100 témoins, 100 écoles : Quand la mémoire éduque 

Par François Jarraud


Il y a des rencontres qu’il faut faire. En voici une, faite le 9 mai dans les locaux du Conseil régional d'Ile-de-France. De vrais moments d’humanité offerts par l’association « Paroles d’hommes et de femmes » dirigée par Frédéric Praud. Elle met en contact des immigrés qui viennent dans les établissements scolaires raconter leur vie et la partager avec les jeunes. C’est l’occasion de travaux scolaires. Mais ces immigrés sont aussi des adultes, souvent âgés, qui rencontrent des jeunes et, dans ce contact plus profond qu'il n'en a l'air, la dimension intergénérationnelle est très forte. Personne ne peut y être insensible.


Parlons des témoins


C’est toute la diversité du monde qui cohabite harmonieusement. Il y a « La petite souris », une dame vietnamienne d’un certain âge. « Je me présente : « La petite souris », enfant maltraitée et exploitée, femme bafouée, chef d’entreprise escroquée. Ma jeunesse volée je la retrouve avec vous », dit-elle. Il y a aussi une dame un peu plus âgée, polonaise. « Je vous souhaite de vivre toujours dans un pays libre. Je vous souhaite de vous battre pour les autres ». Et puis cette dame espagnole qui raconte comment les femmes immigrées doivent  se battre encore davantage que les hommes. Il y a aussi ce Togolais, ménage le matin, musique le soir, qui incite les jeunes à la persévérance. Que de belles personnes, que la vie n' a pas ménagées mais qui ont su la diriger.


Vous l’avez compris. Ce que ces témoins apportent dans votre classe ce sont des vies d’immigrés. De vraies vies humaines avec leur profondeur, leurs drames, leurs appels, leurs espoirs et toute leur capacité à toucher les élèves. Et aussi toute leur force pour surmonter les obstacles et construire une vie digne. « C’est important de voir des personnes qui ont réussi et qui puissent le transmettre aux autres ».



Parlons des professeurs


Parmi la vingtaine d'enseignants présents, Brigitte Buisson enseigne le français langue étrangère dans une classe d'intégration. "Ce qu'apporte ce projet, c'est énorme", nous confie-t-elle. Nos jeunes ont perdu leur ainés, restés au pays, leur famille. Discuter avec les témoins, les rassure. Ca leur donne des modèles d'intégration. Enfin c'est un élément moteur pour un travail avec d'autres collègues sur les pays, l'histoire. En français on travaille l'oral avec les témoins mais aussi l'écrit parce qu'on leur envoie une lettre. Dans une semaine, le lycée accueille une exposition de l'association Paroles d'hommes et de femmes. Les jeunes devront accueillir et guider les visiteurs".


Au lycée d'Hirson (Aisne), Lionnel Wimmer juge aussi que ces rencontres apportent beaucoup. "Les élèves ont réalisé une exposition. Ils ont rédigé des poèmes. En histoire - géographie on utilise aussi ces contacts pour le chapitre de géographie sur la ville, en comparant les migrations urbaines en Afrique et en Europe, et en histoire pour le chapitre sur l'histoire de l'Europe et du monde". Mais le grand apport est humain et citoyen. "Ces rencontres font évoluer le regard jeté sur les immigrés à un moment et dans une région  où l'extrême droite progresse. En ce sens, il y a une véritable plus value éducative pour former des citoyens tolérants, capables de vivre avec les autres".


Et il y a Frédéric Praud...


Ecrivain public, ancien éducateur, il a monté ce projet en 2004 à la demande de jeunes. "Ces enfants de l'Aide sociale à l'enfance, n'ont pas de parents. Alors ils m'ont demandé de rencontrer des adultes. Tout est parti de là". Dans le grand amphithéâtre du Conseil régional francilien, Frédéric Praud accueille avec tendresse témoins et enseignants. Il sait entretenir une atmosphère de bienveillance et de sérénité qui n'est pas pour rien dans le succès de l'association. "100 témoins, 100 écoles, ça sert à découvrir la richesse de la diversité", avoue-t-il.


L'association dispose de 120 témoins rompus aux interventions en classe. Elle visite une centaine d'établissements par an dans 6 régions, dont l'Ile-de-France. Le ministère de l'éducation nationale applaudit l'initiative et autorise l'association à entrer dans les établissements. Mais ne veut rien payer. Aujourd'hui c'est la Direction de l'accueil, de l'intégration et de la citoyenneté du ministère de l'immigration et les subventions régionales qui font vivre Parole d'hommes et de femmes.


Pourtant, aussi vrai que le métier d'enseigner consiste aussi à élever des petits d'hommes, je vous l'assure, ce que fait cette association c'est vraiment de l'éducation. N'hésitez pas à entrer en contact avec elle.



Le site de l'association

http://www.parolesdhommesetdefemmes.fr/



Par fjarraud , le jeudi 10 mai 2012.
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