C’est la crise qui frappe à la porte 

 

Par Monique Royer

 

Peut on faire comme si de rien n’était ? Apprendre, enseigner par temps de crise ou par temps prospère est ce identique ?  Dans les faits non, dans les débats sans doute. L’école sanctuaire a vécu si elle a vécu un jour.  Mettre  l’école à l’abri des assauts socio-économiques en dressant les remparts du savoir est un vœu pieu, un vœu en forme de ligne Maginot.

 

Peut-on penser l’éducation en ne regardant pas ce que la crise produit et ce qu’elle amènera si on n’y prend garde ? L’insécurité sociale fragilise le système éducatif insidieusement. Combien d’enfants de chômeurs, combien d’enfants exclus de fait de la société de consommation sans pour autant être privés d’envies ?  Quels espoirs s’autorise-t-on quand on a sous les yeux les signes d’une lente dérive vers un retrait du monde montré par les écrans ?

 

Au quotidien, ces questions se posent à des enseignants un peu partout en France.  La pauvreté s’immisce dans les apprentissages avec à la clé une croyance affaiblie dans la valeur de ce qui s’apprend. A quoi ça sert d’étudier si au bout le travail n’y est pas ? Au bout de quoi d’abord, les études se paient  et les inégalités se manifestent là aussi. Redonner du sens, de la valeur  aux savoirs, la tâche est rude mais essentielle. Elle s’attache aux données fondamentales d’une société en transition, le socle commun est aussi celui des valeurs, celui d’un chemin commun que l’on trouverait vers l’avenir. Dans une société en crise, le risque de voir s’étioler les références partagés est grand. Autant ne pas faire la sourde oreille.

 

L’ascenseur social est en panne ? Inventons un escalier et pourquoi pas en colimaçon ou avec de jolis paliers histoire de prendre son temps, d’apprendre en détours, en pleins, en reliés, dans les interstices, de reconnaitre aussi les savoirs glanés au fil des rencontres avec des grains de connaissance, des perles de compréhension.  Le sens des apprentissages rejoint aussi le sens de la vie, le réinventer est une aujourd’hui une nécessité pour ne pas laisser l’espoir aux seuls voix obscures. La crise frappe à la porte de l’école, pourvu que la refondation ne fasse mine de l’ignorer.

 

Monique Royer

 

Par fjarraud , le vendredi 21 septembre 2012.

Commentaires

  • Foucher95, le 21/09/2012 à 17:54

    Oui Naulette pas sûr qu'il s'agisse du même escalier, vous avez raison. Et belle image que celle de la cordée.
    Juste pour en finir avec « l'ascenseur social », je constate que si vous qualifiez l'escalier de la méritocratie de mortifère, vous ne reprenez pas pour autant le thème de « l'ascenseur social » tombé en panne. Il n'y en a jamais eu.

    L'escalier de l'excellence me paraît nécessairement passer par de la sélection, par des examens et des concours nationaux. Je crois qu'ils sont plus une garantie de démocratie que la mise en place d'évaluation individualisée des compétences.

    La cordée est une belle image mais elle prend parfois la forme d'une véritable coercition sociale où le groupe impose la médiocratie. C'est ce que vivent beaucoup d'élèves de nos villes. Il faut pondérer coopération et sélection. Je milite comme vous, pour la coopération, notamment numérique. Un exemple (sur un modèle qui a fait du bruit numérique) : Commentaire composé littéraire à rendre dans un délai de 2 semaines. Première semaine tous les élèves déposent sur un ENT, un wiki, ou un PAD, les pistes d'analyses du texte qu'ils aperçoivent. Deuxième semaine, tous les élèves sont à même d'exploiter les pistes déposées collectivement, pour rédiger un commentaire individuel. Le professeur évalue pour chaque élève tant l'apport individuel à la phase collective que le commentaire individuel.

    Dans le conflit socio-cognitif nous avons surestimé le collectif et mésestimé le conflit. Il fait mal et renvoi chacun à lui-même. Malgré l'admiration qu'on peut avoir pour Vytgosky, j'avoue alors avoir une préférence pour Bachelard et son « repentir cognitif ».


  • Naulette, le 21/09/2012 à 15:05
    Foucher95, je ne suis pas sûre que vous parliez du même escalier que Mme Royer, mais c'est à elle de nous le dire.
    Pour ma part, plutôt que l'escalier et l'effort solitaire (bien plus rude pour l'élève de famille pauvre, très pauvre, comme certaines familles de mon école) je préfère alors l'idée de la cordée !
    Il faut apprendre à tous les enfants qu'il faut grandir, progresser, apprendre et s'élever TOUS ensemble encordés dans la coopération (joyeuse et gratifiante pour celui qui aide comme pour celui qui reçoit, surtout que les rôles sont réciproques) et non selon cette méritocratie mortifère qui ne profite qu'aux mieux lotis, à ceux qui d'emblée avaient toutes les chances.
    Faire des efforts, oui ! Viser l'excellence , oui ! Mais dans la solidarité et la coopération ; pas dans la compétition et la sélection.
    Sinon les lauréats de l'excellence méritocratique risquent bien de prendre un jour en pleine figure la violence de la révolte des exclus.
  • Foucher95, le 21/09/2012 à 12:57
    Mme Royer j'aime votre appel à prendre l'escalier. "L’ascenseur social" est un mythe pour période économique où beaucoup de choses ont paru aisées. Comme si l'appel sur bouton à une machine avait jamais permis de gravir l'échelle sociale... Il faut se débarrasser de cette formule, véritable leurre, excepté pour monde de reality show.

    Il faut oser penser de nouveau l'ascension sociale en terme d'excellence, garant d'une société démocratique. Penser l'école sur le seul angle social, comme la période nous y pousse, c'est aliéner les élèves dans un cercle vicieux qui renvoie la responsabilité sociale sur la seule école, jusqu'à faire douter d'elle et pousser chaque élève à en oublier le travail sur soi.
    Penser l'ascension sociale en terme d'excellence, nous permet de penser le social dans l'école et donner première place aux apprentissages. C'est un appel au travail, à l'effort, et à retour à certains principes républicains souvent oubliés...
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