Une ultime provocation 

Par Jean-Louis Auduc


Jean-Louis Auduc, ancien directeur d'IUFM, réagit à la publication le 8 mai 2012 du décret sur l'évaluation des enseignants. " Ce décret doit donc ne pas survivre à l’installation du nouveau ministre"...


Alors que le suffrage universel s’est clairement prononcé le 6 mai 2012 pour un candidat à la Présidence de la République qui a une autre vision de l’école que l’actuel ministre Luc Chatel, celui-ci vient de faire publier au Journal Officiel  du 8 mai 2012, le décret daté du 7 mai 2012 concernant les procédures d’évaluation des enseignants.


Quelle singulière conception de la démocratie que de publier durant la période de transition et de passation de pouvoir entre le président sortant battu et le président nouvellement élu, un décret qui a été repoussé par toutes les instances de l’Education nationale auxquelles il a été soumis !


Un symbole du libéralisme autoritariste


Il y a là avec cette dernière provocation en quelque sorte un symbole de la politique suivie par Luc Chatel, le plus souvent caractérisée par le mépris vis à vis du travail quotidien difficile réalisé par les enseignants. J’avais récemment caractérisé cette politique de libéralisme autoritariste, c’est-à-dire l’essai de fusionner une fausse liberté pour les personnels avec une démarche autoritaire bien réelle.


Lorsqu’on observe attentivement le décret concernant l’évaluation des enseignants, tout concourt à sacrifier la liberté pédagogique des personnels et des établissements au profit d’une gestion administrative autoritaire du système éducatif. Ce qui compte, c’est l’administration du système et non les démarches pédagogiques visant à la réussite des élèves. La disparition de la formation initiale des enseignants, sur laquelle il n’est plus question de revenir, s’inscrivant  bien évidemment totalement dans cette démarche.


Quelle conception du métier d'enseignant ?


Les procédures d’évaluation des enseignants sont un sujet important, intimement liées à la conception que l’on se fait du métier enseignant et qui , surtout dans une période marquée par une forte de recrutement et d’attractivité du métier enseignant, doivent donner lieu à une réflexion menée en concertation avec tous les acteurs concernés.


Le président nouvellement élu et son équipe se sont, au travers de différents discours, fermement engagés à ce que d’autres méthodes que celles de Luc Chatel soient mis en œuvre dans le cadre du fonctionnement de l’éducation nationale, qui contribue pour les personnels à leur redonner confiance dans l’état gestionnaire d’un service public qui doit assurer la réussite de tous les élèves.


C’est en permettant aux enseignants d’exercer mieux leur métier qu’on pourra transformer et améliorer notre système scolaire et permettre une réussite de tous les élèves. En un mot, le meilleur anti-stress concernant les personnels de l’éducation nationale, c’est que  l’institution, les autorités, la hiérarchie fassent confiance aux personnels.


Redonner confiance


Pour se sentir libre d’innover, il faut se sentir sécurisé et en confiance avec son institution. Des projets comme celui prévu pour l’évaluation par l’actuel ministre tournent le dos à cet impératif. Il faut également permettre à l’enseignant d’exercer des responsabilités dans son établissement Construire un climat de confiance avec tous les enseignants et non un climat de défiance basé sur la suspicion permanente est décisif. Cela nécessite que la Nation donne de réelles preuves de confiance et de reconnaissance au corps enseignant, qu’elle passe un véritable contrat clair avec eux sur leurs missions, les objectifs qui leur sont assignés, et les moyens, notamment en formation continuée qui sont mis à leur disposition.


Il s’agit de redonner ainsi du sens au métier enseignant, de la fierté et du bonheur d’enseigner, de permettre aux enseignants de reprendre la main sur le métier. Il semble indispensable dans les politiques de gouvernance pédagogique indispensables à notre système éducatif  d’en finir avec le   fonctionnement « taylorien » des établissements, de redonner toute sa place à la pédagogie, au projet collectif à tous les niveaux d’enseignement, de permettre à chacun de se réapproprier l’ensemble des composantes de l’exercice de son métier, d’en finir avec « l’évaluationnite » aigüe permanente…..


Ce décret doit donc ne pas survivre à l’installation du nouveau ministre de l’éducation nationale nommé par François Hollande et la nécessaire négociation sur le métier enseignant et les procédures d’évaluation qui en découlent doivent s’ouvrir le plus tôt possible.


Jean-Louis Auduc


Liens :

Dossier Evaluer les enseignants

http://www.cafepedagogique.net/lesdossiers/Pages/2011/Evaluer[...]

Pour J. Théophile

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2011/11/15112[...]

C. Ben Ayed : Une question mal posée

http://www.cafepedagogique.net/lesdossiers/Pages/2012/201[...]

Pour une évaluation collective

http://www.cafepedagogique.net/lemensuel/lesysteme/Pages/2[...]



Par fjarraud , le mercredi 09 mai 2012.

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