L'Expresso du 14 Mai 2008 
 

Par François Jarraud

 

LE FAIT DU JOUR

La grève du 15 Mai s'annonce massive

ÉDITORIAL

Quels sont les établissements prioritaires ?

LE SYSTEME

Les inspecteurs en colère  l A la veille du 15 mai, 20 organisations prennent position l Parents traîtres, enseignants fainéants : Darcos  persévère dans le dérapage.

L’ÉLÈVE

Réviser en ligne l Un blog pour la mission d'information sur la jeunesse et les nouveaux medias du Sénat   l Les lycéens des Pays de la Loire apprennent la télé l Un nouveau texte sur l'absentéisme ?  

LA CLASSE

Les réformes inévitables selon Jacques Nimier l Colloque sur l'évaluation par contrat de confiance

LA RECHERCHE

Un numéro de la revue de l'Acelf s'intéresse aux rapports ethniques

CITOYENNETE

Format T, prix Lumière l Un embryon humain génétiquement modifié

LES DISCIPLINES

Maths et usages des tIce à Lille l Technologie : Concours Rob Ok le 11 juin

 

 

Le fait du jour

 

La grève du 15 Mai s'annonce massive

Selon le Snuipp, près de 2 instits sur trois devraient faire grève jeudi 15 mai. Dans certains départements, comme à Paris, on atteindrait 75% des enseignants du primaire.

 

C'est que le mouvement bénéficie d'un large soutien syndical au primaire et au secondaire. Les grandes fédérations du public (Fsu, Sgen Cfdt, Unsa, Cgt, Sud) appellent à participer au mouvement. S'y ajoutent les syndicats du privé (Fep Cfdt et Snec Cftc). Une quinzaine de mouvements pédagogiques soutiennent aussi la journée ainsi que les parents de la Fcpe et les lycéens de la Fidl et de l'Unl.

 

Les revendications sont principalement de deux natures : stopper les suppressions de postes d'enseignants et obtenir un moratoire des programmes du primaire.

Les manifestations prévues le 15 mai

Cinq fédérations appellent

 

 

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Quels sont les établissements prioritaires ?

En recevant les représentants des syndicats lycéens, Xavier Darcos a annoncé vendredi 9 mai qu’il mobiliserait « 1 500 assistants pédagogiques et assistants d'éducation", afin de soutenir les lycéens des "200 établissements [lycées généraux et professionnels] les plus en difficulté". A nouveau on voit une priorisation des lieux affichée dans une politique ministérielle. Il est vrai que s’agissant des lycées, de telles annonces sont plus rares que pour des écoles primaires ou des collèges. Il n’en reste pas moins que la profusion de mesures, classifications, labels prioritaires ne donne pas au final une grande lisibilité à ce qui est réellement prioritaire dans la politique éducative. Cette question vive accompagne l’histoire de l’éducation prioritaire depuis son émergence en 1981. Et l’association Observatoire des Zones Prioritaires qui tient samedi sa dixième journée nationale s’est déjà fait l’écho de cette préoccupation. Des critères scolaires ont laissé progressivement la place à des critères sociaux et les titres pour qualifier les établissements se sont multipliés au fil des exercices ministériels. Ceci provoqua des polémiques, tantôt sur des critères particuliers qui conviennent à tels types d’espace notamment ruraux, tantôt sur la variabilité des consignes rectorales. Il serait utile qu’une certaine objectivation préside au classement des établissements, à la fois condition et objectif de l’inscription dans la durée.

 

Il est intéressant de regarder une expérience qui a été menée à bien en communauté française de Belgique il y a presque dix ans. Jean-Marc Nollet, ministre de l’Enfance investi en 1999 avait hérité d’une situation où des écoles rassemblant 21% des effectifs scolaires étaient classées en éducation prioritaire. Le principe d’un resserrement sur 12,5% des effectifs fut retenu et une commande fut passée auprès d’universitaires pour retenir des critères sociaux facilement applicables et permettant une actualisation régulière. La situation de la Belgique est particulière, puisque la Constitution de 1831 prévoit une « liberté totale de choix du chef de famille », ce qui donne une situation de « quasi-marché scolaire ». Le recrutement des écoles est donc très socialement marqué. Les universitaires ont alors retenu des indicateurs multicritères qualifiant des quartiers, voire blocs d’immeubles et c’est le domicile de l’élève qui donne une valeur au recrutement de l’école. La mise en place du premier nouveau classement provoqua bien sûr des réactions locales face auxquelles le ministère tint bon. Il eut la prudence de prévoir une diminution progressive des moyens supplémentaires accordés aux écoles qui sortaient du classement « prioritaire », en utilisant les moyens accordés pour le refinancement de la communauté française. Il dut ensuite faire face, et c’était plus inattendu, aux pressions des journalistes qui voulaient connaître le classement complet des écoles, ce qu’il refusa de faire : il n’était pas utile d’ajouter encore à la logique du marché scolaire. Aujourd’hui, un des éléments de débat en Belgique est d’étendre ce dispositif prévu initialement pour les moyens matériels aux moyens humains.

 

Il serait sans doute illusoire de vouloir appliquer mécaniquement les mêmes outils en France. Mais on pourrait utilement s’inspirer de la démarche : définition de critères à partir de l’avis d’experts et d’un débat public suivi du vote d’une loi, création d’instances d’évaluation et d’instances de conciliation et de régulation, refus d’augmenter la mise en concurrence des établissements par la publication de classements. Cela passerait en France par une démarche radicalement nouvelle : faire travailler ensemble l’Etat et les collectivités locales en amont de la loi pour définir les modalités d’application et d’évaluation. En attendant cette démarche d’objectivation, chaque établissement pourra toujours se trouver moins bien loti que son voisin…

 

Olivier Masson

secteur Education, Ligue de l’enseignement

 

 

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Les inspecteurs en colère

"Les contacts que vous avez eus avec notre organisation syndicale étaient jusqu’alors marqués par un respect que nous nous plaisions à croire mutuel, sans un signe fort de votre part c’est bientôt la défiance à votre endroit qui prévaudra chez nous… comme chez tous les inspecteurs !"  Rarement ministre eut à subir une déclaration aussi agressive d'un corps réputé modéré et responsable. C'est que les inspecteurs du SI.EN Unsa se sentent trahis par le ministre,  qui plus est ancien inspecteur général.

 

"Hier vous nous encensiez, dans le cadre de rencontres inter-académiques au cours desquelles vous insistiez sur l’importance de notre action au sein du système éducatif, aujourd’hui vous nous conspuez en affirmant que « le système de l’inspection est basé sur la défiance »…  A votre décharge, nous sommes bien obligés de constater que vous n’avez pas essayé de nous payer de « bon mots » ! Voulant séduire les enseignants, vous blessez les inspecteurs" continue la "lettre ouverte" du SI.EN.

 

La situation n'est guère meilleure au Snpi Fsu, l'autre syndicat d'inspecteurs.  "Outrance et inconstance caractérisent en effet la réforme majeure qu’engage le plus haut sommet de l’État dans une atmosphère belliqueuse et une communication politique qui dénigre tout ce qui a été fait jusqu’ici" écrit le Snpi. "Le ministre devient l’imprécateur du déclin et de tous ses soi-disant responsables (dont il fut, avant de changer son point de vue). Il se range délibérément du côté des antipédagogues regroupés autour de quelques figures médiatiques pour qui les inspecteurs ne sont que de vils Khmers rouges de la pédagogie, les sciences de l’éducation une imposture idéologique, et les syndicats un parasitisme honteux sur le dos de la France.  Toute cette procédure est marquée par l’incohérence intellectuelle, l'exagération communicationnelle, l'inconstance du message de l’État… Elle risque fort de déstabiliser et de mettre très sérieusement à mal notre système scolaire au lieu d’en améliorer les performances. Est-ce l’objectif visé au bout du compte ?"

 

Avant Xavier Darcos, le 15 février, à Périgueux, Nicolas Sarkozy avait pris à partie les corps d'inspection en déclarant "Sans méconnaître la grande valeur professionnelle des inspecteurs de l’enseignement primaire et des directeurs d’écoles, il faut s’interroger, même si cela ne fait pas plaisir à tout le monde, sur le pilotage de l’enseignement primaire". Le 29 avril, le ministre avait dénigré les pédagogues et les programmes de 2002 auxquels l'inspection est attachée. "On me dit que les programmes rédigés entre 1998 et 2002 n'avaient pas encore fait leur preuve. Comme s'il fallait encore sacrifier quelques générations scolaires de plus pour avoir l'assurance définitive de l'échec d'une certaine pensée scolaire ! Cette pensée, celle du pédagogisme, nous la connaissons bien et nous en connaissons surtout les effets".

 

Pour les inspecteurs, Xavier Darcos semble se rallier aux positions des ultras  réactionnaires de l'Ecole, l'expression "Khmer rouge" faisant allusion aux déclaration de L. Lafforgue.

Communique Sien Unsa

Communiqué Snpi Fsu

Le discours de Périgueux

 

A la veille du 15 mai, 20 organisations prennent position

Vingt organisations (syndicats, fédération de parents d'élèves, associations péri-éducatives et mouvements pédagogiques)   ont été signataires en mars de l’appel « Projet de programmes : copie à revoir ! » et d'une lettre le 6 mai à François Fillon. Comment ont-elles perçu les nouveaux textes proposés par Xavier Darcos le 29 avril ? Comment vont-elles se situer dans les journées de mobilisation des 15 et 24 mai ? Elles exposaient leur point de vue à la presse le mardi 13 mai.

 

Ainsi, Philippe Joutard, président de la commission des programmes de 2002, s’estime « très déçu ». « On passera probablement son temps à faire de la grammaire et des opérations et il n’y en aura plus guère pour l’histoire et les sciences » ajoute-t-il. Il note aussi la contradiction qu’il y a à envisager le développement de l’autonomie du lycée et à fermer les enseignements du primaire. Il se déclare enfin inquiet de voir que les mathématiques seront renforcées dans leur rôle de sélection scolaire et ce beaucoup plus tôt que maintenant. Il y a eu « de l’habillage » dans la nouvelle version, mais sur le fond, elle est très peu différente de la première.

Lire le reportage de F. Solliec

 

Parents traîtres, enseignants fainéants : Darcos  persévère dans le dérapage

"J'espère que je n'arriverai pas à la loi,mais s'il le faut je le ferai" a déclaré X. Darcos sur RMC. Le ministre de l'éducation nationale entend imposer aux enseignants qu'ils se déclarent grévistes 48h à l'avance.

 

Le ministre a également soulevé à nouveau la  question des enseignants qui ne sont pas devant élèves et annoncé des mesures  "rapides".

 

Il s'en est ensuite pris à la Fcpe, déplorant qu'elle "donne un avis différent de l'opinion publique qu'elle est censée représenter."

Dépêche AFP