Quand tablettes et réseaux sociaux entrent au collège 

Les 1er et 2 juin prochain aura lieu le 5ème Forum des Enseignants Innovants et de l'Innovation Pédagogique (FEIIP) à Orléans. Parmi les participants, Nadya Benyounes, chargée de mission au CRDP de Rouen, présente le projet tablettes numériques mené avec Sophie Bocquet, professeur documentaliste du collège Matisse de Grand-Couronne. Leur projet mêle l'utilisation de tablettes tactiles, de Twitter et d'autres outils numériques et porte sur de nombreux domaines (réseaux sociaux, éducation aux médias, maîtrise de l'information, écriture collective...). Mais demandons plutôt à ces deux « geek », fondues de nouveauté et curieuses, ce qu'il en est vraiment... Votre idée de départ était d'expérimenter des tablettes tactiles et d'utiliser Twitter, quelles étaient vos motivations ? 

Nadya Benyounes : Au CRDP, l'année dernière, nous avions acquis quelques outils nomades (tablettes et smartphones) que j'ai commencés par prendre en main pour, ensuite, proposer des animations/formations autour de ces outils. Sophie, de son côté, envisageait une expérimentation autour de ces outils, nous nous avons donc décidé de collaborer autour d’un projet commun.

 

Nous sommes toutes deux ferventes utilisatrices des réseaux sociaux et particulièrement Twitter, c’est d’ailleurs par ce moyen que nous nous sommes connues et nous avons eu envie de montrer ce que l’on pouvait faire avec cet outil de réseautage social. Il s’agissait pour nous de leur faire prendre conscience de la potentialité de cet outil et cela m’offrait la perspective de travailler avec les élèves.

 Sophie Bocquet : L'attrait de la tablette tactile, c'est mon côté geek ! Je suis toujours à la recherche de projets Tice innovants. Égoïstement parce que je ne veux pas rentrer dans un train-train où je m'ennuierais mais aussi parce que j'essaye/je voudrais que les élèves du collège, qui sont souvent issus d'un milieu défavorisé, aient les même chances que les autres quand ils arrivent au lycée. Mon chef a été tout de suite partant quand je lui ai proposé le pré-projet en juin 2011. A la base, je proposais un atelier d'excellence où les élèves utiliseraient les tablettes toutes les semaines pour découvrir le fonctionnement et l'utilisation des outils web 2.0. Finalement on a décidé de travailler ensemble sur le projet, Nadya et moi. Vous avez associé cet atelier tablettes à l'opération « Renvoyé Spécial », pouvez-vous en dire plus sur cette opération ? Nadya Benyounes : Il s’agit d’une opération organisée par la Maison des Journalistes en partenariat avec le CLEMI, l’objectif : sensibiliser à la liberté d’expression et au pluralisme dans les médias grâce à la mise en place d’une rencontre entre un journaliste réfugié politique et les élèves. Cette opération ne concerne normalement que les lycéens et nous avons eu la chance de voir notre projet retenu cette année. Quels objectifs visez-vous en participant à cette opération ? 

Sophie Bocquet : Nous voulions donner à notre projet initial une dimension éducation aux média. Avec l'opération « Renvoyé spécial », notre projet tablettes avait maintenant un objectif formidable, un aboutissement : préparer la venue d'un journaliste en utilisant Twitter ! Nous voulions aussi inclure les autres élèves du collège, les élèves de 4ème ont, par exemple, préparé des panneaux d'exposition sur le thème du journalisme et ont eux aussi rencontré le journaliste. Tout au long de l'année, nous avons privilégié tout ce qui était utile aux élèves pour être le mieux préparés le jour J : connaissance du monde de la presse, réseaux sociaux, maîtrise de l'information. Nous voulions aussi les rendre acteur d'un projet et Twitter a permis cela : c'étaient eux qui tweetaient, c'étaient eux qui étaient lus. C'est une position inhabituelle pour ces élèves. Le Jour J, ils devaient être autonomes, devaient prendre des initiatives. Twitter leur permettait aussi de communiquer sur leur projet que ce soit pendant la préparation ou le jour J (live tweet).

 Nadya Benyounes : Le travail préparatoire autour de la presse et des médias, du journalisme et de l’opération renvoyé spécial avec la rencontre de Déo Namujimbo (journaliste réfugié politique) nous a donné l’occasion d’aborder de nombreuses thématiques comme la liberté de la presse. Cela leur a permis de prendre conscience de certaines réalités concernant la liberté d’expression et de mesurer les différences qui existent dans le monde. Ils ont pu tenir le rôle d’apprentis reporters avec la rédaction du journal relatant la rencontre et ont également acquis quelques notions de techniques d’interview. Enfin, les élèves ont acquis des compétences et des habiletés sans même s’en rendre compte : collaborer autour d’un projet, mutualiser, s’organiser, partager les tâches, produire, s’investir, faire preuve d’autonomie, de curiosité et d’initiatives...  Vous avez travailler sur et avec les réseaux sociaux. Comment ces réseaux contribuent-ils à la formation des élèves ?  

Sophie Bocquet : A mon sens, l'utilisation des réseaux sociaux en pédagogie est un formidable moyen de responsabiliser les élèves, de les former en tant que futur citoyen numérique. Les élèves que nous avons à l'atelier sont en troisième, ils ont donc un certain bagage en information documentation, ont des bases en droit de l'information, sont initiés au problème de la validité de l'information, en recherche d'information. Utiliser Twitter était l’occasion d'aller plus loin dans la maîtrise de l'information : rechercher et valider l'information (notion de source, d'auteur...), trier et synthétiser l'information, communiquer, respecter le droit de l'information, assurer une veille informationnelle...

 

Grandes utilisatrices de Twitter, ce réseau social nous paraissait évident, il convenait beaucoup à nos attentes : faire découvrir un autre usage des réseaux sociaux aux élèves, un usage professionnel, et leur permettre de réellement dialoguer avec leurs abonnés. Car Twitter a ouvert l'établissement vers l'extérieur. Les élèves ont pu communiquer avec des personnes qu'ils n'auraient pas pu « approcher » sans Twitter, je pense par exemple à Benoit Vochelet, journaliste à Paris Normandie, avec lequel les élèves ont beaucoup échangé virtuellement avant de le rencontrer lors de sa visite à l'atelier. Ils ont communiqué avec des professeurs, des journalistes... ces échanges ont été très enrichissants pour eux.

 Nadya Benyounes : On voulait les aider à avoir un usage responsable d’Internet (rédaction de chartes mais également adoption d’un comportement responsable lors de l’atelier) et leur montrer comment utiliser les réseaux sociaux et les mettre au service de leurs apprentissages. On a pu dans cet atelier aborder des notions comme l'identité numérique, l'e-réputation, le droit d’auteur ou le droit à l’image. Par cet atelier, ils ont aussi appris à communiquer (règle du message essentiel, synthétiser, prendre en compte le/les destinataires) et à rechercher des informations (travail autour de la recherche sur Twitter, comment utiliser les mots clés, les hashtags pour faciliter/spécifier leur recherche).  Quel a été l'impact de l'utilisation de la tablette sur l'apprentissage des élèves ? Nadya Benyounes : Sur le plan technique, la rapidité de démarrage ou d’arrêt des tablettes et la facilité de prise en main des applications est un plus. Les séances d'atelier démarre beaucoup plus rapidement, on peut tout de suite aller à l’essentiel et ce n'est pas négligeable !Sophie Bocquet : C'est un outil très motivant pour les élèves, c'est l'attrait de la nouveauté, de la rareté. Les avantages de la tablette sont aussi sa mobilité, sa maniabilité (les élèves peuvent se déplacer avec la tablette tout en tapant du texte, prendre une photo, une vidéo...), l'autonomie de sa batterie ou encore la découverte d'applications non disponibles sur ordinateur et sa simplicité d'utilisation. Enfin utiliser ces tablettes a responsabilisé les élèves sur l'usage du matériel, ils en ont naturellement pris grand soin, les manipulant avec précaution, les nettoyant après chaque atelier. Quelle est votre position de prof-doc dans cet atelier ?  

Sophie Bocquet : Cet atelier a été l’occasion de jouer pleinement et sans complexe mon rôle de professeur documentaliste. Quel plaisir ! Entièrement consacré à l'info doc et à l'éducation au média, pouvant juger aussi des acquis des élèves depuis la sixième et du travail que je fais avec eux depuis leur arrivée au collège, je me suis posée comme chef d'orchestre, leur donnant les grands axes, les notions qu'ils leur manquaient, les conseils et en essayant de leur laisser la plus grande autonomie possible.

 Avec Nadya, nous avons travaillé de concert, nous n'avions pas de rôle prédéfini, mais tacitement et par facilité, j'étais le point d'ancrage au collège, point de convergence des élèves. Nadya s'est beaucoup occupée des relations extérieures, notamment avec le Clémi, Madmagz... Quels retours avez-vu eu des élèves participants à l'atelier ? Nadya Benyounes : Ils ont aimé travailler de cette manière, mais ils auraient aimé que ce soit un plus long (une heure par semaine c’est un peu court, il est vrai). Les élèves étaient très investis, attentifs, autonomes et nous n’avons pas eu à intervenir ils ont pris leur rôle à cœur que ce soit en tant qu’interviewer lors de la table ronde face à Déo ou en tant qu’ambassadeurs lors de la rencontre de Déo avec les élèves de deux classes de 4e.Sophie Bocquet : Les retours des élèves sont très positifs, je pense qu'ils mesurent la chance qu'ils ont eu de participer à un tel projet. Ils ont été bouleversés par l'histoire et la rencontre avec Deo Namujimbo. Ils sont fiers de ce qu'ils ont fait et de l'impact que l'atelier a eu.  Il y en a même une qui a changé son choix d'orientation pour se tourner vers le journalisme ! Quel bilan faites-vous de cette action ? 

Sophie Bocquet : Un bilan très positif, je ne pensais pas que l'on ferait autant de choses avec ces tablettes quand j'ai commencé le projet il y a presque un an. Cela m'a permis aussi de mesurer à quel point il est important que les élèves soient formés sur le long terme à la maîtrise de l'information, ce n'est pas innée, ils ont besoin d'un bagage conséquent pour devenir des citoyens du numérique responsables. On a beaucoup travaillé avec Nadya, mais je ne regrette rien et je suis prête à recommencer !

 Nadya Benyounes : Un bilan plus que positif, de nombreux objectifs ont été atteints mais le projet n’est pas encore terminé. Néanmoins, nous pouvons déjà nous appuyer sur le travail effectué lors de la rencontre avec Déo et dire que les élèves ont su tenir leur rôle. Ils ont été capables de réinvestir tout ce que nous leur avons appris lors de l’atelier et ont même su puiser dans leurs ressources personnelles. Des conseils pour celles et ceux qui voudraient se lancer ?

Sophie Bocquet : Travailler en équipe, avoir un projet avec des objectifs jalonnés dès le début d'année, communiquer autour de ce projet.

 Nadya Benyounes : Laisser les élèves vous montrer ce qu’ils savent faire. Favoriser l’autonomie et l’initiative, et accompagner. Ne pas être trop ambitieux et éviter de multiplier les objectifs.  Propos recueillis par Frédérique Yvetot Le projet sur le site du Forum des enseignants innovantshttp://www.forum-orleans2012.net/ProjectView.aspx?PrjID=98227038-7E7E-4F4E-98B6-5F755BD27D28La rubrique « Atelier Tablettes numériques » du site du collège Matisse de Grand-Couronnehttp://matisse-col.spip.ac-rouen.fr/spip.php?rubrique148 Le Twit'magazine réalisé pour l'atelier, premier numérohttp://madmagz.com/fr/magazine/134116 

Par fjarraud , le lundi 21 mai 2012.

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