiques et politiques voudraient aboutir à une gestion bien ordonnée de l’orientation où les sujets iraient d’eux-mêmes là où l’économie – pour un temps – les attend…" L'Association des conseillers d'orientation psychologues (ACOP) réagit au rapport Reiss.

 

Pour elle, " le rapport de M. Reiss, qui vise à démanteler le réseau des CIO et à vider de sa substance la fonction de conseiller d'orientation-psychologue, oublie la dimension humaine et intime des choix. Ce dont les jeunes et leur famille ont besoin, c'est d’un accompagnement individualisé, et non uniquement d’informations sur les métiers". Une information que des services marchands ne manqueront pas de facturer aux familles…

Communiqué

Surle Café,le rapport Reiss

 

Dubet : L'école juste doit exiger le socle

"En France, nous sommes écrasés par la nostalgie, par le discours sur la baisse du niveau... C’est un peu comme si, au fond, on avait tous dans la tête une sorte d’école d’autrefois, de lycéens savants, de collégiens vertueux, etc, et qu’on ait oublié qu’à cette époque, il y avait seulement 10% de lycéens, 40% de collégiens et qu’on est passé à 100% de collégiens et quasiment à autant de lycéens. Par conséquent, il faut renoncer à cet imaginaire." François Dubet ouvre un important dossier sur le socle commun dans Les Dossiers de l'enseignant, la revue du Se-Unsa.

 

Défenseur du socle il demande un recadrage del'école. "Jusqu’ici, l’École française attend tout et n’exige rien. Moi je préfèrerais une École qui attende beaucoup moins mais qui exige ce qu’elle attend… On attend que les gamins aient un sens littéraire très développé. En attendant, on n’exige pas qu’ils sachent tous lire et écrire convenablement. Il y a quand même un problème... Si on considère qu’il est impératif d’avoir cette maîtrise de la langue, il faut y consacrer du temps. Cela veut dire qu’on va sacrifier des choses. Je ne vois pas au nom de quoi, depuis des années, on charge la barque de l’École. Elle n’est pas chargée de tout apprendre, de tout faire. Ce n’est pas le rôle de l’École de créer un monde juste ou de susciter le développement économique. La vocation de l’École, c’est d’être une bonne École et d’être une École juste".

Dossiers de l'enseignant

 

Belgique : un décret pour imposer la mixité sociale ?

Le décret "inscription" est publié et entrera en application fin novembre dans la Communauté française de Belgique. Dans ce pays où la constitution garantit le libre choix de l'école, l'absence de carte scolaire favorise la ségrégation sociale.

 

Le décret inscription est une réponse à cette situation. Il oblige les établissements à inscrire les élèves par ordre d'arrivée. Ils ne peuvent donc plus choisir leurs élèves. Chaque établissement peut cependant passer un accord de jumelage avec une école,précise le site enseignons.be.

Sur Enseignons.be