L'Expresso du 15 Février 2008 
 

Par François Jarraud

 

LE FAIT DU JOUR

Le plan Darcos pour la banlieue

ÉDITORIAL

La banlieue laissée en plan

LE SYSTEME

Shoah : Une instruction inapplicable l Primaire : La réforme du primaire au programme aujourd'hui l Note2Be sous la pression l Accompagnement éducatif : Darcos s'engage l Grève en Ile-de-France le 15 février.

LA CLASSE

La rentrée 2008 sera aux couleurs de l'Europe l Réviser avec des cartes mentales l 1er Forum des enseignants innovants : date limite 22 février

LA RECHERCHE

La professionnalité enseignante en RAR  l Journée ThemaTIC 2008

LES DISCIPLINES

Français : Simone de Beauvoir l Radio Classique Lycéens

 

 

Le fait du jour

 

Le plan Darcos pour la banlieue

Fadela Amara et Xavier Darcos ont présenté à la presse le 14 février leur plan "Dynamique avenir banlieue". Il s'organise autour de 9 points.

 

Quatre points concernent l'offre scolaire. L'éducation nationale fera appel à l'enseignement privé qui "a fait la preuve de sa capacité à accueillir des publics très divers… et à leur proposer une pédagogie et un encadrement permettant de renouer avec la réussite scolaire". Un fonds spécial alimenté par l'éducation nationale permettra l'ouverture à la rentrée 2008 de 50 classes. Cette offre est faite "à côté d'autres propositions comme celle de Gabriel Cohn-Bendit". D'autre part face à la ghettoïsation, le ministre mènera une double politique : le "busing", c'est-à-dire la dispersion des élèves en les transportant dans d'autres établissements, pour une cinquantaine d'établissements; la destruction et reconstruction ailleurs pour d'autres. Des "filières d'excellence" seront ouvertes dans une trentaine d'établissements  dès la rentrée 2008. Il s'agira de filières artistiques (classes à horaires aménagés), de sections internationales ou encore de lycées des métiers. La liste des établissements a été diffusée par le ministère. Enfin le ministre veut augmenter le nombre de places en internat : doublement durant l'année scolaire prochaine.

 

D'autres mesures assistent les élèves dans leur quotidien : d'une part l'accompagnement éducatif, élargi à 5 000 écoles primaires à la rentrée, d'autre part la création d'une banque de stages,opérationnelle en 2009, pour lutter contre la discrimination dans l'accès aux stages.

 

Un dernier volet concerne les jeunes non scolarisés. 4 000 places seront crées dans les écoles de la seconde chance d'ici la rentrée 2009. L'ensemble devrait représenter environ 200 millions pour deux ans.

 

Les syndicats ont réagi négativement à ces annonces. Le Se-Unsa y voit "un  renoncement à la réussite de tous sur le plan éducatif…  Le gouvernement  confirme qu’il limite son projet à la seule promotion d’une poignée de jeunes. La diversification du recrutement des élites est privilégiée. Quant à la réussite de la démocratisation de notre école, elle devra attendre". Le Se-Unsa dénonce aussi le financement accru du privé : "L’aide financière promise aux établissement privés – présentés comme des modèles - qui ouvriraient des classes dans les banlieues,  sonne comme une provocation, alors que le service public se débat seul et avec de moins en moins de moyens depuis plus de vingt cinq ans dans les quartiers difficiles". Le Snes, dans une déclaration à l'AFP,  juge "intolérable" qu'on augmente le financement du privé.

Le communiqué ministériel

Communiqué Se-Unsa

 

 

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La banlieue laissée en plan

Peut-on mener une politique sociale sans moyens ? C'est ce que Fadela Amara et Xavier Darcos voulaient faire croire,  jeudi 14 février, en présentant à la presse le plan, pardon "la dynamique Espoir banlieues".

 

Il est vrai que le plan prend en compte la dimension géographique des inégalités sociales quand il propose la destruction – reconstruction de certains collèges hors du quartier ou le busing des élèves, ou encore quand le plan envisage de financer des transports en commun.  La mobilité géographique qui découlera de ces mesures pourrait être un élément individuel de réussite. Pour autant ces mesures ont-elles une portée sociale ?

 

La mobilité géographique ne saurait remplacer la mobilité sociale. Les mesures envisagées, par exemple les 5% Cpge, les filières d'excellence, visent plus à créer une petite "élite" en banlieue qu'à avoir un effet d'entraînement sur tous les jeunes. Nombre d'établissements  de banlieue ont déjà développé des filières prestigieuses. Cette politique facilite le maintien dans l'établissement d'enfants issus de milieu plus favorisé mais à condition qu'ils soient scolarisés dans une classe d'excellence.  Autrement dit elle ajoute aux formes de relégation externes à l'établissement une dernière discrimination interne. La création de nouveaux établissements privés accentuera ces discriminations en écrémant davantage les classes des établissements du quartier.

 

La banlieue a moins besoin qu'on flatte ses éventuelles élites qu'on scolarise correctement sa base. Rappelons quelques traits de ces quartiers : le très fort nombre de jeunes qui décrochent, quittent l'Ecole sans qualification : la France est le second pays de l'Ocde pour le pourcentage  de ces jeunes qui n'ont ni formation, ni travail;  les redoublements accumulés dès l'école primaire; le mauvais état sanitaire des écoliers. C'est dans les premières années de la scolarité que l'écart se creuse entre écoliers. Et c'est donc là qu'il faudrait agir pour améliorer le niveau de tous. Et non au sommet pour exfiltrer les meilleurs. 

 

 

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Shoah : Une instruction inapplicable

"J'ai demandé au gouvernement, et plus particulièrement au ministre de l'Education nationale, Xavier Darcos, de faire en sorte que, chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d'un des 11.000 enfants français victimes de la Shoah" a déclaré le 13 février, Nicolas Sarkozy. "Les enfants de CM2 devront connaître le nom et l'existence d'un enfant mort dans la Shoah. Rien n'est plus intime que le nom et le prénom d'une personne. Rien n'est plus émouvant pour un enfant que l'histoire d'un enfant de son âge, qui avait les mêmes jeux, les mêmes joies et les mêmes espérances que lui". Cette mesure a été confirmée par X. Darcos qui a chargé l'inspectrice générale H. Waysbord-Loing de la mettre en œuvre.

 

Mais cette décision suscite une vague d'opposition. Plusieurs psychiatres soulignent les risques pour les enfants. "Est-ce qu'on peut leur imposer le nom d'un enfant mort? Cela risque plutôt de les accabler, de les affoler, ils vont se demander de quoi ils sont dépositaires. Et au bout du compte, on n'atteindra pas le but recherché. En soi, c'est une idée plutôt belle et poétique, mais imposée de la sorte sans condition préalable et sans véritable accompagnement, cela me semble dangereux" a déclaré à Libération Claire Meijac; propos qui sont confirmés par plusieurs de ses collègues. .

 

Interrogée par le Café, la Fondation pour la mémoire de la Shoah, qui n'a pas été consultée, met en doute son intérêt historique. " Nous sommes confiants dans la capacité du Ministère de l’Education nationale à mettre en œuvre la proposition du Président de la République, en accord avec les enseignants et avec le souci constant de ne pas heurter les différentes sensibilités", a déclaré Anne-Marie Revcolevschi, Directrice générale. "L’enseignement de l’histoire reste au cœur de la transmission de la mémoire. Cette mémoire ne peut s’imposer, et elle se développe grâce à l’acquisition progressive des connaissances historiques". Ainsi la Fondation a davantage attiré l'attention des enfants vers les enfants cachés car leur histoire est formatrice.

 

C'est dire que l'intervention du président interroge sur sa pertinence. Qui doit proposer des programmes officiels ? Quelle place pour les experts ? Comment appeler un régime où le chef de l'Etat rédige lui-même les programmes scolaires ?

 

Le Se-Unsa s'est déclaré "particulièrement choqué de cette initiative du Président de la République, qui ignore tout de la façon dont un jeune se construit. Faut-il que chaque enfant de 10 ans se voie désormais personnellement chargé d’un lourd parrainage posthume? Si les effets éducatifs de cette démarche sont plus que sujets à caution, a-t-on réfléchi à l’impact psychologique possible sur les élèves? " Le Snuipp souligne le risque pour la santé de l'enfant. Le Sgen proteste contre les "injonctions" du président.

Communiqué SeUnsa

 

Primaire : La réforme du primaire au programme aujourd'hui

Le président de la République évoquera aujourd'hui à 12 heures, à Périgueux, où il accompagnera Xavier Darcos, la réforme de l'enseignement primaire.

 

Note2Be sous la pression

"Saisie de 17 plaintes et de plus de 160 signalements relatifs au site internet « note2be.com », précise la Cnil (Commission nationale Informatique et libertés) dans un communiqué, la CNIL a "effectué en urgence, en vertu de l’article 44 de la loi « informatique et libertés », un contrôle sur place le mercredi 13 février" dans les locaux des responsables du site. "L’instruction de ce contrôle est actuellement en cours et permettra d’apprécier la conformité de ce site au regard de la loi « informatique et libertés »". Le verdict de la Cnil sera rendu le 6 mars. Le site était accessible de façon intermittente jeudi soir.

 

De son côté, le Snes annonce qu'il a saisi en référé la justice pour "trouble à l'ordre public". A noter qu'en Allemagne et aux Etats-Unis, les poursuites engagées contre des sites similaires ont échoué.

 

Enfin, en France, le site Citycampus, destiné aux étudiants, vient de lancer un service de notation de cours. Le nom de l'enseignant n'apparaît pas mais il ne doit pas être très difficile à identifier. Citycampus écrit d'ailleurs : "Pouvoir donner ouvertement son opinion sur un prof c'est un tabou qu'il faut briser pour faire avancer l'éducation".

Communiqué Cnil

Communiqué Snes

Citycampus

 

Accompagnement éducatif : Darcos s'engage

Le ministre s'est-il avancé en affirmant au Monde qu'il s'agissait d'un "cafouillage local" ? Des témoignages venant d'autres établissements sont arrivés au Café évoquant des faits similaires (arrêt des heures d'accompagnement éducatif faute de crédits).

 

Interrogé lors de la conférence de presse sur le plan banlieue, Xavier Darcos a promis qu'il réglerait tous les problèmes. "Si les principaux sont en difficultés qu'ils m'appellent directement. Je ferai le nécessaire" a promis le ministre.

 

Dans le plan banlieue, X. Darcos a maintenu l'objectif d'un accompagnement éducatif dans toutes les écoles prioritaires ( 5 311 écoles) dès la rentrée 2008.