Refondation : L'Ecole repeinte par le Sgen Cfdt 

A quoi pourrait ressembler l'Ecole "refondée" ? Autant poser la question à un des syndicats qui semblent les plus engagés en faveur d'un changement profond de l'Ecole. Du projet, assez volumineux, du Sgen Cfdt quelques idées fortes se dégagent, celles sur lesquelles le consensus semble le plus difficile à construire. Mais allez savoir ! Thierry Cadart, secrétaire général, sait les défendre et montrer le lien entre changement social et pédagogie.

 

Quel regard jetez vous sur la concertation ? Le consensus vous semble t-il possible ?

 

La concertation se déroule de façon différente selon les ateliers et les sujets traités. Dans l'ensemble c'est encourageant. Ce qu'on entend montre qu'il y a un vrai engagement envers l'Ecole et un diagnostic partagé. Il se dégage un discours dominant sur ce que doit devenir l'Ecole. Globalement les discours de tous évoluent. On ressort plutôt optimistes sur la transformation de l'Ecole. Elle sera peut-être possible.

 

Justement il y a une idée que l'on retrouve à tous les niveaux dans le projet du Sgen. C'est la référence constante à l'accompagnement personnalisé. C'est d'autant plus surprenant que de nombreuses études, y compris officielles, montrent que ces dispositifs ne marchent pas. Pourquoi cette focalisation ?

 

Il faut distinguer l'accompagnement personnalisé que l'on attend et ce qu'on a connu. La mise en oeuvre actuelle ne permet pas que ça marche. On n'est pas surpris des évaluations négatives. Mais ce qui nous intéresse c'est l'idée d'avoir des dispositifs qui s'adressent aux élèves là où ils sont scolairement. Et donc d'avoir des rythmes d'apprentissage  différents selon les jeunes. Si on le met en place  pour se dispenser de toute réflexion sur la classe ça ne marche évidemment pas.  Mais si on le met en place ne même temps qu'on fait évoluer les pratiques dans la classe ça vaut la peine. Si ca sert à proposer des chemins différents aux élèves c'est utile. Par exemple au primaire on avait défendu l'idée des horaires décalés qui permettaient sur le temps de l'accompagnement personnalisé un encadrement des élèves en petits groupes pour les aider à franchir les caps. On est loin du système mis en place qui reproduit la classe sans objectif. Et ça correspond aussi à une attente des élèves et des parents surtout pour ceux qui n'ont pas les codes de l'école.

 

Une autre idée qui structure votre réflexion c'est l'équipe : il faut faire travailler les enseignants en équipe, reconnaître l'équipe éducative etc. Mais on sait bien que souvent les réunions d'équipe tournent à vide en évitant soigneusement les sujets qui pourraient heurter les uns ou les autres... On reste dans le superficiel.

 

Pour nous le travail d'équipe est nécessaire vu la difficulté du métier aujourd'hui. Ca doit faire partie de la formation des enseignants. Il faut aussi du temps pour le faire. Et surtout il faut que ce travail en équipe ait un objet. S'il n'est pas lié à un projet pédagogique avec une véritable liberté de manoeuvre, si on ne desserre pas le  carcan de l'organisation de l'Ecole ça n'a pas de sens.

 

Vous allez donc militer pour le rétablissement des IDD et l'élargissement des TPE ?

 

Pour nous ce ne sont pas des fins en soi. Mais des outils qui avaient trouvé leur place et qui commençaient à initier un changement des pratiques et donc un levier intéressant. Il faut retrouver les moyens d'avoir un levier similaire même si tout n'était pas parfait. Redonner des espaces en dehors du prescrit actuel pour travailler autrement c'est une nécessité. Ca donne de l'air à la profession et des marges de manoeuvre pour les équipes. Dès qu'on sera dans les négociations concrètes on agira en ce sens.

 

J'ai été surpris de voir que le Sgen défende l'idée d'établissement public du premier degré. C'est une idée qui vient plutôt des gestionnaires chateliens...

 

Si on demande aux collègues "souhaitez vous avoir un petit chef sur le dos", la réponse est évidemment non. Mais si on leur demande s'il y a des difficultés pour que l'école soit un vrai acteur sur son territoire, capable de dialoguer avec les autres partenaires, la réponse est nettement oui. Les collègues sont conscients qu'il y a une réflexion à mener sur la structure administrative de l'école. Il faut  traiter la question de l'existence administrative de l'école. Maintenant ça peut prendre différents formes selon les territoires. Il faut de la souplesse : des regroupements d'école ou même un regroupement autour d'un collège. Mais il fait que cette mise en place respecte la démocratie professionnelle, que le conseil des maîtres de chaque école garde ses prérogatives sur le fonctionnement pédagogique de l'école. Pour le reste, il faut que le système reconnaisse à ses acteurs principaux, qui sont les enseignants, la capacité d'innovation et d'organisation de véritables cadres A de la fonction publique. Il faut arrêter les contrôles à priori et les injonctions descendantes.

 

Au collège, vous vous battez pour l'évaluation par compétences. Il y a des endroits où cela se passe bien. Mais souvent, à travers le LPC, l'évaluation par compétences est vécue comme un pensum administratif et ça a plutôt dégouté les gens..

 

C'est vrai que c'est dramatique de voir jusqu'à quel point on a été capable de faire semblant de mettre ne place le socle et donc l'évaluation par compétences avec au final le dramatique livret de compétence, un vrai repoussoir.  Mais si on veut mettre ne place le socle commun pour faire réussir tous les élèves, il faut changer l'évaluation. Pour cela il faut apprendre aux enseignants à reconnaitre les compétences mises en oeuvre et à les évaluer.   On plaide pour que les programmes soient repris dans cette logique et pour un vrai accompagnement pour que ça se passe bien.

 

Du coup, c'est forcément revenir sur le découpage disciplinaire pour arriver à une approche par famille de disciplines ?

 

Pas obligatoirement. Les enseignants n'ont pas l'obligation de devenir polyvalents. Les compétences scientifiques par exemple peuvent être acquises en maths ou en physique. On n'a pas à recycler le collège en pôle de compétences scientifiques. On peut rester professeur de maths et à partir de là avoir un enseignement qui développe les compétences des élèves.

 

Au Québec, ils ont fini par regrouper les disciplines en grands pôles... C'est ce que vous soufflez pour la 6ème et la 5ème.

 

On voit bien que c'est un arrachement pour certains enseignants. On est pour une démarche qui peut aboutir à quelque chose qui transcende les frontières disciplinaires progressivement. On ne regarde pas les disciplines de la même façon en 6ème et au lycée. Mais on n'est pas obligé de passer par là. On peut simplement confier aux enseignants en priorité l'acquisition des compétences.

 

Au lycée, vous militez pour l'évaluation par contrôle en cours de formation (CCF) et par module transférables. Je me demande si les deux ne sont pas un leurre. On sait bien qu'en fait il y a une différence de niveau entre les maths de 1ère STMG et de 1ère S. Et le CCF a ses revers en terme social par exemple.

 

La transférabilité se pose déjà. On n'est pas dans la même classe selon les établissements. Ce qu'on veut c'est venir à bout du système cloisonné par filières, où il y a une filière d'excellence et le reste. Les impasses de ce système sont évidentes. On n'est pas pour des modules ouverts à tout qui permettent à n'importe qui de faire n'importe quoi. Mais pour que les élèves puissent bâtir des parcours différents de ceux d'aujourd'hui à condition d'être accompagnés. Le système modulaire favoriserait par exemple les reprises d'étude.

 

Quant au CCF, on doit pouvoir mettre des systèmes de vérifications si ça dérape. Il faut mettre à bas le système des obstacles et de l'échec en validation finale. Avec le contrôle en cours de formation on permet à tous les jeunes de réussir en mettant en place des paliers d'acquisition.

 

Mais le système éducatif français peut-il vraiment devenir moins hiérarchisé dans une société qui semble demander toujours plus de tri et de sélection ?

 

Ce système existe et il commence avec l'Ecole. Et c'est dur de le faire bouger. Mais cela devient tellement nécessaire. Nous militons pour une autre société et changer l'Ecole peut faire avancer les valeurs auxquelles on tient.

 

Propos recueillis par François Jarraud

 

 

Par fjarraud , le mardi 18 septembre 2012.

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