Sortir : "Beauté animale", Les animaux face aux artistes 

Par Béatrice Flammang


"Malin comme un singe", "bête comme un âne"," laid comme un pou", "peau de vache". Les animaux peuplent notre univers et ne laissent personne indifférent. Pourquoi sommes nous séduits par un animal ou au contraire dégoûtés par un autre ? Comment cette hiérarchie entre les bêtes s'est elle formée dans nos mentalités ?


C'est une merveilleuse ménagerie à découvrir qu'abrite le Grand Palais, jusqu'au 16 juillet 2012. Plus de 120 chefs-d'oeuvre de l'art animalier occidental, peintures, sculptures, gravures, dessins, photographies, de la Renaissance à nos jours, sont réunis, avec le parti pris radical et inédit de ne montrer que des oeuvres où l'animal  est représenté seul et pour lui même, natures mortes et scènes de chasse exclues. L'oeuvre la plus ancienne de l'exposition date de 1515, le Rhinocéros de Dürer. La plus récente de 2011, l'étrange "Octo" du sculpteur Johan Creten.


L'animal est un sujet de représentation noble qui a toujours fasciné les artistes. L'exposition propose de découvrir comment les plus grands peintres, sculpteurs, les ont regardés et reproduits. Les représentations ont évolué avec le temps. C'est à la Renaissance que s'est construit un nouveau rapport entre l'homme et la nature. Au Moyen-Age l'animal était surtout investi d'une signification morale ou religieuse.


Le parcours de l'exposition s'articule en trois thèmes, Observation, Préjugés, Découvertes. Observer les animaux pour les représenter: à partir de la Renaissance, l'animal devient un sujet d'étude à part entière, avec des artistes qui créent des répertoires. Dürer a inventé le "Tierstûck", la représentation indépendante, autonome d'un animal pour lui même. La découverte du Nouveau Monde, riche en espèces inconnues, a pour conséquence un souci accru de précisions dans les descriptions. A ne pas manquer , un curieux tableau " Les oiseaux" d'un anonyme allemand en 1619 représentant 71 oiseaux entrelacés, oeuvre qui désarçonne en raison de son caractère hybride, à la fois esthétique et documentaire. On ne connait aucun tableau qui rassemble autant d'espèces !  Approches scientifiques de l'animal , en particulier avec Audubon et emprise de l'homme sur l'animal, la zootechnie, sont présentées et commentées.


Dans la partie consacrée aux "Préjugés" moraux et esthétiques sur les animaux apparaît l'influence particulièrement forte de Buffon et de Darwin sur les mentalités." L'histoire naturelle"  avec ses classifications est minutieusement  présentée, puis " L'origine des espèces" de Darwin. Nos critères de beauté, nos préjugés, nos phobies sont décortiqués. Les Orang-Outan de Pompon et de Jean-Pierre Dantan nous dévisagent.


La dernière partie " Découvertes" retrace l'arrivée en occident d'animaux exotiques dans les ménageries puis dans les zoos. Le destin du rhinocéros de Léon X et celui de Zarafa, la girafe de Charles X sont relatés. Mais la menace qui pèse sur les animaux est évoquée. Des espèces ont disparu, plusieurs portraits de Dodos nous interpellent.


L'évolution du regard sur l'animal va de pair avec la prise de conscience de la fragilité des écosystèmes. L'exposition présente en point d'orgue, deux ours blancs, le premier sculpté par François Pompon est d'une force tranquille, le second peint par Gilles Aillaud en 1981 semble inerte dans l'espace clos de la cage. Les oeuvres d'art animalier vont elles passer du statut de témoin à celui de souvenir révolu de la beauté animale? " Beauté animale" nous propose en conclusion de réfléchir sur l'avenir de la planète .


Un des intérêts et pas des moindres  de cette exposition est d'avoir rassemblé des oeuvres d'artistes insolites ou inattendus dans le domaine animalier comme" la chauve souris" de Van Gogh, "le combat des chats " de Goya, "le crapaud" de Picasso". Autre agréable surprise, la découverte d'oeuvres contemporaines  dans les majestueux escaliers du Grand Palais.


Pour les enfants


Les enfants sont très attendus à cette merveilleuse exposition. Parcours spécifique, visites , ateliers, jeux en ligne leur sont proposés ainsi qu'un grand choix de visites scolaires.


Un audioguide enfant fait découvrir l'exposition de manière ludique. Le questionnement, le regard porté sur les oeuvres sont ceux d'enfants de 8 à 12 ans, mais les informations qui sont délivrées sont aussi enrichissantes que pour le parcours destiné aux adultes. Des visites contées d'une heure sont proposées aux familles accompagnées d'enfants à partir de 5 ans. Des visites-ateliers " Chercheurs de curiosités" de  deux heures sont organisées pour les 8-11 ans avec un conférencier.


Des jeux en ligne


"Mon ciné animal": les enfants sont invités à créer leur film à partir des animaux de l'exposition. "Trouve le bon animal !" A la découverte de certains animaux de l'exposition. Ciné-famille: un programme de films pour toute la famille  au studio Clemenceau du Grand Palais.



Le dossier pédagogique est téléchargeable. Ce document copieux d'une quarantaine de pages leur présente l'exposition et la replace dans les programmes scolaires du cycle 1 et 2, du cycle 3, du collège et du lycée. Des pistes de travail et de réflexion interdisciplinaires leur sont suggérées pour préparer leur venue et poursuivre la visite  dans leur classe. Quatre possibilités de découverte de l'exposition sont proposées aux enseignants : des visites guidées d'1h30, des visites-ateliers de 2h, pour le primaire et le collège, des visites thématiques d'1h30 pour le primaire et le lycée, des visites projection d' 1 h. Des créneaux horaires particuliers sont réservés le mardi aux scolaires en éducation prioritaire.


Béatrice Flammang


Liens

Le site "Grand Format" l'exposition "Beauté animale"

http://www.grandpalais.fr/grandformat/exposition/beaute-animale/

Le site de l'exposition, jeune public individuel et scolaire

http://www.rmn.fr/exposition-beaute-animale/

Le dossier pédagogique

http://www.rmn.fr/IMG/pdf/DP_Beaute_animale-2.pdf

Le jeu

http://www.rmn.fr/flash/jeu-beauteanimale


Par fjarraud , le vendredi 30 mars 2012.

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