Par François Jarraud
LE FAIT DU JOUR
Retour sur le Forum des enseignants innovants de Rennes
ÉDITORIAL
Darcos et le service minimum
LE SYSTEME
Enseignant : Une enquête régionale montre les difficultés du métier l Les pédagogues et la violence l Programmes du primaire : le débat continue l Primaire : Que veut dire "revenir aux fondamentaux" ? l Collège : Le premier partenariat public – privé pour la construction d'un collège annulé en justice l Avancement des maîtres du privé l Trois mois avec sursis pour le prof raciste l Arnaud Teullé inspecteur d'académie.
L’ÉLÈVE
Les délégués ont leur site… en Belgique l Le Forum de l'alternance à Paris l Mettez de l'Europe dans votre vie
LA CLASSE
L'orientation l Pour la Peep, 40 élèves par classe c'est bien…
CITOYENNETE
La pauvreté s'enlise affirme l'Observatoire national de la pauvreté l Commémoration de l'esclavage
LES DISCIPLINES
Philosophie : Blanchot l SES : La France 2025 l Histoire : L'Assemblée adopte la loi sur les archives l Physique-chimie : Capacités expérimentales l Epreuve d'anglais, langue de complément l ST2S : Epreuve de biologie et physiopathologie humaines
LES TICE
Microsoft annule la sortie du SP3
Retour sur le Forum des enseignants innovants de Rennes
Un mois après les premières Rencontres des « enseignants innovants » de Rennes, le Café revient sur l’événement en prenant un peu de recul. Si l’événement a été jugé par tous comme très positif – d’abord pour les participants qui ont eu l’occasion de passer des heures d’échanges jugées très riches - , nous tentons de prendre la distance nécessaire pour dresser quelques portraits de participants, mais aussi pour mieux comprendre ce qui les meut, ce qui les préoccupe, ce qui les anime.
Avec comme point de vue partagé, cette ambition d’oser s’adapter à l’inattendu permanent que constitue leur métier. « Comme tout le monde » ose même un jeune enseignant, qui cherche davantage à s’approprier les fondements de l’activité professionnelle plutôt que d’innover à tout prix. « Et avec beaucoup de recul », précise Claude, documentaliste soucieuse de toujours vérifier dans les acquis des élèves (disciplinaires comme comportementaux) la pertinence des démarches pédagogiques un peu inhabituelles qu’ils osent mettre en œuvre. Persuadée qu’il serait nécessaire d’étayer ses intuitions, soucieuse de renforcer les échanges professionnels et la formation.
Comme le développe un article du dossier, cette question de l’accompagnement des équipes, de la nécessaire théorisation des pratiques est essentielle, pour aider les enseignants à dépasser les clivages formels, les incompréhensions pédagogiques ou les peurs irraisonnées. « Parce que l’efficience du système n’est que la somme de l’efficacité de chacun de ses acteurs, l’innovation et l’expérimentation sont au cœur du métier, de l’ordinaire de la classe… »
Découvrez le dossier 93 du Café
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Darcos et le service minimum
Devant le congrès des associations de parents PEEP, Xavier Darcos a annoncé le 3 mai la relance du service minimum dans les écoles à l'occasion de la grève du 15 mai. Une circulaire serait partie vers les recteurs le 23 avril. La mesure a immédiatement été commentée en termes contradictoires, l'UMP mobilisant ses élus, le maire de Paris annonçant au contraire son intention de ne pas y recourir. Le service minimum (SM) est-il un simple outil de gestion ou une arme politique ?
Le service minimum existe bien en éducation. Il faut d'abord rappeler que les enseignants ne font pas grève contre les parents. Bien au contraire, ils ont besoin de leur soutien et savent parfois le gagner. Pour les enseignants aussi, c'est plus agréable d'aller manifester en sachant ses élèves en sécurité. La mesure (l'ouverture de l'établissement) existe d'ailleurs dans le secondaire sans difficultés. Son introduction au primaire supposerait juste un consensus sur le métier de directeur. Est-il introuvable ? Le ministre avait annoncé en janvier l'ouverture de discussions avec les syndicats. Selon eux, il ne les a jamais organisées. La mesure semble donc à portée de la main. Il faut beaucoup de maladresse ou d'enfermement idéologique pour en avoir fait un terrain d'affrontement.
Car cette mesure est récusée par les premiers intéressés, les communes. Celles-ci récusent le système proposé par Darcos qui consiste à indemniser les villes pour qu'elles mettent en place le service minimum. En janvier dernier, l'Association des maires de France avait brocardé une mesure qui manifeste "une conception originale du service minimum par report de la responsabilité de l'Etat sur des acteurs étrangers aux conflits ayant conduit à la grève". L'Andev, qui regroupe les responsables éducatifs des grandes villes, estimait le projet " tout à fait regrettable". Pour Claudine Paillard, présidente de l'Andev, "en mettant à la charge des communes le service minimum, le MEN évite ainsi une difficile discussion avec les organisations syndicales d'enseignants, qu'il reporte ainsi sur les communes". L'Andev critique aussi la conception qu'a l'Etat du rôle éducatif des collectivités locales. "En mandatant les communes pour le faire à sa place, elle renvoie une fois de plus les communes à un rôle éducatif limité, essentiellement lié à la fonction de garderie, de service à la famille". Sur 22 492 communes possédant au moins une école, seulement 1750 avaient signé, en janvier dernier, une convention avec le ministère pour bénéficier du SM. Les résultats des dernières municipales donnent à penser que ce chiffre risque peu de varier positivement.
Sans efficacité réelle pour les familles, elle provoque les enseignants. Les syndicats enseignants ont dénoncé à juste titre le système de financement annoncé par le ministre. Le service minimum serait financé grâce aux retenues sur salaire sur les grévistes. Ces sommes seraient versées aux municipalités pour payer les intervenants. Ce procédé n'a pas grand sens aux yeux de la comptabilité publique. Par contre, médiatiquement, il laisse entendre qu'on "taxe" les profs, comme s'ils devaient payer pour une faute. Présentée ainsi la mesure vise évidemment à opposer les deux catégories d'acteurs de l'Ecole : parents et enseignants. En ce sens, la mesure illustre la radicalisation de Xavier Darcos.
Nourrit-elle la grève ? Car le service minimum nécessite le dialogue. En annonçant unilatéralement sa décision sans avoir jamais cherché à négocier ce point avec les syndicats, à nouveau Xavier Darcos manifeste qu'il récuse le compromis. C'est justement ce qui justifie la grève du 15 mai.
Dépêche AFP
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Enseignant : Une enquête régionale montre les difficultés du métier
"On fait un beau métier mais on a bien du mal". Cette opinion résume presque l'enquête menée par le Sgen Cfdt de Lorraine auprès des enseignants de l'académie (1750 questionnaires retournés remplis). On peut y ajouter "et on est pas aidés !".
Du côté des élèves, 95% des enseignants constatent que les élèves ont changé et cela pose problème à pas moins de 4 enseignants sur 5. Un enseignant sur cinq a été confronté à des insultes ou des violences sur les 12 derniers mois, un sur 3 à une indiscipline contre laquelle il n'a su quoi faire. Pour autant les enseignants ne pensent pas que l'exclusion et les sanctions soient les réponses adaptées. Ils misent sur les projets, le développement d'activités nouvelles, le dialogue.
Mais c'est du côté institutionnel que l'enquête est la plus sévère. Très clairement "la hiérarchie n'est pas une ressource" pour les profs lorrains. Quand ils réalisent des activités qui marchent seulement 6% en parlent à leurs supérieurs. Quand ils rencontrent des problèmes avec des élèves, ils cherchent à 90% le soutien des collègues à 36% celui de la hiérarchie. 1% n'ose pas en parler… Un enseignant sur deux au collège juge le suivi pédagogique inexistant.
L'enquête montre aussi la forte demande de mobilité des enseignants. Ils souhaitent une "seconde carrière". Un vœu loin d'être exaucé.
Enquête du Sgen Cfdt Lorraine
Sur le Café, découvrez la seconde carrière
Les pédagogues et la violence
"L’enseignant doit aujourd’hui assumer, plus que quiconque, « l’insoutenable légèreté de l’être ». Il avance seul et entre dans sa classe sans que nul ne l’ait investi du pouvoir auprès des enfants" écrit Philippe Meirieu sur son site. Répondant à l'accusation de laxisme, il montre l'importance des apports des pédagogues. "Faute d’outils pédagogiques, il craque ! Et, parfois, rejoint la cohorte des nostalgiques d’un passé où, quand on entrait en cours, « la messe était dite »… Freud expliquait qu'on envoie les professeurs dans une expédition polaire en les équipant d’un casque colonial et d’un filet à papillons : cette formule est plus que jamais d’actualité ! Les anti-pédagogues qui ont ringardisé ou diabolisé la pédagogie portent une lourde responsabilité : ils ont privé les enseignants de précieux repères et d’inestimables outils pour gérer les groupes, ils les ont laissé s’épuiser dans des face-à-face qui deviennent parfois des corps à corps".
Pour ceux qui s'intéressent à l'histoire de la violence scolaire, rappelons que Claude Lelièvre, dans "Les politiques scolaires mises en examen, ESF 2008, montre comment le thème de la violence scolaire est arrivé dans les médias. Un ouvrage dont nous reparlerons.
Le texte de P. Meirieu
Le livre de C. Lelièvre
Programmes du primaire : le débat continue
"Satisfait", le Sénat. Il exprime sa "satisfaction" après la publication des programmes du primaire. Les sénateurs estiment que "les propositions formulées par la commission des affaires culturelles le 16 avril dernier ont en effet été très largement retenues". Ils relèvent notamment que " les sept piliers du socle commun de connaissances et de compétences sont désormais pleinement pris en compte ; le rôle de l’expérimentation dans les sciences a été conforté". Il y a quand même un point sur lequel le Sénat est peu entendu, c'est la démarche demandée au ministre vers les maîtres. "Il est sans aucun doute bon que les programmes soient rédigés dans une langue claire et compréhensible par tous. Pour autant, il n'y a à mon sens aucune nécessité à se priver des documents d'accompagnement qui permettent d'expliciter de manière technique et détaillée ces programmes à l'intention des enseignants" écrivait la Commission Valade. "Ces documents pourraient être les supports de toutes les clarifications à destination de la communauté éducative, afin de rassurer les uns et les autres". Si des documents d'accompagnement sont annoncés par le ministre, leur date de publication, leur forme, les moyens de leur diffusion sont encore flous.
Satisfait aussi, bien sûr, le ministre qui a déclaré à l'AFP à Clermont-Ferrand lors du congrès de la Peep : "L'avenir de nos enfants est trop important pour l'abandonner aux idéologues et aux pédagogistes… Ce qui me préoccupe, ce n'est pas ce que les professionnels de l'éducation diront de ces programmes au cours des dix prochains jours, c'est ce que ces programmes permettront à nos enfants de devenir dans 10 ans".
Insatisfaits, les syndicats, les experts et les formateurs. Ainsi le Sgen Cfdt qui demande à X. Darcos "d'abandonner l'idéologie et d'accepter un moratoire". Le syndica