Réforme du Lycée : Patrick Allal : Faire confiance pour ne pas stériliser la réforme 

Chargé de mission sur la réforme du lycée par Luc Chatel, l'inspecteur général Patrick Allal fait le point sur la réforme. Il reconnaît des erreurs ici ou là mais annonce une mutualisation des outils et une mise au point sur le bac. Pour le reste, le ministère préfère laisser les établissements découvrir ce qui est bon pour eux plutôt qu'imposer des solutions toutes faites. 


Le 12 janvier, Luc Chatel vous a chargé d'une mission sur la réforme du lycée. Concrètement qu'allez-vous faire ?


Je vais faire le tour des académies pour aller à la rencontre des inspecteurs et des chefs d'établissement pour voir concrètement comment la réforme se met en place, quels sont ses points forts et aussi les difficultés qui apparaissent.


Certains ont dit au début que c'était une réformette. Mais en réalité c'est une vraie réforme pédagogique qui touche aux modalités d'enseigner avec l'accompagnement personnalisé (AP) et les enseignements d'exploration. Avec eux on est sorti du face à face pédagogique traditionnel et de la classe. On va vers un enseignement plus basé sur les compétences, de nouvelles formes d'évaluation, du transversal. Incontestablement il y a un bouillonnement dans les établissements, une volonté de s'approprier le sens pédagogique de la réforme.


En même temps, comme toujours c'est compliqué. Parce qu'on n'a pas voulu trop encadrer et normer les choses. Le ministre a laissé de la souplesse pour que les équipes s'approprient la réforme et l'adaptent aux besoins de leurs élèves. Et naturellement cela suscite des interrogations. Ma mission consiste à accompagner cette réforme, à aller sur le terrain écouter et apporter des réponses.


Jusqu'à fin mai je vais faire le tour de toutes les académies, visiter un ou deux établissements dans chacune, observer le fonctionnement du Conseil pédagogique, repérer les expériences innovantes et aussi les freins. Et enfin faire des propositions pour faciliter la mise en oeuvre de la réforme conjointement avec la Dgesco (division de l'enseignement scolaire) et l'Inspection générale. Dans le passé on a trop souvent laissé les enseignants seuls face à une réforme. Le ministre a voulu un accompagnement.


Pour le moment quelles remontées du terrain avez-vous ?


On a vu des expériences très originales sur le terrain, par exemple des fonctionnements transdisciplinaires en français, histoire-géo, maths. Mais il y a aussi des doutes, des interrogations. Tout cela est normal. On va faire remonter toutes les expériences et on mutualisera les meilleures.


Dans l'enquête menée auprès de nos lecteurs, une majorité soulignait l'alourdissement des programmes. Avez vous constaté cela ?


Non. Les programmes des enseignements d'exploration restent ouverts. Il faut les prendre comme des outils de découverte qui permettent à l'élève de savoir s'il a de l'appétence pour telle ou telle discipline. Il faut bien sûr évaluer ces enseignements mais pas forcément noter.


Mais alors comment faire l'orientation de fin de seconde et empêcher que tous aillent en S ?


Si on note les enseignements d'exploration on va se retrouver dans la situation classique et revenir au disciplinaire. Il faut évaluer mais avec une évaluation utile pour l'élève qui lui indique ce qui lui convient personnellement. Même sans note, le conseil de classe tiendra compte de l'évaluation des enseignements d'exploration. Un des objectifs de la réforme c'est justement de casser la hiérarchie des filières. Si un élève accroche bien en "littérature et société", il vaut mieux l'encourager à aller en littéraire plutôt qu'en S. Et puis  l'orientation va rester réversible jusqu'en 1ère grâce au tronc commun et aux stages passerelles. Cela donnera de nouvelles possibilités. Evidemment tout cela heurte notre culture scolaire. Et il faut s'attendre à des explications avec les parents et les élèves.


Notre enquête avait aussi mis en évidence l'alourdissement des emplois du temps avec les emplois du temps en barrettes, avec des retombées négatives sur le climat scolaire.


Effectivement, la critique est fondée. Avec les enseignements en barrettes, parfois, on a mis en place des organisations trop complexes. Eh bien il faut laisser un peu de temps aux établissements pour redresser ces situations. Ils vont le faire.


L'éclatement du groupe classe a-t-il été une bonne idée ?


En première on pourra mélanger des élèves de série différentes  mais il restera toujours un tronc commun avec un groupe stable. Et ça représentera environ 60% de l'horaire. En seconde, les enseignements d'exploration et l'A.P. ne représentent que 3h30. Les élèves sont avec leur groupe classe le reste du temps. Donc on ne peut pas dire qu'on le fasse disparaitre. Mais ces brassages sont aussi utiles. L'objectif de la réforme c'est aussi d'amener les élèves à être plus autonomes, de façon à ce qu'ils s'adaptent mieux en université et y échouent moins. On a souhaité qu'ils vivent au lycée un peu de ce qui les attend en université. Afin qu'ils deviennent plus autonomes.


Aujourd'hui à quoi sert un professeur principal en lycée ?


La réforme n'a pas affaibli son rôle, bien au contraire. Dans de nombreux établissements c'est lui qui pilote l'A.P. Et il continue à avoir son rôle traditionnel par exemple pour l'orientation. Le tuteur ne le concurrence pas: c'est un adulte référent stable tout au long du lycée.


Comment allez vous former les enseignants au tutorat et à l'A.P. ?


Pour le moment on est encore dans une phase d'effervescence. On l'assume. Mais on garde un regard critique sur le dispositif. Il fallait accepter cette phase de construction de l'A.P. Sinon on aurait stérilisé la réforme.

Maintenant on va mettre en ligne sur Eduscol les expériences qui auront réussi. Avec l'aide des inspecteurs qui feront remonter le meilleur, on va pouvoir largement mutualiser. Dès aujourd'hui Eduscol commence à proposer des outils pour l'A.P. A la rentrée 2011 tous les outils repérés seront en ligne. Cela aidera les enseignants à adapter l'A.P. à leurs élèves. Ce sera au terrain de choisir ses outils.


Au bout du compte les élèves auront quand même à affronter le bac. Va-t-il bouger ?


Les enseignants qui entreront avec la nouvelle première sauront exactement ce que sera le nouveau bac aussi bien pour les épreuves anticipées que finales. Le bac tiendra compte de la réforme et il y aura des adaptations. A la rentrée prochaine les professeurs sauront précisément ce qui attend leurs élèves à l'examen. Ils peuvent se rassurer sur ce point.


Patrick Allal


Entretien François Jarraud


Liens :

Lycée le désarroi des profs de seconde

http://www.cafepedagogique.net/lemensuel/lesysteme/[...]

Dossier : Lycée la grande réforme

http://www.cafepedagogique.net/lesdossiers/Pages/2008/2[...]



Par fjarraud , le mercredi 02 février 2011.
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