Documentation : Du CDI au CCC dans les établissements scolaires ? 

CLDP, SDI, CDI, CCC,… s’agit-il uniquement d’un changement d’acronyme ? Internet, ressources numériques, tablettes, liseuses, wikipédia, moteurs de recherche, e-sidoc,… De nouveaux outils, de nouvelles sources d’information, n’est-ce pas le bon moment pour réfléchir à notre profession ? Lançons le débat !

 « Et si on enseignait vraiment le numérique ? » Tel est le titre d’un article d’Olivier Ertzscheid publié dans le journal Le Monde du 3 avril 2012 dans lequel il est notamment écrit : « Il faut enseigner la publication. De sa naissance jusqu’à sa mort, le web fut et demeurera un média de la publication ». Je suis entièrement d’accord avec ces propos, cet enseignement pourrait d’ailleurs être dispensé dans un futur Centre de Connaissances et de Culture (CCC).

Lente évolution

Si vous prenez Google Maps et que vous zoomez sur un établissement scolaire, que voyez-vous depuis de très nombreuses décennies ? Deux parties : l’une consacrée à l’administration pour le bon fonctionnement, l’autre à la pédagogie où cohabitent des « grands » et ceux qui le sont moins… en d’autres termes : des professeurs et des élèves. Leur « habitat »… n’a pas beaucoup changé… salles de classe avec tables et chaises, l’estrade a disparu à de très rares exceptions près. Il faut cependant apporter des nuances, le tableau qui a changé de couleur : du « noir » au blanc et de plus en plus interactif. En effet, l’installation du TNI ou Tableau Numérique Interactif est en train de se généraliser dans les établissements scolaires.

Une place centrale

Souvent central, au « cœur » de l’établissement diront certains… se trouve le CDI ou Centre de Documentation et d’Information. Celui-ci naît à Paris en 1958 au lycée Janson de Sailly à l’initiative d’un proviseur plein d’idées, Marcel Sire (il s’est d’abord appelé le Centre Local de Documentation Pédagogique). Un CAPES (Certificat d’Aptitude au Professorat et à l’Enseignement du Second degré) créé en 1989 donne sa légitimité à cette profession. C’est ainsi qu’une nouvelle dénomination apparaît : professeur documentaliste. C’est un enseignant à l’image de son lieu, unique, singulier, sans classe attitrée mais avec élèves, tous les élèves ; bibliothécaire et aussi professeur travaillant souvent avec ses collègues des disciplines « classiques ».

La « révolution » des réseaux

Depuis cette date, quelques changements technologiques sont apparus et en particulier la transformation des supports d’information avec le passage du papier à la digitalisation, permettant d’obtenir du contenu via un contenant accessible à tous, à tout moment et en tout lieu. C’est la « révolution » des réseaux et surtout du premier d’entre eux, le web ou le réseau des réseaux. L’accès aux livres et à la presse « papier » demeure et cohabitent souvent en bonne harmonie étagères pour les livres ou documentaires (les logiciels documentaires sont maintenant accessibles depuis l’extérieur et donc du domicile des élèves, ils peuvent ainsi prendre connaissance des ressources documentaires de leur CDI) et écrans d’ordinateur pour un travail local (traitement de texte le plus souvent) ou l’accès à des ressources numériques. Peu à peu des objets nomades apparaissent : Smartphones, tablettes numériques et autres liseuses à encre électronique… Néanmoins l’espace est toujours occupé par les élèves pour travailler en groupe ou en autonomie ou pour une lecture plaisir. Loin d’être déserté, c’est aussi un lieu où le lien social se construit sous le regard bienveillant du professeur documentaliste. L’élève manifeste sa joie quand un professeur est absent, par contre il n’aime guère trouver « porte close » au CDI. C’est tout le paradoxe de la société numérique, il suffit d’une connexion à internet pour accéder au contenu et cela devrait diminuer la fréquentation des bibliothèques, ce qui n’est pas le cas.

Motivation par les réseaux

Cependant, isoler le monde éducatif de la société n’est plus possible. Si vous fermez la « porte » aux réseaux sociaux ou autres moteurs de recherche, ils rentreront par d’autres « fenêtres » et inlassablement essaieront de capter votre attention pour placer leurs publicités. Nous vivons dans une société dans laquelle l’écran focalise les regards de chacun. Les élèves n’échappent pas à cette marchandisation malgré l’instauration de règlements intérieurs dans les établissements scolaires. Pourquoi ne pas ruser, et faire semblant de les utiliser pour transmettre des connaissances ? C’est le moyen de motiver cette population si souvent sollicitée et de plus en plus blasée par tout ce qu’elle peut voir sur tous ces écrans. Ainsi donc, tout n’est pas à jeter avec « l’eau du bain des marchands » d’attention. Sur ce sujet, il faut lire les analyses d’Alain Giffard, dans Pour en finir avec la mécroissance. Pour lui, il y a de « mauvaises distractions de l’ordre de la surcharge cognitive », trop de liens hypertextes est défavorable à la concentration. Il fait une différence entre une attention orientée vers le texte et une attention où tout est dirigé vers les médias, d’où une hyper attention qui est requise donc une forte surcharge cognitive. « L’hypertextualisation » renvoie à des informations supplémentaires. N’est-on pas empêché dans son acte premier qui est de lire et de comprendre ce qui est écrit. En effet, réseaux sociaux, moteurs de recherche, applications sur Smartphone, encyclopédies et dictionnaires en ligne… changent notre façon de travailler à l’instar du monde de l’entreprise. Travailler en équipe, par projet, individualiser son apprentissage sont maintenant des pratiques à mettre en place ou à généraliser dans les établissements scolaires. Il s’agit juste de trouver un équilibre entre les cours ex cathedra et les méthodes individuelles, actives et connectées aux ressources numériques.

Et le CCC est arrivé...

Derrière ce changement de nom de CDI à CCC, il est peut-être temps de « reterritorialiser » l’école, d’apprendre à nos élèves à utiliser ces outils, savoir rechercher, « publier », identifier, classer,… s’arrêter… prendre du recul. Cette distance est nécessaire pour séparer bon grain, réelle connaissance… et ivraie, entreprise chronophage, déroutante, lucrative et perpétuelle. Si l’élève a de bons réflexes (cela nécessite des apprentissages au numérique peu dispensés pour l’instant dans le monde éducatif), de bonnes méthodes de travail, il pourra travailler à l’acquisition des savoirs sur les mêmes outils chez lui ou dans un Centre de Connaissances et de Culture. En conséquence, former les élèves à un usage responsable des TICE (Technologie de l’Information et de la Communication) devrait être une de nos préoccupations majeures. L’acquisition de connaissances transformera nos élèves en personnes cultivées et réflexives. Plus qu’un changement de nom, c’est la volonté de donner un nouveau départ à ces lieux et d’être plus en phase avec la société sans pour autant abandonner les valeurs fondatrices de l’école républicaine.

Philippe Chavernac

Professeur documentaliste, LP Gustave Ferrié, Paris

Sur Le Monde, l'article d’Olivier Ertzscheid (3 avril 2012)

Alain Giffard, Pour en finir avec la mécroissance, Flammarion, 2009.

Sur Eduscol, le vade-mecum « Vers des Centres de Connaissances et de Culture », mai 2012

Le Plan de développement des usages du numérique à l’école

Sur le Café Pédagogique, « Mode d'emploi vers un 3C »

 

Par fjarraud , le jeudi 07 juin 2012.

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