Par Monique Royer
Peut on faire comme si de rien n’était ? Apprendre, enseigner par temps de crise ou par temps prospère est ce identique ? Dans les faits non, dans les débats sans doute. L’école sanctuaire a vécu si elle a vécu un jour. Mettre l’école à l’abri des assauts socio-économiques en dressant les remparts du savoir est un vœu pieu, un vœu en forme de ligne Maginot.
Peut-on penser l’éducation en ne regardant pas ce que la crise produit et ce qu’elle amènera si on n’y prend garde ? L’insécurité sociale fragilise le système éducatif insidieusement. Combien d’enfants de chômeurs, combien d’enfants exclus de fait de la société de consommation sans pour autant être privés d’envies ? Quels espoirs s’autorise-t-on quand on a sous les yeux les signes d’une lente dérive vers un retrait du monde montré par les écrans ?
Au quotidien, ces questions se posent à des enseignants un peu partout en France. La pauvreté s’immisce dans les apprentissages avec à la clé une croyance affaiblie dans la valeur de ce qui s’apprend. A quoi ça sert d’étudier si au bout le travail n’y est pas ? Au bout de quoi d’abord, les études se paient et les inégalités se manifestent là aussi. Redonner du sens, de la valeur aux savoirs, la tâche est rude mais essentielle. Elle s’attache aux données fondamentales d’une société en transition, le socle commun est aussi celui des valeurs, celui d’un chemin commun que l’on trouverait vers l’avenir. Dans une société en crise, le risque de voir s’étioler les références partagés est grand. Autant ne pas faire la sourde oreille.
L’ascenseur social est en panne ? Inventons un escalier et pourquoi pas en colimaçon ou avec de jolis paliers histoire de prendre son temps, d’apprendre en détours, en pleins, en reliés, dans les interstices, de reconnaitre aussi les savoirs glanés au fil des rencontres avec des grains de connaissance, des perles de compréhension. Le sens des apprentissages rejoint aussi le sens de la vie, le réinventer est une aujourd’hui une nécessité pour ne pas laisser l’espoir aux seuls voix obscures. La crise frappe à la porte de l’école, pourvu que la refondation ne fasse mine de l’ignorer.
Monique Royer