Les enseignants des écoles s’embourgeoisent-ils ? 

Par Marcel Brun


Il est fréquent d’entendre que le recrutement des enseignants est désormais davantage issu des classes moyennes ou favorisées qu’il ne l’était pour les générations précédentes. Quelles preuves peut-on apporter ? Que nous disent les sociologues de l'Ecole ? Quel impact dans la classe ?


Dans les cinquante dernières années, la féminisation croissante (67% en 1937, 80% en 1990) se croise avec une modification du recrutement : alors que la République recrutait jusqu’alors les enseignants au niveau 3e, du fait que le primaire et le secondaire n’étaient pas encore unifiés, les années 70 voient le recrutement s’élever au niveau du baccalauréat , en même temps que les femmes accèdent beaucoup plus à l’emploi. Dans le même temps, le développement considérable de l’Ecole maternelle,  le passage au collège des plus grands élèves du primaire (les ex-« fin d’études »), l’urbanisation croissante renforcent l’attrait de cette profession pour des femmes dont les mères étaient souvent encore au foyer… Plusieurs sociologues (B. Bernstein, B. Lahire ou E. Plaisance) y ont vu l’origine d’une bascule vers une certaine « psychologisation » du métier, la fonction moralisante de l’école du XIXe s’effritant.


Le tournant des années 70


C’est dans la charnière 1974-1984 que la chance de « promotion sociale » des enfants de catégories populaires par l’accès au métier d’instituteur est divisée par deux, sans connaître de bouleversement massif jusqu’à aujourd’hui, sauf dans les académies les plus défavorisées, dans lesquelles le recrutement d’enfants des milieux populaires reste fort, du fait de la désaffection des autres...  En effet, si la part des enfants d’une génération qui accèdent au baccalauréat, puis à l’enseignement supérieur, est en constante évolution, on sait que cet accès reste « socialement différencié » : faire des études supérieures ne va pas de soi, dans les familles populaires…


En 2000, une enquête de Louis-André Vallet et Annick Degenne, commandée par le ministère de l’Education Nationale, s’est employée à réfuter cette thèse largement partagée par les sociologues. Pour ces auteurs, l’évolution du recrutement social des enseignants (1er et 2nd degré) est en phase avec l’évolution de la société : si la proportion d’enseignants enfant de cadres est passée de 1964 à 1997 de 24% à 36%, il faut le relier au fait que le pourcentage de cadres soit passé de 7% à 17% des emplois occupés.

Et celui de 2010 ?


Mais en 2010, Frédéric Charles et Philippe Cibois viennent de relativiser cette thèse, dans un récent article de la revue « Sociétés Contemporaines (n°77). En observant la situation des enseignants des écoles, ils recalculent (avec les chiffres de Vallet et Degenne) la répartition des origines sociales selon le type de recrutement (concours fin de 3e entre 1945 et 1977, concours post-baccalauréat jusqu’en 1984, concours Deug entre 1986-1990, concours licence (1991-2004), et recrutements par le biais des suppléances  entre 1945 et 1991), mais en différenciant catégories supérieure, moyenne et populaire.




Ils en déduisent que si « l’embourgeoisement des enseignants du primaire a été moins fort que celui de la population active », ce sont surtout les enseignants originaires des « classes moyennes » qui sont proportionnellement moins nombreux. Les enseignants du primaire se sont « à la fois embourgeoisés et popularisés », avec des écarts important selon les académies : Paris n’est pas Versailles ou Créteil…


Les auteurs concluent que dans un espace social où la concurrence pour accéder aux « places » est forte, plusieurs explications causales sont donc à mixer pour mesurer les évolutions. Dans un contexte d’élévation générale du niveau de diplôme, tous les emplois à forte qualification, dans le privé comme dans le public, sont soumis à une forte sélection pour les générations nées après 1968. Ils reprennent à leur compte la crainte que « la distance croissante entre les caractéristiques des enseignants et celles de leurs élèves soit un facteur d’aggravation des inégalités sociales » : reprenant Bernstein, ils considèrent que les nouveaux modes de socialisation et de pédagogie mettent à distance les familles de milieu populaire,



Source :

http://pagesperso-orange.fr/cibois/FCharlesPhCiboisSocietesContempo[...]




Par fjarraud , le jeudi 30 septembre 2010.
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