L'Expresso du 30 Avril 2008 
 

Par François Jarraud

 

LE FAIT DU JOUR

X. Darcos publie les nouveaux programmes du primaire

ÉDITORIAL

La nouvelle école de X. Darcos

LE SYSTEME

Les réactions aux programmes du primaire l Primaire : Darcos, le déclinologue l Primaire : Combien de postes à Lille ?  l Forte mobilisation lycéenne et enseignante l Québec : Des moyens pour le nouveau plan violence.

L’ÉLÈVE

L'apprentissage à Versailles l J'aime lire soutient les bibliothèques de rue d'ATD l Une loi d'orientation pour l'enfance l Opération savoir nager

LA CLASSE

Le climat, ma planète et moi

LA RECHERCHE

L'ordinateur est-il bon pour les enfants ?

CITOYENNETE

Expulsion d'enfants tchétchènes scolarisés  l Les secrets de l'isoloir

LES DISCIPLINES

S.E.S. : L'Apses renconre le cabinet l Arts : Les belles chaises 2008 l Lettres : Des outils dans les Dossiers IE

 

 

Le fait du jour

 

X. Darcos publie les nouveaux programmes du primaire

"Je ne serai pas le ministre qui cède, je serai le ministre qui va au bout des réformes". C'est sur un ton très combatif que Xavier Darcos a présenté, le 29 avril, le projet de programmes du primaire qui sera présenté au Conseil supérieur de l'éducation, autrement dit, le texte très probablement définitif.

 

Après avoir tracé un portrait très sombre de l'Ecole, il est revenu, tout au long de son discours, sur les critiques portées sur son projet, dénonçant ses contradicteurs en fossoyeurs de l'Ecole. "On me dit que les programmes rédigés entre 1998 et 2002 n'avaient pas encore fait leur preuve" s'est exclamé le ministre. "Comme s'il fallait encore sacrifier quelques générations scolaires de plus pour avoir l'assurance définitive de l'échec d'une certaine pensée scolaire ! Cette pensée, celle du pédagogisme". Sur le même ton il a récusé les experts : "En quoi le temps des comités d'experts, parfois auto-proclamés, toujours auto-désignés, était-il plus juste ou plus démocratique que cette consultation ouverte et transparente de l'ensemble des acteurs concernés de près ou de loin par ces nouveaux programmes ?"

 

Il s'est présenté en homme du consensus, rappelant les consultations menées. Il s'est appuyé sur un sondage qui donne 81% de parents en accord avec les nouveaux programmes (mais il a "oublié" de dire que 80% des mêmes jugent que l'école prépare bien les enfants au collège avec les anciens programmes…). En ce qui concerne la consultation des enseignants, il n'a pas mentionné le rejet majoritaire des programmes par les enseignants mais  évoqué des "demandes de précision" ou des "demandes de compléments" sur certains points. La lecture de la consultation, qui est publiée, est pourtant éclairante. Pour prendre le point le moins conflictuel, si effectivement la très grande majorité des enseignants jugent les programmes "clairs", de nombreuses équipes  accompagnent l'adjectif de précisions qui sont sans ambiguïté. "Clairs oui pour les parents et non pour les professionnels" notent les uns. "Oui parce que ne laissant place à aucune initiative… Les programmes sont trop clairs !" notent d'autres. "Les horaires restent flous" précise-t-on encore  ailleurs…

 

Par rapport à la version antérieure, le texte des programmes a évolué sur certains points.

 

D'abord la question des horaires est tranchée. Ainsi en ce2-cm1 et cm2, le français passe de 7 à 8 heures, mes maths de 5h30 à 5h, ce qui correspond au retour aux fondamentaux voulus par le ministre. L'EPS (le ministre parle de sport) est maintenu à 3 heures. La 4ème heure annoncée pourra avoir lieu  durant l'accompagnement éducatif. L'horaire de langue vivante est inchangé (1h30). Par contre le reste diminue : 2h au lieu de 2h30 en sciences, 2 h au lieu de 3 pour les pratiques artistiques et l'histoire des arts et donc moins pour les pratiques), 2h au lieu de 3h30 pour l'histoire-géographie – instruction civique et morale. 

 

Le lien avec le socle commun est affirmé avec ambiguïté, dans le sens où les programmes sont récapitulés selon les 7 domaines du socle. Mais leur conception reste totalement étrangère à la philosophie du socle et strictement disciplinaire.

 

Même ambiguïté pour les cycles. Les programmes sont découpés selon les cycles… mais la liste des "repères" à acquérir reste annuelle, ce qui fatalement jouera sur les progressions.

 

En maternelle, les programmes modifient la partie consacrée au principe alphabétique (voir l'analyse de R. Goigoux) répondant ainsi à certaines critiques mais ils apprennent à associer lettre et son et "découvrent le principe alphabétique". La maternelle dispose également d'une liste précise d'acquisitions que l'enfant devra avoir acquis. Les enseignants sont invités à faire découvrir les "œuvres du patrimoine littéraire". L'apprentissage du vivre ensemble est affirmée.

 

En français, le programme reste centré "sur l'essentiel". La grammaire, les conjugaisons, l'orthographe gardent toute leur importance. L'enfant doit être capable au CM2 de conjuguer au plus-que-parfait, à l'indicatif futur antérieur, au conditionnel présent, de faire une dictée de 10 lignes sans fautes, et même de prendre des notes en cours. Mais l'étude de la voie passive, du passé antérieur, du subjonctif et du complément d'agent  sont reportés au collège.

 

En maths, la résolution de problèmes la règle de trois devient une modalité de résolution parmi d'autres; la division par 2 et 5 est maintenue au CE1. La résolution de problèmes est encouragée.

 

En sciences, le ministre a retenu l'avis de l'Académie des sciences et les programmes affirment l'importance de l'approche expérimentale et de la démarche d'investigation. Le paragraphe sur la biodiversité est renforcé.

 

En culture humaniste, les pratiques artistiques sont renforcées, les références en histoire des arts allégés. Le ministre a promis la publication sur Internet de ressources pour ce nouvel enseignement. En histoire, l'approche traditionnelle est maintenue. La déclaration des droits de l'homme est intégrée dans les repères. L'instruction civique et morale reste inchangée.

 

On se rappelle que le Sénat avait conseillé à X. Darcos de publier des  documents d'accompagnement conçus dans des termes qui lui permettent de renouer contact avec les enseignants. Ils sont annoncés mais leur diffusion pourrait n'être qu'électronique et le ministre veut des documents "clairs"…

 

C'est dire que la philosophie générale de ces programmes – catalogues de repères, reste sur le fond inchangée.  C'est d'ailleurs clairement exprimé dans  leur présentation. "Ce que ces programmes excluent absolument, c’est l’affirmation selon laquelle un seul modèle pédagogique devrait être privilégié en toutes circonstances et dans des classes forcément différentes. Ils invitent les enseignants à réfléchir librement aux meilleurs moyens d’atteindre les objectifs de réussite que la Nation a fixés à son école… C’est pourquoi la liberté pédagogique des enseignants va de pair avec de nouvelles modalités d’inspection des maîtres, davantage centrées sur l’évaluation des acquis des élèves. C’est une nouvelle conception du métier de professeur des écoles qui se dessine". C'est peut-être ce que le ministre a dit le moins…

Les programmes

Le discours de Darcos,la vidéo, le dossier de presse

Les synthèses des circonscriptions

Le dossier du Café

Dont le texte de Goigoux

Dans Libération, le pour et le contre

L'avis du Café dans Libération

 

 

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La nouvelle école de X. Darcos

"A la rentrée prochaine une nouvelle Ecole sera là !".  Cette proclamation de Xavier Darcos a-t-elle une chance de se réaliser ? Et si oui, peut-elle déboucher positivement pour l'Ecole ? Beaucoup de choses ont déjà été écrites sur les nouveaux programmes du primaire qui ne risquent pas d'être démenties substantiellement par les modifications communiquées le 29 avril. Soulignons ici quelques interrogations.

 

A quelle question répondent ces programmes ? Contrairement à ce que le ministre affirme, le niveau global des écoliers français ne baisse pas de façon significative. C'est du moins ce que montre l'étude internationale Pirls. Par contre il y a du souci à se faire pour environ un cinquième des élèves qui connaît des difficultés sérieuses. Pour ces jeunes issus des milieux défavorisés, souvent de l'immigration, en quoi les nouveaux programmes sont –ils une aide ? En renforçant le par cœur et les apprentissages précoces, ne prennent –ils pas le risque de renforcer l'échec en accentuant le découragement ? On imagine que s'attaquer à ces 20% nécessiterait un plan spécial avec des outils pédagogiques spécifiques. Ils sont totalement absents.

 

Quelle distance des programmes au terrain ? Entre la publication de nouveaux programmes et leur application sur le terrain il peut en temps normal s'écouler des années, pour une fidélité souvent imparfaite. S'agissant de programmes largement rejetés,on pourrait penser que  la descente sur  le terrain se fasse lentement.  C'est oublier une des caractéristiques fondamentales des programmes Darcos. Accompagnés d'un discours de discrédit sur l'Ecole, ils se limitent à des listes de connaissances que les élèves doivent connaître. Dès lors on peut faire confiance à l'angoisse parentale pour exercer une pression continue sur les instits. Ceux-ci devront rendre des comptes en permanence et participeront, nolens volens, à la réduction de l'enseignement à une liste de repères à apprendre par cœur probablement plus tôt qu'escompté.

 

S'agit-il de programmes libéraux ? L'accusation a été repoussée par le ministre.  Pourtant il y a bien rupture et les programmes affirment deux principes libéraux. Le premier c'est l'affaiblissement de l'Etat. Il reste prescripteur de résultats mais se désengage et des méthodes et du contrôle, largement assuré on l'a vu par les parents. Le second c'est la concurrence instituée entre les établissements. On sait que des évaluations nationales seront menées et que leurs résultats seront publiés. Cette mise en concurrence contribuera fortement au contrôle parental. On est bien là sur une conception idéologique qui veut que la concurrence bénéficie à l'Ecole et particulièrement aux mauvais établissements en les forçant à s'améliorer ou à disparaître. C'est la doctrine appliquée en Grande Bretagne ou aux Etats-Unis. Est-elle efficace ? IL n'est pas anodin de voir que là où elle a été testée, on assiste à un retour de l'Etat,par exemple dans les règles d'inscription en Angleterre, dans l'évaluation aux Etats-Unis.

 

Dans l'immédiat, le premier effet de la politique Darcos va peser fortement sur le métier d'enseignant. Sous l'obligation de résultat du fait de la nouvelle évaluation institutionnelle, sous le feu des parents forcément inquiets, abandonné au vide pédagogique, l'instituteur va voir ses repères professionnels déplacés. C'est là le défi que nous tend Darcos.

 

 

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