Maisons des sciences : Des formations certifiées pour les enseignants 

Pour rénover l'enseignement des sciences faut-il de super profs de sciences ? Pour l'académicien Pierre Léna, "la science fait partie du fondamental du citoyen". Pour atteindre cet objectif, il va ouvrir, avec la Fondation La Main à la pâte, deux premières  Maisons pour la science et la technologie à Strasbourg et Toulouse.  Elles formeront les professeurs enseignant les sciences à l'école et au collège dans l'esprit de ce que fait La main à la pâte depuis des années en partenariat avec les universités de Strasbourg et Toulouse. Pour garantir le succès de cette opération, outre un accord avec les deux académies, il prévoit une certification des enseignants suivant cette formation.


Vous avez annoncé avec La main à la pâte l'ouverture de Maisons des sciences. De quoi s'agit-il ?


Il s'agit de Maisons prototypes, où les professeurs se sentent bien, chez eux. L'Académie des sciences veut explorer avec ses deux partenaires tout juste choisis, les universités de Toulouse et Strasbourg, ce qui pourrait servir de modèle à une remise en place d'un développement professionnel du corps enseignant scientifique sans se substituer aux obligations de l'Etat employeur. Nous focaliserons l’effort sur les professeurs qui enseignent les sciences à l'école primaire et au collège. Nous espérons parvenir à toucher sur 5 ans environ 20% des enseignants de ces deux académies. C'est de la grande échelle, mais localement. Mais au niveau du pays, c'est modeste et cela ne règle pas la question de la formation continue du corps enseignant. Notre effort est possible grâce au financement conséquent des Investissements d'avenir : car il s'agit bien d'investir dans l'éducation.


C'est un financement à la fois privé et public ?


La règle de tous les Investissement d'avenir est d'associer leurs fonds à des concours publics et privés. Nous avons répondu à cette obligation en mettant en face de l'argent public des fonds reçus par l'Académie des sciences, par les Ecoles normales supérieures et par 4 entreprises qui ont accepté de soutenir la Fondation mise en place. Elles n'en orienteront pas l'action, mais en soutiennent les objectifs.


Pour quel projet ? En mars 2011, à l'Académie des sciences, vous parliez de mettre en contact les professeurs avec la science vivante, de "pédagogie de l'investigation". Les professeurs vont être associés à des projets de recherche ?


Non il ne s'agit pas de faire de la recherche au sens scientifique du mot, car c’est un autre métier. Notre but est de mettre le corps enseignant en lien étroit avec la science vivante et ses acteurs : chercheurs, universitaires, ingénieurs, technologues. Nous n’allons pas demander d'écouter des conférences mais de travailler en commun, comme nous en avons l'expérience : depuis 15 ans, avec La main à la pâte, scientifiques et enseignants travaillent ensemble. Les uns apportent leur pratique de la science, les autres leur pratique de la pédagogie. Nous souhaitons que cela contribue à transformer les pratiques de la classe.


Il s'agit de faire ce que La main à la pâte a exploré, sous l’impulsion de Georges Charpak, depuis 15 ans au primaire et 6 ans au collège : instaurer un rapport plus étroit avec la science. Aujourd'hui, dans ce qui subsiste de la formation continue, il y a moins de 5%  d'intervenants extérieurs à l'Education nationale dans le primaire et moins de 15% dans le secondaire. Au Donc le processus est très endogame. Notre objectif, qui est dans la continuité de notre expérience antérieure, est de transformer l'enseignement scientifique en mettant ceux qui le portent en familiarité avec ceux qui font de la science leur métier. C'est une vision active : on met les professeurs en contact avec l'expérience, en travail de groupe. C'est aussi une vision plus unifiée de la science.


Pédagogiquement, on apprend à s'intéresser au moins autant à la nature du processus de construction des connaissances scientifiques chez les élèves qu'à une somme de connaissances éparses que beaucoup d’élèves oublient dès qu'ils quittent le collège. L'objectif est que ceux qui quittent le collège gardent le goût de la science. En particulier, le tiers qui est en situation de quasi-échec au collège est souvent victime d’une vision élitiste des sciences. Le financement que nous recevons provient d’un Programme Égalité des chances mais nous ne concentrerons pas nos efforts exclusivement sur les Zones d’éducation prioritaire.


En passant au collège vous allez vous trouver face à une différence avec le primaire. Au collège il y a de fortes cultures disciplinaires. Une récente note de la Depp sur l'enseignement intégré des sciences (EIST) parle de "bouillonnement" désordonné. Comment un professeur de SVT peut-il se sentir qualifié pour faire de la physique ?


Loin de nous l'idée de critiquer les cultures disciplinaires : il est essentiel d’être excellent  dans un domaine de la science. La note de la Depp souligne que la cohorte d'élèves EIST a appris autant de science que le groupe témoin mais que son intérêt pour la science est  supérieur. Ce que la Depp appelle "bouillonnement", je l'appellerais "créativité". Que les professeurs aient du mal à sortir de leur discipline c'est compréhensible. Mais voyez les choses avec le regard d'un  élève de milieu défavorisé, comme on dit, qui est en 6ème et qui a 3 professeurs, lesquels ont chacun 12 classes, c'est à dire 350 élèves qu'il leur est difficile de bien connaître. Ces élèves entendent parler d'un sujet, l'énergie par exemple, avec trois professeurs différents, de trois façons différentes, avec trois vocabulaires différents. Vous croyez que ce jeune peut faire une synthèse, quand personne à la maison peut l'aider ? Il en tire une idée de la science qui ressemble à un patchwork. Cela contribue  à créer ce tiers des élèves que l'on perd au collège. Il faut donc faire un gros effort. Et je vois que beaucoup de professeurs ont accepté  de jouer le jeu : moins d'une demi-douzaine d'enseignants de l'EIST l'ont  abandonné en 5 ans. Mais nous ne souhaitons pas trop accélérer l'extension de l'EIST. Les Maisons régionales s'adresseront à tous les professeurs de collège qui enseignent les sciences et pas seulement aux professeurs engagés dans l’EIST.


Concrètement les enseignants auront des congés de formation continue ?


Ce que nous demandons est, en contrepartie des fonds apportés par les Investissements d'avenir, que les rectorats s'engagent sur un volume d'accès des professeurs aux actions de développement professionnel proposées. Ce n'est pas à nous de décider s'ils seront remplacés dans leur classe, ou comment. Ce sera à l'Université partenaire de mener un dialogue avec son recteur. Par contre nous tenons à ce que le cycle d'activités proposées, qui comprendra des conférences, des mises en situation, des visites, aboutisse à une certification. Les Universités trouveront des modalités pour le faire comme on le pratique en médecine. Soit par un diplôme d'université, soit par un crédit d'ECTS valable pour un master. L'Académie des sciences garantira le niveau de qualité de la formation suivie. Cela veut dire quelque chose... Ensuite, ce sera aux instances syndicales, politiques, administratives de  jouer.


Les universités ne sont pas habituées à parler aux enseignants. Comment vont-elles mettre en place ces programmes ?


L'Université française a en charge la formation initiale et continue du corps enseignant. Elle avait quelque peu oublié ces deux missions. Elle revient à la première dans les douleurs de l'accouchement de la mastérisation. Pour la seconde nous avons reçu les propositions de 6 universités, d’excellente qualité, et nous avons retenu deux d’entre elles (Strasbourg et Toulouse) qui acceptent de prendre très au sérieux cette seconde mission. Mais il est vrai que cela représentera une évolution de la culture des universités.


Cela prend à rebrousse-poil toute l'évolution de ces dernières années où on est allé vers le transmissif, les fondamentaux.


Oui, mais le message de l'Académie des sciences est clair : la science fait partie du fondamental du citoyen. C'est en toutes lettres dans la loi de 2005 sur l’avenir de l’école. Alors que veut la France ? Ce 21ème siècle demande une juste compréhension de la science par tous les citoyens.


Propos recueillis par François Jarraud


La dispute des académies

http://www.cafepedagogique.net/lemensuel/lesysteme/Pa[...]

Communiqué

http://www.academie-sciences.fr/activite/enseign/ia_0911.htm


Par fjarraud , le mercredi 21 décembre 2011.

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