L'Expresso du 7 Février 2008 
 

Par François Jarraud

 

LE FAIT DU JOUR

Primaire : Darcos a réuni les IEN

ÉDITORIAL

Pochard : Affronter ou adopter ?

LE SYSTEME

Au Sénat, Marcel Pochard persiste et signe l Samedi matin : deux syndicats signent l'accord l L'adjoint : un objet pour Education & Management.

L’ÉLÈVE

Primaire : 10% des élèves en stage de rattrapage en CM1 et CM2 l Le bac adapte l'épreuve de langues du bac au handicap l Infosup Ile-de-France l Le coup de pouce régional l Le Prozac autorisé pour les enfants

LA CLASSE

Note 2 Be, le site qui énerve les profs l Internet au service des inspecteurs

LA RECHERCHE

Orientation : acte administré ou acte pédagogique ? 

CITOYENNETE

Des éducateurs contre les EPM

LES DISCIPLINES

Maths : Vers la généralisation de l'épreuve expérimentale au bac S l Enseigner la géographie aujourd'hui l EDD : Quel prix pour la biodiversité ? l SVT : 1040 photos pour le prof

 

 

Le fait du jour

 

Primaire : Darcos a réuni les IEN

Xavier Darcos a ouvert hier 6 février un cycle de trois rencontres d’un nouveau type : les IEN (inspecteurs de l’Education nationale, responsables de circonscription du premier degré) étaient convoqués à la Sorbonne pour une communication.

 

Si aucune déclaration nouvelle n’a été faite, les discours tenus ont confirmé les annonces qui devraient être faites dans les prochaines semaines sur le primaire.

 

L’utilisation des deux heures de temps libéré par le samedi matin a été présentée, conformément au protocole désormais signé avec le SGEN-CFDT et le SE-UNSA. Les IEN « valideront les dispositifs, mais confiance doit être faite au terrain ». Les dispositifs d’aide mis en place devraient ressembler au PPRE, notamment par un contact fort avec les parents.

 

Concernant  les programmes, la DGESCO a confirmé le recentrage sur le lire, écrire, compter au cycle II, un enseignement resserré autour du Socle au cycle III. Des programmes annuels sont annoncés, dont le projet mis en ligne prochainement devrait faire l’objet de concertation.

 

Les évaluations de CE1 et CM2, annoncées comme « diagnostiques », seront passées à des dates  identiques partout en France (printemps au CE1, janvier au CM2). Les résultats, qui devront être transmis aux départements et au ministère par un nouveau logiciel, seront bien rendus publics. L’évaluation en 6e sera maintenue.

 

Répondant à quelques questions, le ministre a confirmé qu’il s’apprêtait à «rafraîchir » les missions des RASED, et à renforcer la mise en place des « réseaux d’école », sujet sur lequel l’inspection générale réfléchit. Enfin, le statut du directeur et de l’établissement du premier degré, doté d’une autonomie financière, a été évoqué.

 

Gageons que les discussions de retour entre IEN ont du être animées, notamment de tout ce qu’ils n’ont pu dire publiquement…

P.Picard

 

 

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Pochard : Affronter ou adopter ?

Baffe sur le parent d'élève, torgnoles sur les élèves. L'ambiance semble se dégrader peut-être un peu plus qu'un mois de février ordinaire. Est-ce pour cette raison ? Rarement la profession aura été autant sur la défensive qu'actuellement. Après des mois de "Robineries" plus urticantes les unes que les autres, les enseignants encaissent une réduction drastique des postes et maintenant une série de rapports qui attaquent tous l'existant. Parmi ceux-ci le rapport Pochard a une particularité : il n'a pas recueilli pour l'instant que des jugements négatifs. C'est peut-être parce que, si certaines dispositions sont de véritables casus belli, d'autres s'appuient sur des travaux sérieux. A nous de tenter le tri.

 

Faut-il accorder plus d'autonomie aux établissements scolaires ? Le rapport préconise d'aller assez loin en ce sens en donnant la possibilité aux établissements d'adapter le  curriculum et de disposer d'un volant de gestion de la DHG (10%). L'établissement autonome est-il plus efficace ? Oui répondent les chercheurs qui mettent en avant une meilleure adaptation de l'enseignement au public scolaire. Mais, affirmait N. Mons dans un article publié par le Café, "tout dépend concrètement du dispositif mis en place. Si l’autonomie pédagogique est associée quand elle suit certaines organisations à de meilleurs résultats des élèves, le transfert de nouvelles responsabilités aux chefs d’établissements dans les domaines budgétaires ne semble pas directement en lien avec les apprentissages. Si l’autonomie peut être bénéfique en termes d’efficacité, par contre, cette recherche montre que c’est l’organisation centralisée (programmes nationaux, recrutements centralisés, certification nationale…) qui est associée aux inégalités scolaires et sociales les plus faibles. Il est donc crucial de créer une régulation nationale qui permette à la fois d’offrir plus de flexibilité et d’encadrer l’autonomie des établissements, de façon à ne pas créer un système à plusieurs vitesses". Il faudrait donc veiller au bon équilibre entre Etat, collectivités locales et établissement. Si on ne le fait pas on risque d'accroître rapidement les inégalités. Résultat plusieurs pays européens qui avaient décentralisé sont en train de renforcer la place de l'Etat ( Angleterre, Hongrie par exemple).

 

Faut-il renforcer le rôle du chef d'établissement ? Le rapport préconise de lui donner un droit de regard sur l'embauche, de lui faire évaluer les enseignants et impulser les choix pédagogiques. On sent derrière ces recommandations le modèle du leader capable de faire marcher l'établissement par son propre rayonnement. Et le rapport évoque sans cesse "l'effet chef d'établissement".  Le problème c'est que celui-ci n'est pas démontré. Le succès des établissements privés est souvent associé au fait qu'ils disposent de chefs d'établissement qui ont des pouvoirs bien plus larges que leurs homologues du public. Or ce que montre la thèse récente de M. Hassani, c'est qu'ils se distinguent de leurs collègues par un niveau d'intervention dans la vie de l'établissement beaucoup plus bas. Pour M. Hassani, bien loin d'être les patrons omniprésents que l'on imagine parfois, ils appartiennent  majoritairement au modèle "individuel laissez-faire" c'est-à-dire qu'ils interviennent pédagogiquement très peu dans leur établissement.  Les travaux sur les chefs d'établissement (Anne Barrère par exemple) mettent aussi en évidence leurs résistances à endosser un costume de manager. Là aussi s'il faut sans doute mieux encadrer les enseignants, ce sera plus compliqué que le simple renforcement des pouvoirs du chef d'établissement.

 

Elargir la mission des enseignants est évidemment une nécessité. De fait la démocratisation du système éducatif l'impose. Il faut reconnaître le travail d'orientation, de conseil des élèves et des parents. Il faut aussi assurer du temps au fonctionnement des équipes si l'on veut qu'elles existent. Le rapport propose d'élever le service à 22 heures avec une rémunération supplémentaire payée en HSE. Il ne dit pas si les profs peuvent valablement empiler des heures…

 

Les autres aspects concernent la carrière. Le rapport  défend l'idée d'élargir le recrutement social des profs, rejoignant ainsi une préoccupation que P. Perrenoud avait émise il y a déjà longtemps. Il propose aussi de modifier les concours de  recrutement, voire de distinguer concours et affectation. Le libre choix du chef d'établissement est-il susceptible de hisser le niveau ? On ne le sait pas.

 

Le dernier point que nous relèverons ici semble tenir à cœur à M. Pochard.  C'est l'annualisation. Au Sénat, Marcel Pochard a encore plaidé pour la souplesse qu’une telle mesure apporterait. Il estime que le travail en équipe n’est pas suffisamment pratiqué et qu’il y aurait tout à gagner à définir clairement un temps de présence supplémentaire de 2 à 5 heures, organisé dans l’établissement et rémunéré. Il a encore défendu l'idée de l'annualisation. Il est clair que cette mesure jetterait dans la rue des milliers de  professeurs.  L'annualisation aboutirait à les faire travailler gratuitement. Ce serait une belle mesure de gestion mais une belle erreur politique. Entre ces deux pôles, dans une atmosphère de revanche sociale, de quel côté penchera X. Darcos ? Comment mener une réforme sans avoir à distribuer ?

 

 

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Au Sénat, Marcel Pochard persiste et signe

L’audition au Sénat du 6 février fut pour Marcel Pochard l'occasion indirecte de tenter d’amener les enseignants à considérer moins négativement les réflexions de la commission qu'il présida et les perspectives ouvertes par son rapport. En présentant le livre vert sur l'évolution de la condition enseignante aux membres des commissions des affaires culturelles et des finances, il prit soin de souligner les réticences des enseignants et de répondre du mieux possible aux critiques rapportées dans la presse.

Lire le reportage de F. Solliec

 

Samedi matin : deux syndicats signent l'accord

Le Café annonçait dès le 5 février le contenu de l'accord proposé par le ministre sur les modifications de service liées à la suppression des heures du samedi matin. Un communiqué ministériel annonce le 6 que deux syndicats, le Se-Unsa et le Sgen-Cfdt , ont signé un "relevé de conclusions" avec le ministre conforme au projet ministériel.  " Au-delà des 24 heures hebdomadaires d’enseignement à tous les élèves, les 108 heures annuelles que doivent effectuer les enseignants sont réparties, selon les modalités suivantes :

- 24 heures de travaux en équipes pédagogiques et relations avec les parents, intégrant l’élaboration et le suivi des projets personnalisés de scolarisation pour les élèves handicapés ;

-18 heures d’animation pédagogique et de formation ;

- 6 heures de conseil d’école obligatoire ;

- 60 heures consacrées à des actions directes auprès des élèves concernés et au temps d'organisation correspondant, ou à des interventions en petits groupes, par exemple en maternelle. Dans le cas où ces actions ne mobiliseraient pas tout ce temps pour un enseignant, les heures disponibles seront consacrées à renforcer le temps de formation hors la présence des élèves".

 

Le Sgen juge positivement ce texte car "l'objectif visé, l'aide aux élèves rencontrant des difficultés d'apprentissage, est judicieux. Le contenu de l'aide proposée, prise en charge individualisée ou en petits groupes ainsi que l'augmentation du temps dédié au travail d'équipe, constituent une évolution importante de la conception du métier enseignant. La part d'initiative importante confiée aux équipes enseignantes pour définir les modalités de leur action est un facteur essentiel de réussite du dispositif".

 

La Fcpe manifeste, elle, son hostilité à ce texte. "Elle réaffirme son opposition à une diminution du nombre d’heures annuelles de classe pour les élèves. Selon le ministre, la suppression du samedi matin à l’école sera compensée par la répartition des deux heures correspondantes sur le reste de la semaine pour aider les élèves en grande difficulté. La FCPE exige le maintien des 936 heures pour tous avec des rythmes respectueux des enfants et un soutien scolaire adapté aux difficultés des enfants. Ce dont les enfants ont besoin, ce n’est pas de moins d’Ecole mais de mieux d’Ecole !"

Communiqué Sgen

L'Expresso du 5 février

 

L'adjoint : un objet pour Education & Management