Comment démocratiser l'enseignement supérieur ?  

Si la France a rattrapé son retard dans l'accès à l'enseignement supérieur, les inégalités restent criantes dans l'accès aux différentes branches de l'enseignement supérieur. Le Conseil économique, social et environnemental a adopté le 25 septembre les préconisations d'un rapport présenté par Gérard Aschiéri. Parmi elles, le rétablissement des TPE en terminale...

 

Comment permettre aux "nouveaux bacheliers" de réussir leurs études supérieures ? C'est tout le sujet du rapport Aschieri , adopté haut la main au CESE le 25 septembre. "Les principaux obstacles à une démocratisation réussie de l'enseignement supérieur résident dans l'orientation ainsi que dans les conditions  d'études et de vie des étudiants" précise le rapport Aschieri. Certes, 15% des étudiants sont obligés de travailler ce qui est souvent incompatible avec la réussite aux examens. Mais la référence à l'orientation rappelle que le problème se situe aussi dès le lycée avec l'arrivée des "nouveaux bacheliers".

 

Les "nouveaux bacheliers" sont issus de classes plus populaires et sont souvent les premiers de la famille à accéder à l'enseignement supérieur. Ils résultent de la progression récente du taux d'accès au bac. C'est à dire que pour l'essentiel, il s'agit de bacheliers professionnels. En trois ans, avec la réforme du bac pro en 3 ans,  leur nombre a doublé.

 

Agir dès le lycée. Le rapport préconise de mieux préparer les lycéens au supérieur. Une mesure phare se détache : le rétablissement des TPE en terminale. Interrogé par le Café, G Aschieri les TPE "préparent à ce que va être le métier d'étudiant en faisant l'apprentissage de l'autonomie". Cet enseignement bidisciplinaire innovant met les lycéens en situation de recherche. L'évaluation se focalise sur le travail de recherche plus que sur le résultat final ce qui rend les TPE très formateurs. L Fillion, ministre de l'éducation nationale, a ramené les TPE de 2 à 1 an. Et, malheureusement, les TPE n'existent que dans l'enseignement général. Les bacheliers professionnels n'ont pas d'épreuve équivalente. G Aschiéri préconise aussi de renforcer l'information des professeurs principaux pour l'orientation ainsi que les moyens de l'ONISEP.

 

Agir sur le supérieur. La clé de l'accès au supérieur pour les nouveaux lycéens c'est le technologique court, STS et IUT. Le rapport se limite à préconiser de "faire jouer tout leur rôle aux STS et IUT dans l'accueil des lycéens professionnels et technologiques". Aujourd'hui il y a davantage de bacheliers généraux en STS (20%) que de bacheliers professionnels (17%). "Si on impose des objectifs contraignants sans donner de moyens supplémentaires aux enseignants pour accueillir les bacheliers professionnels, ça ne marche pas", estime G Aschieri. Si le ministre peut difficilement imposer ses vues aux IUT il lui serait facile d'imposer des quotas de bacheliers professionnels en STS. Le rapport écarte cette solution. Malheureusement c'est imposer des chemins croisés aux bacheliers professionnels. Ecartés des STS par les bacheliers généraux ils sont obligés de prendre leur place en université où leur taux d'échec est très fort. Le rapport recommande également d'améliorer la prise en charge pédagogique des nouveaux étudiants en incitant à la mise en place de petits groupes en université avec des modules d'adaptation.

 

Améliorer les conditions de vie des étudiants. Le rapport préconise la revalorisation des bourses étudiantes limitées actuellement à 460 € sur 10 mois. Il invite aussi à la construction de logements étudiants et à développer des emplois pour les étudiants dans l'éducation nationale, allusion peut-être aux emplois aidés professeur.

 

Quelle efficacité ? Si toutes les préconisations du rapport sont utiles, aucune ne perturbe vraiment la situation actuelle. Le rapport souhaite que les nouveaux bacheliers soient mieux accueillis mais il ne demande pas les mesures spécifiques aux bacheliers professionnels qui permettraient leur entrée réussie dans le supérieur. Depuis deux ans , chaque année 30 à 40 000 bacheliers professionnels demandent à entrer dans le supérieur. Rien ne semble fait ni qualitativement ni quantitativement pour leur faciliter la tâche. L'ouverture massive de sections de STS dans les lycées de banlieue n'a pas eu lieu , même là où le conseil régional le souhaite comme en Ile-de-France. La concurrence sauvage avec les bacheliers généraux en STS et IUT reste la norme alors que c'est un combat perdu d'avance. Enfin rien n'est prévu pour faciliter la transition pédagogique du bac pro aux STS. Les "nouveaux bacheliers" ont décidément du mal à être pris en considération.

 

François Jarraud

 

L'avis présenté par G Aschieri

 

Par fjarraud , le mercredi 26 septembre 2012.

Commentaires

  • Koi Kilensoi, le 26/09/2012 à 19:05
    Que tous les bacheliers trouvent leur place, tous deviennent "cadres", "dirigeants", ..., ... Ahhhh?
    "Chacun doit trouver sa place"..., à bien relire 'chacun doit trouver sa place". Le système doit permettre de se faire orienter vers sa place au plus tôt. Rien d'insultant, juste un équilibre. Ou serai-je le plus utile socialement et où trouverai-je ma place au plan personnel et social? Quel décalage entre ma volonté et mes capacités?
    Il n'y a pas la place pour tous "en haut", et tous ne sont pas à leur place "en haut" (aucun jugement de valeur!!!!).
    On ne changera pas le nombre de places disponibles dans les différents niveaux. Il faut toutefois laisser sa chance à celui qui au départ n'aurait sans doute pas dû être là, mais qui y a toute sa légitimité.
    C'et un scandale de penser cela?
    On se perd à vouloir donner les mauvaises places selon où l'on serait né. 
    On a tous une place. Ce n'est pas un jugement de valeur ou de dévalorisation, loin s'en faut...!!!
    6 milliards de personnes, 6 milliards de cadres, PDG? 6 milliards de chômeurs?
    Pas d'élitisme, juste que chacun trouve sa place, sa bonne place. Mais qu'on offre sa place à tous!
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