Les corrections du Bac Pro Agricole : l'épreuve de force 

Ces derniers jours, les lycées de Romans et de Tours Fondettes, où des épreuves de Bac Pro agricole devaient être corrigées, ont été le théâtre de confrontations entre forces de l’ordre et bloqueurs. Yves, enseignant correcteur témoigne de cette nouvelle manifestation de désarroi.

 

A l’heure du changement ministériel, l’enseignement agricole public manifeste avec des blocages de centres de correction. Le nouveau Ministre de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche, Bruno Le Maire, s’attend certainement à des rapports houleux avec les agriculteurs, producteurs de lait en tête. Mais a-t-il pris connaissance de la profonde inquiétude qui mine le système enseignant agricole ?



Le Café Pédagogique relate depuis l’an passé les actions menées par les enseignants, les élèves et les parents pour défendre l’enseignement agricole public et lutter contre fermetures de classe et suppressions de postes. Rétention de notes, délégations régionales au Ministère, grèves, interventions d’élus au Sénat, rien n’y fait, le sentiment de ne pas être entendu perdure. Le dernier rendez-vous manqué date du 11 juin où une délégation, soutenue par près de 450 manifestants n’avait obtenu, de la part du Ministère, qu’une fin de non recevoir à ses revendications de maintien des emplois. Les syndicats ont donc décidé de faire passer le mouvement au cran supérieur avec un blocage des centres de corrections d’examens.


Yves, enseignant de mathématiques, était convoqué à Tours Fondettes pour participer aux corrections en compagnie de 200 collègues venus du public et du privé. Devant le tour sécuritaire pris par les évènements, il a décidé de se déclarer gréviste. Il a accepté de témoigner pour le Café Pédagogique.


Vous n’étiez pas gréviste au départ, qu'est ce qui vous a décidé?

Je savais que les corrections seraient peut-être perturbées. Lorsque je suis arrivé sur place la police avait sécurisé tous les ronds points et carrefour. A l’intérieur du lycée même, beaucoup de gendarmes patrouillaient et quadrillaient les lieux, ils étaient armés de « flashball ». Seuls les correcteurs pouvaient circuler. Les manifestants ont été repoussés à l’extérieur. On ne pouvait pas marcher sur 30 mètres sans croiser les forces de l’ordre. Cela a été le cas toute la journée.

Je me suis mis gréviste pour 2 raisons : Par soutien envers mes 70 collègues remerciés après de bons et loyaux services et les élèves qui vont en souffrir.

Par réaction au déploiement de force réalisé, voir des gendarmes en masse présents dans le lycée me perturbait énormément. Je devais corriger des copies sous surveillance policière !! Je suis allé à la rencontre des manifestants, ceux-ci ne présentaient évidemment pas un danger pour notre sécurité.

Lorsque je suis revenu à 13h en salle de correction je me sentais très mal à l’aise, je me demandais si j’étais bien en France. J’ai rangé mes affaires, j’ai averti les correcteurs que je débrayais car il m’était impossible de travailler dans ces conditions. Certains n’étaient pas contents car cela leur ferait des copies en plus à corriger, leur retour serait donc retardé. Ils avaient la possibilité de faire comme moi. A eux de prendre leurs responsabilités.

Je suis allé voir par conscience professionnel le chef de centre pour l’avertir également. D’autres collègues d’autres salles ont eu la même réaction que moi.


Quelle est la situation dans votre établissement?

Dans mon lycée, nous sommes très touchés, l’administration régionale nous a interdit fin avril de recruter en BEPA Services Aux Personnes afin de pouvoir supprimer 2 postes. 30 élèves ne seront donc pas formés dans un domaine très demandeur de personnes qualifiées. Nous avons un taux de réussite de l’ordre de 95%. Les élèves peuvent avoir du travail à la sortie ou continuer leurs études ; Beaucoup réussissent. Nous avons alerté le ministère, les élus nationaux, régionaux, locaux, les journalistes, etc.… Mais rien n’y a fait.

Nous en voulons terriblement aux décideurs, cela va laisser des traces. Les élèves nous reprochent de ne pas les avoir assez défendus. Pourtant s’ils savaient tout ce qu’on a fait. Je me suis toujours interdit de leur parler de ce problème à cause de mon devoir de réserve. »


Propos recueillis par Monique Royer


Le 19/20 du 23 juin de France 3 Centre (le reportage commence environ après 19 minutes et 30 secondes)

http://jt.france3.fr/regions/popup.php?id=c45a_1920&v[...]


Le blocage du centre de Romans

http://www.ledauphine.com/romans-sur-isere-blocage-du[...]


L’appel syndical au blocus

http://www.snetap-fsu.fr/article.php3?id_article=1474


La biographie de Bruno Le Maire

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bruno_Le_Maire


La rubrique enseignement agricole du Café Pédagogique

http://www.cafepedagogique.net/lemensuel/lenseignant/ens[...]



Sur le site du Café
Par moniqueroyer , le mercredi 24 juin 2009.

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