Education prioritaire : Un rapport officiel demande une "remise à plat" 

" Globalement, malgré des réussites ponctuelles qu’il convient de saluer, les effets du programme ECLAIR sont très modestes dans les écoles et les établissements. La plus-value éducative et pédagogique est limitée", note le rapport de l'Inspection générale sur "l'élargissement du programme CLAIR au programme ECLAIR" que le ministère vient de publier. . Ce rapport coordonné par Michel Hagnerelle, Alain Houchot et Simone Christin, dresse un tableau très critique d'une réforme imposée au pas de charge par Luc Chatel.

 

Mis en place en janvier 2011, le programme Eclair élargissait aux écoles le réseau Clair créé en 2010. De fait il se substituait aux réseaux ambition réussite (RAR) dont il inclue finalement tous les établissements. Au total 339 établissements dont 303 collèges et les écoles de leur secteur en font partie. Les établissements Eclair bénéficiaient de postes à profil, de la mise en place de "préfets des études" en charge de la coordination par niveau. Les réseaux Eclair devaient aussi se transformer en laboratoires innovants  pour proposer de nouvelles pratiques enseignantes. Sur tous ces points, le rapport est volontiers critique.

 

Des territoires à réviser

 

Les rapporteurs rappellent que les territoires Eclair sont ceux des anciens RAR. " La définition de cette carte des RAR n’avait pas fait l’unanimité en son temps, certains choix de classement, locaux ou nationaux, ayant été contestés". Ils préconisent donc une redéfinition des territoires en fonction des données sociales et scolaires actuelles. Ils souhaitent " limiter la cartographie de l’éducation prioritaire aux écoles et aux collèges, les problématiques des lycées relevant d’autres logiques".

 

En finir avec le préfet des études ?

 

Peu de changement dans le pilotage des Eclair estiment les inspecteurs qui ont constaté qu'en fait "le terrain a imposé son fonctionnement". Les comités des RAR continuent à focntionner comme avant. C'est dans ce contexte que les préfets des études se sont mis en place. "La fonction de préfet des études est appréciée dans les établissements, car le suivi des élèves par niveau était jusque-là plus lointain". Mais "son appellation amène des crispations inutiles" tellement elle est porteuse de connotations en contradiction avec les objectifs de l'éducation prioritaire. Les rapporteurs demandent une nouvelle appellation. Quant au recrutement sur poste à profil, les rapporteurs confirment qu'il se fait difficilement. "L'attractivité est inégale selon les académies". Elle ne comblerait que 35% des postes à Amiens par exemple. Les rapporteurs ne demandent le maintien de postes à profil que dans le second degré pour renforcer la stabilité des équipes. Ils demandent une "mise en cohérence " des indemnités.

 

La faillite de l'innovation pédagogique

 

Les réseaux ECLAIR devaient être le laboratoire d'une éducation nationale qui avait abandonné l'innovation et l'avait même condamnée sous Robien et Darcos. Le rapport confirme les ratés que le rapport Reuter avait rendu publics. " Dans plusieurs cas, des équipes ressentent même ces dispositifs d’innovation comme des contraintes et des gênes". " Au total, peu de nouveautés sont réellement liées aux ECLAIR" note le rapport. "Eclair n'a pas fait évoluer les pratiques".

  

Le début du renouveau ?

 

Pour les inspecteurs, Eclair est " une réponse insuffisante aux problématiques de l’éducation prioritaire". " Globalement, malgré des réussites ponctuelles qu’il convient de saluer, les effets du programme ECLAIR sont très modestes dans les écoles et les établissements. La plus-value éducative et pédagogique est limitée... La démarche se révèle inadaptée pour impulser une dynamique de changement dans le système éducatif".

 

En proclamant que " ECLAIR constitue une réponse inadaptée aux grands défis de l’éducation prioritaire" malgré la qualité des équipes "motivées" des réseaux, le rapport invite à une "remise à plat de l'éducation prioritaire". C'est ce que fait en ce moment la concertation nationale. Le rapport de l'Inspection générale annonce une nouvelle politique dans le cadre de la refondation.

 

François Jarraud

Liens :

Le rapport

Le rapport de juin 2011

Quel bilan pour l'innovation ?

 

 

Par fjarraud , le jeudi 06 septembre 2012.

Commentaires

  • Rcoutouly, le 06/09/2012 à 08:55
    On n'arrivera pas en éducation prioritaire tant qu'on ne cherchera pas à comprendre pourquoi certains établissements fonctionnent bien alors que d'autres sont en grande difficulté.

    Ce rapport, comme tous les rapports et expertises consacrés à cette question, se contente de "saluer les réussites" de certains établissements. C'est gentil mais il faudrait aller chercher les bonnes pratiques, les analyser et se donner les moyens de les étendre. C'est le seul moyen de modifier en profondeur le système.
    Au nom de l'égalitarisme républicain, on n'ose pas mettre des coups de projecteur sur les réussites. L'échec de l'EP (relatif car il dépend énormément des établissements) est surtout dû aux injonctions continuelles du ministère qui viennent perturber le travail sur le terrain (ECLAIR fut d'ailleur un modèle du genre de ce type de politique).
     La centrale devrait surtout laisser les équipes de terrain travailler, les soutenir et leur donner les moyens de chercher les bonnes pratiques.


    Rodrigue Coutouly

    principal en EP
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